Pauvreté des producteurs de cacao: comment bien choisir sa barre de chocolat?

La Côte d’Ivoire et le Ghana, les deux premiers producteurs mondiaux, ont annoncé mercredi qu’ils ne vendraient plus leur cacao en deçà de 2600 dollars la tonne et ceci afin de mieux rémunérer les producteurs locaux. En effet, sur les 100 milliards de dollars que représente le marché mondial du chocolat, seuls 6 milliards reviennent aux agriculteurs.

Le cours du cacao en chute depuis deux ans

Le cours du cacao est très fluctuant et a connu des chutes importantes ces deux dernières années. Voici un graphique de la courbe depuis 2011 (prix à la tonne de cacao en dollars à la clôture de la Bourse de New York – source Boursorama).

A titre de comparaison, le prix minimum attribué par le label Fairtrade aux producteurs est de 2000 dollars par tonne et il passera en octobre 2019 à 2400 dollars. La prime Fairtrade passera, elle, de 200 à 240 dollars/tonne.

Une (petite) part pour les producteurs

Les producteurs gagnent environ 6% du prix d’un produit fini. Augmenter le prix de la tonne de cacao ne devrait donc pas augmenter considérablement le prix de votre barre de chocolat, estime Fairtrade Belgium.

"Ce pourcentage atteignait 16% dans les années 1980", précise l’ONG. Les transformateurs et les marques touchent en moyenne 40% de cette valeur et les supermarchés environ 35%.

Neuf entreprises dominent le marché mondial et détiennent la chaîne de transformation et de fabrication du cacao, selon le Baromètre du cacao : Cargill, OLAM, Barry Callebaut, Mars, Mondelez, Nestlé, Hershey et Ferrero.

Quelles conditions de vie pour les agriculteurs?

Selon le baromètre du cacao 2018, plus de 90% du cacao est cultivé par six millions de producteurs qui pratiquent l’agriculture familiale, sur des petites parcelles donc. La culture du cacao est très sensible, car les plantes sont vulnérables aux intempéries et maladies.

"Les prix du cacao ne permettent généralement pas de couvrir les besoins de base des producteurs", selon Fairtrade Belgium. En 2016, selon l’organisation, une famille moyenne de producteurs gagnait 0,78 dollar par journée et par personne. Il faudrait augmenter ce revenu à 2,51 dollars pour couvrir les besoins vitaux de ces producteurs.


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Selon le Baromètre toujours, "2017 a été une année catastrophique pour les petites productions de cacao. En un an, le prix du cacao a chuté de 40% en raison d’une surproduction inattendue en Côte d’Ivoire. Les revenus des agricultrices et des agriculteurs ont diminué d’environ 36% et le travail des enfants a encore fortement augmenté".

2,1 millions d’enfants travailleraient dans des champs de cacao en Afrique de l’Ouest.

"Comme le cacao est produit dans un contexte d’extrême pauvreté, les planteurs sont souvent forcés à chercher d’autres stratégies de survie, ce qui mène à des taux élevés de déforestation, le travail forcé des enfants et bien d’autres problèmes", note Fair trade Belgium.

Comment choisir son chocolat dans le respect des travailleurs du cacao?

Le chocolat, le Belge en est friand. Comment, au moment de choisir sa barre de chocolat préférée, savoir si le producteur de cacao est payé un juste prix ?

  • Beyond chocolate

La Belgique est l’un des plus grands importateurs de fèves de cacao. Chaque année, plus de 300.000 tonnes de fèves de cacao sont importées dans notre pays via le port d’Anvers. Et chaque année, près de 600.000 tonnes sont exportées par les chocolatiers belges. La Belgique est ainsi le deuxième plus grand exportateur de chocolat au monde.

Fin 2018, des chocolatiers belges, des acteurs de la grande distribution et des ONGs, notamment, ont signé une charte d’engagement en faveur d’une production de chocolat 100% durable d’ici 2025, "Beyond chocolate".

"Concrètement, l’ensemble du chocolat belge, produit ou commercialisé en Belgique, devra satisfaire au plus tard fin 2025 à une norme de certification pertinente ou être produit à partir de produits du cacao correspondant aux programmes de durabilité propres à l’entreprise. […] D’ici 2030, l’ensemble des producteurs de cacao devront au minimum recevoir un revenu permettant de vivre décemment", peut-on lire sur le site des Affaires étrangères et de la Coopération au développement.

  • Initiatives des entreprises

Depuis plusieurs années, les entreprises ont mis en œuvre des plans d’action pour plus de durabilité. Ainsi, l’emballage des barres Côte d’Or, bien connues en Belgique, arbore un "écusson" vert portant le texte Cocoa Life, le programme de durabilité de Mondelez International.

Mais selon l’ONG Voice, ces initiatives sont loin de résoudre le problème. "Il y a un vice de construction dans le système, peut-on lire sur le site de La semaine du commerce équitable. Les nombreux plans d’entreprise mettent l’accent sur une hausse de la production. Selon les dires de l’industrie, le problème de revenus de l’agriculteur doit être résolu au moyen d’une augmentation de la production. L’agriculteur bénéficie donc de formations, il lui est conseillé de passer à des variétés de cacao plus productives, etc. Mais si l’on demeure dans une logique de libre marché, cela ne fera qu’accroître plus encore le déséquilibre entre l’offre et la demande. Conséquence : des prix encore plus bas payés aux agriculteurs."

  • Bean-to-bar

De nombreux petits chocolatiers, comme Pierre Marcolini, ont décidé de ne plus passer par les entreprises de transformation qui livrent le chocolat sous forme liquide. Ils vont directement dans les pays producteurs choisir des fèves de cacao. "Cela se traduit généralement par de bonnes relations avec les agriculteurs et une meilleure rémunération du travail de ces derniers", note le site de la Semaine du commerce équitable.

  • Les labels commerce équitable

Les produits certifiés "Commerce équitable" donnent une certaine garantie sur l’origine du chocolat et la production des fèves de cacao. Parmi les différents labels, la certification Fairtrade assure ainsi un prix minimum aux coopératives d’agriculteurs avec lesquelles elle travaille ainsi qu’une prime additionnelle.


►►► Pour en savoir plus sur les différents labels, cliquez ici


Selon Fairtrade Belgium, "sur le marché belge, trois produits chocolatés (certifiés Fairtrade) se distinguent aujourd’hui par le prix payé aux producteurs : la nouvelle barre Bite to Fight de Oxfam, les pralines Belvas et Tony’s Chocolonely. Cela montre bien qu’il est possible d’avoir un business model intéressant et rentable, qui rémunère décemment les producteurs".

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