Pèlerinage de l'Yser : un événement qui n'attire plus les flamingants

Habituellement, c’est le 11 novembre que se tient le Pèlerinage de l’Yser. Mais cette année, pour marquer le coup, les organisateurs ont voulu revenir à la version originale, celle de 1920, qui s’était tenue un dimanche 5 septembre.

Dans la commune de Steenkerke, près de Furnes, les marques de la Grande guerre étaient alors encore visibles. Et c’est sur la tombe de Joe English que le premier pèlerinage s’est déroulé, pour commémorer les soldats flamands tombés au combat.

Joe English avait été mobilisé dès 1914. De père irlandais, il était connu pour ses publications pro-flamandes. Cet artiste est aussi à l’origine des pierres tombales ornées du fameux AVV – VVK (Alles voor Vlaanderen – Vlaanderen voor Kristus), une formule venue remplacer l’inscription, en français, proposée par les autorités belges. Joe English avait succombé en 1918 à une appendicite mal soignée. Il devint peu après une figure culte de l’émancipation flamande.

Les revendications flamandes, moteur du Pèlerinage

Cette lutte pour plus de reconnaissance flamande va d’ailleurs devenir l’un des moteurs du Pèlerinage de l’Yser, et mener parfois à des épisodes mouvementés.

Selon l’historien Bruno De Wever, le Pèlerinage de l’Yser est finalement devenu le "champ de bataille du flamingantisme". Pas vraiment pour les revendications qui ont pu s’y exprimer, mais bien pour les querelles intestines qui se sont créées entre les différentes fractions.

Durant ses plus belles années, le Pèlerinage de l’Yser rassemblait pas moins de 70.000 personnes, et donnait le ton de l’année politique à venir. Mais dès les années 80, son image a été ternie par des rassemblements de néonazis venus de toute l’Europe. Cette image a été définitivement noircie lorsqu’en 96, des membres du Vlaams Blok ont utilisé la violence pour protester contre un événement devenu trop gauchiste à leur goût.

L’incident a engendré le déclin du Pèlerinage de l’Yser, et la création de la Veillée de l’Yser, lancée par les mouvements les plus radicaux. L’an dernier le Pèlerinage n’attirait plus que 170 personnes, alors que la Veillée rassemblait, elle, près de 4.000 participants.

Une version Covid

A cause des mesures sanitaires, les deux évènements ont été retransmis en ligne cette année. Mais à l’occasion de ses 100 ans, le Pèlerinage a tout de même réuni environ 100 personnes. Parmi elles, le ministre-président flamand Jan Jambon, qui a offert au musée de la Tour de l’Yser les médailles de son grand-père maternel, qui a combattu plusieurs années dans les tranchées.

Un colloque s’est également tenu ce week-end avec pour thème : la Belgique survivra-t-elle jusqu’à 2030 ? Comme quoi, l’autonomie flamande reste encore et toujours au cœur du mouvement.

Une popularité perdue

Si l’indépendance flamande reste centrale, on peut se demander pourquoi l’évènement attire désormais moins de monde, alors que 43% des Flamands votent pour un parti séparatiste.

D’après l’historien Bruno De Wever, cette situation est liée au fait que la Flandre est aujourd’hui devenue une entité fédérée, et que pour beaucoup de ces électeurs dont vous parlez, le chemin parcouru jusqu’ici est déjà assez satisfaisant. Inutile donc pour eux de se déplacer toute une journée pour en demander plus.

On notera qu’aujourd’hui, les organisateurs du Pèlerinage ne croient plus vraiment à un nouveau souffle. Pour eux, l’objectif reste toutefois le même : défendre la cause flamande, dans le respect de l’autre.

Selon Bruno De Wever, quel que soit le chemin que prendra le Pèlerinage de l’Yser, il restera l’une des plus importantes et des plus influentes manifestations politiques annuelles de l’histoire flamande.

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