Pensions: "On va devoir glisser vers un système d'allocations universelles"

Bruno Colmant
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Bruno Colmant - © RTBF

Alors que les négociateurs fédéraux discutent actuellement de la trajectoire budgétaire et des options socio-économiques, l’économiste Bruno Colmant insiste pour qu'ils ne mettent pas "trop de rigueur et d’austérité" en oeuvre. Il évoque un état actuel de quasi-déflation qui doit se régler en stimulant l'économie, en "permettant aux gens de garder un pouvoir d'achat suffisant". Et soulignant "l'enjeu colossal" que constituent les pensions pour le futur gouvernement, il estime que les pistes suivies seront inefficaces: pour lui, on va devoir glisser vers un "système d'allocations universelles".

"La dette de pension est à peu près égale à quatre ou cinq fois le PIB, soit la richesse créée annuellement", rappelle Bruno Colmant en qualifiant ce problème que posent aujourd'hui les pensions d'enjeu colossal". La réforme est donc devenue inévitable, mais pour lui "les solutions dont on parle actuellement (augmenter le taux d’emploi des personnes âgées, repousser l’âge de la pension) ne sont pas de vraies solutions".

"Je crois que l’Etat n’arrivera pas à tenir sa parole, car l’engagement qu’on a pris est trop important par rapport à notre prospérité et à notre démographie", dit-il en ajoutant croire "qu’on va devoir faire atterrir le système vers un système d’allocations universelles", et donc qu’"indépendamment du fait qu’on aura beaucoup cotisé ou non, on percevra un montant qui sera prévisible et universel".

Une situation de quasi-déflation menaçante

Pour l'économiste, cet enjeu n'est pas le seul pour les négociateurs de la suédoise. Dans leurs discussions budgétaires, "le véritable enjeu est d’avoir une fiscalité adaptée à la déflation", dit-il. Non pas que nous soyons en déflation – un taux de croissance très faible, un chômage qui augmente, des capacités industrielles peu exploitées, des prix qui baissent, etc. – mais la tendance est là, assure-t-il: "Les prix baissent chaque mois d’un dixième de pour cent en Europe, et le mois passé nous avions une inflation microscopique, sur une base annuelle, de 0,02%", explique l’économiste.

Or une situation de déflation est souvent "inextricable", ajoute-t-il : "Dans un premier temps les personnes repoussent leurs achats jusqu’à ce que posent des problèmes de chômage, puis ils se paralysent et épargnent de plus en plus".

Eviter à tout prix l’austérité

Et c’est précisément pour éviter cette situation que l’Etat doit jouer un rôle "de stimulation", et notamment, dit-il, "en repoussant le retour à l’équilibre budgétaire": "Imposer de l’austérité en période de déflation aggraverait la déflation" met en garde Bruno Colmant en donnant l’exemple de "la Commission Barroso qui a imposé la rigueur et l’austérité à tous les pays du sud de l’Europe, pays qui se retrouvent maintenant en profonde déflation avec des taux de chômage absolument gigantesques, parfois supérieurs à 25%".

La suédoise va-t-elle dans ce sens?

Mais un gouvernement de gauche n’est-il pas plus approprié pour de telles mesures? "La tendance politique n’a pas d’importance", dit l’économiste pour qui "l’Etat doit simplement se substituer aux particuliers".

Les mesures socio-économiques qui sont en train de se décider à la table de la suédoise vont actuellement dans le sens d’un saut d’index et d’une augmentation de la TVA. Or "cela peut être négatif dans un premier temps", avertit Bruno Colmant, puisqu’on aurait moins de moyens pour dépenser: "Il résulterait de telles mesures une baisse de la demande", qui aggraverait donc la déflation.

Redonner du pouvoir d'achat

Il ajoute que compte tenu de notre coût du travail "quasiment le plus élevé d’Europe", il est nécessaire de baisser les charges de travail, mais pas au détriment des travailleurs. Pour lui, il faut "utiliser cette baisse pour redonner du pouvoir d’achat, former de nouveaux travailleurs voire embaucher de nouvelles personnes", dit-il en ajoutant qu’"en fait, on doit rentrer dans une fiscalité de la demande, donc permettre aux gens de garder un pouvoir d’achat suffisant pour surmonter cet état de déflation".

"Le moment d’une grande réforme fiscale est venu", conclut-il aussi en suggérant de moins taxer les investissements risqués, c’est-à-dire les capitaux à risque et le travail, pour se diriger par exemple vers l’épargne. "Le problème de la fiscalité aujourd’hui, continue Bruno Colmant, c’est qu’on récompense l’absence de prise de risque".

G. Renier avec B. Henne

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