Perturbations sur le rail: pourquoi les syndicats ont-ils décidé de partir en grève ?

La circulation des trains est perturbée par un mouvement de grève à la SNCB ce jeudi. Pourquoi est-ce que certains syndicats débrayent ? Réponses dans la séquence "Le marché matinal" sur La Première.

Ce qui cristallise les tensions, c’est l’accord social 2020-2022. Ce document, négocié entre les syndicats et la direction, règle toutes les questions sociales dans l’entreprise : salaires, horaires, conditions de travail, congés, jours de récupération… Le dernier accord courait jusqu’à la fin de l’année dernière. Depuis, les syndicats et HR Rail (l’employeur juridique des travailleurs de la SNCB et d’Infrabel en même temps) négocient ensemble ce nouvel accord social. Il y a eu plusieurs cycles de négociations depuis mars dernier, mais aujourd’hui ça coince vraiment.


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Le premier blocage, ce sont les conditions de travail. Le problème est que la SNCB travaille à flux tendu. Il y a très peu de mou pour remplacer les malades, les absents,... Des congés, y compris ceux qui sont demandés longtemps à l’avance, sont refusés à la dernière minute. Des jours de récupération ne sont pas accordés, ils sont payés à la place. Il y a des horaires qui sont régulièrement changeants.

Les syndicats demandent qu’il y ait des nouvelles recrues à la SNCB pour faire tourner la boutique. La direction rappelle qu’il y a déjà eu beaucoup de recrues cette année : 360 conducteurs de train et 300 accompagnateurs. C’est beaucoup, mais c’est loin d’être suffisant pour les syndicats.

Augmentation du temps de travail

Il y a un deuxième blocage important : c’est le temps de travail. Aujourd’hui, les cheminots travaillent 36 heures/semaine. La direction voudrait passer à 38 heures pour les nouveaux engagés à partir de l’année prochaine. C’est hors de question d’avoir des régimes différents, disent les syndicats — 36 heures par semaine pour les anciens travailleurs, 38 heures pour les nouveaux.

Sur ce sujet-là, il n’y a clairement pas de terrain d’entente. Pourtant, 38 heures par semaine, c'est la norme, dit la direction qui a fait un comparatif. Ce sont des conditions de travail assez similaires dans le reste du marché.

Et il y a un troisième point de blocage : ce sont les salaires. Les syndicats veulent une augmentation de 1,1% de leur salaire, et c’est d’ailleurs ce qui est prévu dans l’accord interprofessionnel. Pour la direction, cette augmentation n’est absolument pas tenable. Elle a fait le calcul, ça coûterait 15 millions par an en pensions à l’État. Pour cela il faudrait l'accord du gouvernement, explique la direction. Impossible en affaires courantes.

La direction propose comme compromis une augmentation plutôt de 0,7%, mais pas en cash, plutôt en avantages avec des chèques-repas ou des indemnités vélo par exemple. Plus, ce ne serait pas possible vu les budgets de la SNCB, des budgets qui dépendent d’ailleurs du gouvernement.

Avec un gouvernement en affaires courantes

Ce qui est compliqué dans cette grève, c’est qu’il y a un blocage entre les travailleurs et la direction d’une entreprise sur des questions qui sont essentiellement des questions budgétaires — les salaires, les nouvelles embauches. Sauf que c’est quelqu’un d’autre qui tient les cordons de la bourse, le gouvernement en l’occurrence, et en plus cette personne est absente puisque le gouvernement est en affaires courantes et ne peut pas prendre de grandes décisions dans ce domaine. En fait, aujourd’hui, la SNCB ne sait pas comment va évoluer sa dotation dans les prochaines années.

Un autre élément de contexte : la libéralisation du rail pour les passagers approche, en 2023. Pour la direction, la SNCB n’est pas assez performante aujourd’hui pour faire face à cette nouvelle concurrence qui s’annonce dans les prochaines années. Il faut encore faire des efforts de productivité.

Si on cumule tous ces éléments — approche de la libéralisation, diminution de la dotation, incertitude politique —, "c'est impossible, dit HR Rail, de rencontrer toutes les attentes des syndicats". Eux répondent qu’ils ont déjà fait beaucoup d’efforts ces dernières années en productivité et que maintenant, c'est stop.

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