Personnel soignant : le "mépris" des heures supplémentaires taxées à 70%

Personnel soignant : les heures supplémentaires taxées à 70%, "du mépris"
Personnel soignant : les heures supplémentaires taxées à 70%, "du mépris" - © DIRK WAEM - BELGA

Le manque de bras (qualifiés) dans les hôpitaux est criant. Au point que pour faire face à la deuxième vague du Covid, la Wallonie a lancé un appel aux volontaires – dont des bénévoles. Des professionnels actifs en hôpitaux s’insurgent : en plein " effort de guerre ", leurs heures supplémentaires sont – en dépit de certaines promesses passées – toujours "taxées à 70%".

C’est une infirmière qui nous interpelle. Elle a une expérience de 25 ans, travaille dans " un grand hôpital public bruxellois " et affirme avoir toujours " le feu sacré ". Mais elle parle aussi de mépris.

Le mépris

"Je ressens cela comme un véritable mépris de la part des autorités. On pense encore qu’on est au temps des nonnes, que l’on fait tout par esprit de sacrifice, par vocation. Sauf que l’on a aussi une famille, et que notre salaire, sans les " prestations inconfortable il est minable. Avec ces prestations, on s’en sort".

" Ne pas avoir un salaire poche correct par rapport aux responsabilités que l’on a, c’est une évidence", poursuit-elle. "Mais je ne m’en plains pas, par rapport à tous ceux qui sont dans une misère pas possible aujourd’hui, parce que nous avons la chance d’avoir toujours un salaire. Il n’empêche, je trouve que la défiscalisation des heures supplémentaires serait un minimum".

Difficile évidemment de parler d'un "taux de taxation" identique des heures supplémentaires pour tout le personnel soignant. Ces matières sont complexes, une situation (contractuelle ou de ménage) n'est pas l'autre, mais l'ordre de grandeur de 70% nous est confirmé comme "globalement correct" dans ses conséquences sur le salaire poche.

Un manque de personnel plus flagrant qu’en mars

"Ne pas défiscaliser, c’est aussi un manque de clairvoyance managériale : le manque de personnel est nettement plus flagrant que lors de la première vague – nos équipes sont relativement atteintes. Défiscaliser, ce serait vraiment un incitant supplémentaire pour faire revenir tout le monde dès que possible ", conclut l'infirmière.

Et pourtant, lors de la première vague, un arrêté de pouvoirs spéciaux avait bien été adopté. Le texte prévoyait une rémunération nette pour 120 heures de travail supplémentaire dans les secteurs critiques, pour une durée limitée de trois mois. Personne n'a d'ailleurs envisagé de défiscalisation définitive des heures supplémentaires pour les hôpitaux publics.

Une défiscalisation aux oubliettes ?

Sur proposition des ministres des Affaires sociales et de l’Emploi d’alors, Maggie De Block et Nathalie Muyle, cette défiscalisation d’heures supplémentaires courait de début avril à fin juin, pour " garantir la bonne organisation du travail ", et " pour atténuer les conséquences socio-économiques du coronavirus COVID-19 pour les employeurs ".

" Il y a eu énormément d’effets d’annonce de la part du gouvernement précédent ", commente Carine Rsoteleur, secrétaire régionale de la CGSP à Bruxelles, et responsable technique pour les matières fédérales de la santé auprès du syndicat.

" Comme cette prime Covid qui serait octroyée aux soignants, ou la défiscalisation des heures supplémentaires. Tout cela n’a jamais été mis en place, et n’est pas d’application actuellement, en tout cas dans les hôpitaux publics de Bruxelles. Si cela s’était fait, on le saurait ".

" Il faut mieux rémunérer les heures supplémentaires "

Syndicalement, il est toujours délicat de plaider pour une défiscalisation du travail qui amoindrit nécessairement les recettes de la sécurité sociale. Il n’empêche, pour Carine Rosteleur, " il faut vraiment prendre des mesures pour que les prestations inconfortables et les heures supplémentaires soient mieux rémunérées. Et que cela participe à une augmentation du salaire poche ".

Mais voilà, défiscaliser ces heures supplémentaires " ne fait pas l’objet d’un consensus au niveau du secteur ", nous revient-il du côté du ministère de l’économie. Elément bloquant s’il en est, l’absence d’accord entre partenaires sociaux sur la question risque bien de la reléguer aux oubliettes – une fois de plus.

Maintien des revendications du personnel soignant: images du JT du 16/06/2020

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