Pénurie de noisettes: le prix du Nutella va probablement augmenter

C’est la météo qui est coupable: les noisetiers de Turquie ont connu un coup de gel au printemps, la moitié des fleurs ont été détruites, et la récolte de l'année sera gâchée. Or il faut savoir que la Turquie est le premier producteur mondial de noisettes, elle fournit à elle seule 75% des noisettes du monde, c'est énorme! Et donc si elle flanche, c'est le marché tout entier qui écope. Avec des conséquences directes pour les producteurs de chocolat.

Le groupe Ferrero est le numéro 2 du secteur en Belgique, son directeur de ventes Roland Vermoote ne cache pas sa contrariété : "C’est un coup dur car nos produits phare, le Nutella, les Ferrero Rocher, le Kinder Bueno, contiennent des noisettes. Le cours de la noisette a doublé. Maintenant il s’est stabilisé à +70% par rapport au début de l’année. On estime qu’une production annuelle normale est de 800 000 tonnes, elle va être de 520 000 tonnes cette année-ci, il y aura une pénurie de noisettes".

Mais quel est le pourcentage de noisettes qui entrent dans la fabrication de chocolat ou de pâte à tartiner comme le Nutella ?

Ce sont des secrets de fabrication que les producteurs se réservent jalousement. Ils se sont d'ailleurs montrés très réticents à répondre à nos questions. Mondélez qui produit le chocolat Côte d'or a refusé de s'exprimer, de même que Nestlé. Mais globalement, les matières premières agricoles ne représentent qu'une petite partie des coûts de la production agro-alimentaire.

C'est ce qu'affirme le professeur Philippe Chalmin de l'Université Paris-Dauphine : "Pour tous les produits alimentaires que nous consommons, la part agricole est limitée. Dans le pain, le blé représente 7 à 10% du prix de la baguette. Mais la tentation fait toujours que l’augmentation d’un prix agricole se trouve multiplié. Ce sera peut-être aux associations consommateurs de réagir. Pour les chocolatiers, il doit pouvoir y avoir de la substitution".

Est-ce donc imaginable de remplacer les noisettes par des amandes par exemple?

Vraisemblablement pas, parce que la production d'amandes est elle aussi en mauvaise posture cette année, à cause d'une sécheresse en Californie. Et Ferrero affirme qu'il n'est pas question de toucher aux recettes et à la qualité des produits. Une augmentation des prix est-elle inévitable? Roland Vermoote l’affirme : "Nous avons décidé de ne pas appliquer la totalité de la hausse. Néanmoins, nous sommes obligés de répercuter cette hausse parce que nous avons des objectifs, des investissements à effectuer…"

La grande distribution paiera donc bientôt ses pots de Nutella plus cher. Va-t-elle répercuter cette hausse auprès du consommateur final? Nous ne tarderons pas à le savoir en parcourant les rayons de grands magasins.

Avec Françoise Gilain

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