Philippe Aghion: les gains de productivité sont sous-estimés

C’est un constat que posent les économistes depuis des années : la croissance de la productivité diminue. Pour Philippe Aghion, professeur au collège de France, titulaire de la chaire d’économie des institutions, de l’innovation et de la croissance, c’est une réalité qu’il qualifie d’"assez surprenante" parce que, dit-il, "il y a tout de même eu la révolution des technologies de l’information et de la communication, et maintenant la révolution de l’intelligence artificielle. On aurait pu se dire que ça, quand même, cela devrait faire exploser la productivité".

Et, en fait, non, la croissance de la productivité n’explose pas… La raison selon Philippe Aghion ? L’émergence aux Etats-Unis, grâce aux technologies de l’information et de la communication, d’une série d’entreprises superstars qui ont des avantages sur leurs concurrents, des avantages impossibles à imiter. Ces entreprises ce sont notamment les GAFA, Google, Amazon, Facebook, Apple. "Au moment de l’émergence des TIC, souligne Philippe Aghion, elles sont devenues hégémoniques. A court terme, cela a fait accélérer la croissance de la productivité, parce qu’elles sont plus productives que les autres. On a observé une augmentation de la croissance de la productivité aux Etats-Unis entre 1995 et 2005 mais depuis, elle baisse parce que ces entreprises inhibent les concurrents, elles les découragent de faire de l’innovation. Car ces concurrents qui se disent qu’ils n’y arriveront jamais parce que ces géants ont un tel avantage compétitif qu’il leur semble impossible de s'imposer."

Philippe Aghion reconnaît par ailleurs que la comptabilité nationale a du mal à refléter la hausse de la productivité, à cause de ce qu'on appelle la destruction créatrice : "Les nouveaux biens qui remplacent d'anciens biens, les instituts de statistiques ne savent pas bien mesurer la contribution de ce phénomène à la croissance. Quand je regarde la valeur monétaire d'un objet qui augmente, une partie c'est de l'inflation, une partie c'est parce que la valeur réelle de l'objet augmente. Si c'est plus ou moins le même objet, on peut dire assez facilement ça c'est de l'inflation, ça c'est de la croissance réelle. Mais quand c'est un objet qui en remplace un autre, je ne sais pas faire." Et donc, la comptabilité nationale sous-estimerait systématiquement les gains de productivité.

Exemple concret pour bien comprendre: l'appareil photo. Il a été globalement remplacé par nos smartphones. Mais avant, quand on utilisait des appareils photo, il y avait un prix, il fallait acheter l'appareil, la pellicule, payer son développement. Maintenant, ces services ne coûtent plus rien, ils ont quasiment disparu et donc, ne rentrent plus dans le PIB. "Et pourtant, insiste Philippe Aghion, le service rendu est encore plus grand qu'avant."

 

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