Paul Jorion: "L'actuel système financier va s'effondrer"

Paul Jorion : "C’est un système critique. On n’a toujours pas fait les réformes de fond nécessaires."
Paul Jorion : "C’est un système critique. On n’a toujours pas fait les réformes de fond nécessaires." - © RTBF

Cinq ans après la crise financière et le naufrage de Fortis, l'anthropologue et économiste Paul Jorion ne croit pas dans une stabilisation des marchés. Selon lui, le système est devenu critique et ne tient plus que grâce à des rustines.

"Too big to fail", Fortis a été sauvée par l’Etat et aucun épargnant n’a perdu un centime. Mais pour Paul Jorion, la situation est loin d’être sous contrôle et les solutions choisies dans l’urgence ont été celles "du désespoir". Comme ce fut le cas à Chypre il y a quelques mois, le risque de devoir un jour toucher à l’argent qui se trouve sur les comptes bancaires est bien réel: " Aux USA comme en Europe, on a affaibli le système monétaire sur lequel repose la finance."

"Depuis la crise, on  injecte de l’argent dans un gouffre"

Un système monétaire est fait pour que la banque centrale régule l’argent qui se trouve dans le système, explique l’économiste: "Lorsque l’économie fonctionne, on y injecte de l’argent et, en cas de récession, on en retire. Mais depuis la crise -2010 aux USA et 2011 en Europe- on  injecte de l’argent dans un gouffre. Et à long terme cela crée de la déflation et de l’inflation. Lorsque deux tendances opposées s’expriment, cela casse ou cela provoque des grosses fluctuations".

Le monde financier est sous baxter

En devenant actionnaire de Belfius et de BNP Paribas, l’Etat belge s’est fort impliqué dans son système bancaire. Une situation que Paul Jorion qualifie de dangereuse. "L’addition est là: il faudra payer 40 milliards ". Et il y voit une responsabilité de la part des dirigeants des banques qui ont participé à des dérégulations sur base de théories économiques et financières entièrement fausses.

Sans pouvoir dire si Maurice Lippens, président du CA de Fortis était ou non au courant de la situation de sa banque, il remarque que les dirigeants financiers sont souvent issus du monde commercial qui considéraient les subprimes comme des "produits" à vendre et à acheter: "Les subprimes se sont écrasées dès 2007, mais les principaux achats de ces produits structurés se sont déroulés dans les 5 mois qui ont suivi ".

Preuve que le monde financier marchait alors sur sa tête: alors que les experts reconnus de l’UBS (Union des Banques Suisses) mettaient en garde contre les subprimes, les mêmes banques de l’UBS continuaient à en acheter.

Non, non rien n’a changé…

Le plus inquiétant, pour l’économiste est que le monde financier n’a tiré aucune expérience de cette mésaventure. "Un bel exemple est celui de la banque JP Morgan dont les difficultés (NDLR: on évoque 11 milliards de dollars à rembourser) se sont passée après la crise. Parce que les Etats Interviennent chaque fois, les banques savent qu’il n’y a rien à craindre". Et pour l’économiste, ce n’est pas prêt de changer: "Chaque fois que des mesures sont prises pour réguler et empêcher un effondrement tel que celui de 2008, les lobbies bancaires bloquent." Aux Etats-Unis, la Commission chargée de proposer des mesures pour éviter que se reproduise une crise comme en septembre 2008 a été bloquée. Les banques ont voté contre. 

Ce qui fait dire à Paul Jorion que malgré un possible taux de croissance de 1% en Belgique en 2014, la stabilisation du système financier n’est pas à l’ordre du jour: "70 à 80% des activités financières relèvent encore de la pure spéculation. C’est un système parasite sur le dos du système financier et qui pompe tout. "

En 2011, 1% des Américains les plus riches ont capté 110% de la richesse créée cette année-là. Pour y parvenir, il leur a fallu prendre les 10%  restants à la moitié de la population qui se partage 2% des revenus du pays. La preuve, pour l’économiste, que le système ne tiens plus que par des rustines.

"C’est un système critique. Il ne fait pas de doute qu’il va s’effondrer un jour. On n’a toujours pas fait les réformes de fond nécessaires."

Jean-Claude Verset

Vous pouvez relire l'intégralité de l'interview sur le site de la Première ou la revoir en vidéo ci-dessous

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK