Paul De Grauwe: "Paul Magnette a raison, il faut critiquer la Commission"

Paul De Grauwe: "Paul Magnette a raison, il faut critiquer la Commission"
Paul De Grauwe: "Paul Magnette a raison, il faut critiquer la Commission" - © Tous droits réservés

Paul Magnette a été la cible d'une volée de remontrances suite à ses critiques à l'égard de la Commission. L'économiste libéral flamand Paul De Grauwe prend, lui, la défense du ministre socialiste. Il soutient que la Commission européenne se trompe de stratégie face à la récession et que l'austérité va l'aggraver.

Les réactions qui ont accompagné la sortie de Paul Magnette concernant la Commission européenne font penser à la sanction d’un crime de lèse-majesté, estime Paul De Grauwe dans une analyse écrite pour De Standaard.

Pour l'économiste, le tollé qui a suivi les remontrances du ministre socialiste à l’égard de la Commission laisse penser que critiquer la Commission est interdit et automatiquement assimilé à de l’eurosceptisme.

"C’est inacceptable", s’insurge l’ancien sénateur VLD, joint par téléphone.

"Il est nécessaire et salutaire de critiquer tous ceux qui sont au pouvoir que ce soit au niveau national ou supranational", développe celui qui enseignera dès le mois prochain à la prestigieuse London School of Economics.

Or, il y aurait, "surtout en Flandre" selon lui, "une attitude qui veut que la Commission ait automatiquement raison".

Pour rappel, le ministre en charge des Entreprises publiques avait vivement critiqué la Commission européenne, la qualifiant de "Commission de droite, ultra-libérale". Le Carolorégien décriait les politiques d’austérité imposées aux Etats membres et le fait que celles-ci soient uniquement orientées vers les réductions de dépenses (et jamais vers de nouvelles recettes).

"La Commission fait fausse route"

Mais la Commission étant la gardienne des traités européens, s’en prendre à cette institution, n’est-ce pas attaquer les principes mêmes de l’idée européenne ?

"Je ne suis pas juriste mais je sais qu’il y a des manières plus ou moins restrictives d’interpréter les traités", relève Paul De Grauwe. "Or je pense effectivement que la Commission fait actuellement fausse route en se montrant aussi rigide face aux impératifs d’orthodoxie budgétaire", lâche-t-il.

En effet, pour cet économiste libéral, tant les théories économiques que l’histoire montrent qu’une stricte austérité à court terme est contreproductive quand un pays ou un groupe de pays connaît une récession. 

"Les mesures d’austérité aggravent la situation et font baisser encore le PIB", explique Paul De Grauwe. "Cela diminue donc les revenus de l’Etat sans forcément faire diminuer les déficits, poursuit-il. Le ratio dette/PIB augmente donc puisque le PIB baisse" et l’objectif de réduction des déficits est non seulement manqué mais s’éloigne un peu plus.

Une étude du FMI minimise "l'effet de confiance" produit par l'austérité

Le but de ces mesures n’est-il pas de redonner rapidement confiance aux marchés en montrant que la puissance publique prend les choses à bras-le-corps ? 

"Oui c’est le but mais cela ne fonctionne pas", nous explique notre interlocuteur. "Le Fonds monétaire international (FMI) a sorti une étude qui prouve que ‘l’effet confiance’ sur les marchés qui est censé être produit par les mesures d’austérité n’agit quasiment pas".

"Certains pays font de l’austérité depuis un an, les marchés ont-ils plus confiance en eux désormais ? Nullement. Regardez l’Espagne, l’Irlande, le Portugal et la Grèce, y a-t-il une confiance accrue?", nous interpelle le professeur d’économie.

"Il aurait fallu étaler les mesures dans le temps"

D’un autre côté, des mesures devaient être prises, alors qu’aurait-il fallu faire?

"Il faut étaler les programmes d’austérité sur une période plus longue, ne pas étouffer l’économie à court terme", estime l’ancien professeur de la KUL. "Mais la Commission fait le contraire et vise à intensifier l’austérité face à la récession ou aux menaces de récession", constate-t-il.

D'un autre côté, étaler ces mesures, n’est-ce pas laisser le déficit se creuser à court terme et ainsi faire financer notre bien-être par les générations futures ? 

"Mais si on détruit la production et le tissu économique, on ne rend pas service aux générations futures non plus", rétorque Paul De Grauwe. Ce dernier se défend en outre de tout dogmatisme : "Si la récession ça marchait, je serais pour mais cela ne marche pas, c’est un fait". "Et c’est d’autant plus inefficace que la Commission l’impose dans tous les pays de la zone euro au même moment et que donc les effets négatifs ont tendance à se renforcer", conclut l’ancien sénateur.

Paul Krugman et... Standard & Poors sont d'accord

D'autres économistes réputés, comme l'Américain Paul Krugman, critiquent le caractère procyclique (c'est-à-dire aggravant la récession) de la rigueur choisie par les dirigeants européens.

Même l'agence de notation Standard & Poors a mis en avant cet aspect pour justifier sa récente dégradation plusieurs notes souveraines européennes. "Nous croyons qu'un processus de réforme basé uniquement sur un pilier d'austérité risque de devenir auto-destructeur, dans la mesure où la demande intérieure pourrait chuter avec la confiance des consommateurs (...), érodant les revenus fiscaux", a indiqué S&P dans sa justification.

La Commission exclut toute flexibilité sur le plan budgétaire

"Il n'existe pas de marge de manoeuvre pour un stimulus fiscal", a indiqué un porte-parole de la Commission européenne cité par l'agence Belga. "Une stratégie de croissance devra être basée principalement sur les réformes structurelles".

Il n'en a pas moins rejeté l'idée que la stratégie européenne serait fondée exclusivement sur l'austérité. La Commission préfère parler d'une "consolidation intelligente", fondée sur la réforme du marché de l'emploi, sur la libéralisation des marchés de l'énergie et des télécommunications, ainsi que sur l'approfondissement du marché intérieur.

Ces réformes "auront un impact significatif sur la croissance et l'emploi à moyen-terme", a ajouté le porte-parole excluant par contre toute flexibilité sur le plan budgétaire.

Julien Vlassenbroek avec Belga


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