Pascale Delcominette : "Le commerce avec le Royaume-Uni ne va pas s'arrêter du jour au lendemain"

Comment le milieu des entreprises wallonnes réagit-il au contexte chaotique autour du Brexit ? Se prépare-t-on au pire ? Pascale Delcominette, administratrice générale de l’AWEX, l’agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers, était l’invitée de La Première et a tenté de répondre à ces questions.

Le scénario d’un no deal se dessine jour après jour. Or chez nous, un Brexit dur coûterait 42.000 emplois (en Flandre et en Wallonie) selon les estimations faites dans une étude de l’Université de Leuven. L’étude analyse également quels seraient les pays les plus touchés par un no deal, et la Belgique figure dans le top 3. Pascale Delcominette admet que la situation est délicate :

"C’est le chaos à Londres. Alors c’est clair que la perspective d’un no deal est une mauvaise nouvelle, et ce pour tout le monde d’ailleurs. Plusieurs indicateurs montrent déjà des signes : la baisse de croissance, le taux de la livre sterling, etc. C’est une mauvaise nouvelle pour les entreprises en général, donc les entreprises wallonnes sont effectivement concernées".

Pour autant, elle tient à relativiser : "Le commerce avec le Royaume-Uni ne va pas s’arrêter du jour au lendemain. Nous allons continuer à exporter, mais les choses vont être plus compliquées. Nous allons rentrer dans le système de l’OMC, l’organisation mondiale du commerce, avec des barrières tarifaires, des réglementations et une fiscalité plus complexe".

La croissance se maintient, pour l’instant

On sait que les événements qui secouent le Royaume-Uni rendent les marchés plus instables, ce qui rend généralement les investisseurs plus frileux. Mais Pascale Delcominette avance que, pour l’instant du moins, la croissance se maintient : "Malgré l’incertitude des marchés, la croissance de nos exportations en 2018 vers le Royaume-Uni a été importante, avec environ +12,7%. Alors on peut imaginer que c’est parce que les marchés anticipent des pénuries, notamment dans le secteur pharmaceutique ou agroalimentaire. Mais c’est aussi parce que nos entreprises proposent des produits qui sont en résilience par rapport à la conjoncture, qui dépendent d’autres choses, de grandes décisions ou de programmes nationaux. Et puis des produits de niche, avec une qualité qui les protègent de la compétition".

"Il faut amener le dossier des exportations d’armes au niveau européen"

Pascale Delcominette est aussi administratrice générale du WBI, Wallonie Bruxelles International, l’instance qui donne des avis sur les exportations d’armes vers les pays à risque. Elle connaît donc bien l’épineux dossier de la FN Herstal. Faut-il interdire à l’entreprise les exportations d’armes vers l’Arabie Saoudite ? C’est ce que demande Ecolo, qui invite le dossier sur la table au niveau des négociations pour un gouvernement wallon.

Pour Pascale Delcominette, c’est pourtant au niveau européen que les lignes doivent bouger : " On ne va pas se mentir, la question des armes est éthiquement compliquée. Il faut savoir qu’en Wallonie, la Commission d’avis remet des avis par rapport aux licences, mais exclusivement sur base des huit critères de la position commune européenne. Cela ne tient pas compte de l’impact économique, qui, et je le comprends, est un enjeu majeur pour les 4700 travailleurs de la FN qui ont peur de perdre leur emploi. C’est pourquoi je pense que, si on veut s’inscrire dans cet esprit de la position européenne, il faut que le débat soit ouvert au niveau européen. 

Sans débat au niveau européen, des durcissements au niveau national n’auraient pas l’impact espéré, défend-elle : " En Arabie Saoudite, nos exportations représentent 2,5% des armes présentes dans le pays. Donc si on est les seuls à arrêter, cela n’aura pas d’impact sur ce que nous voulons changer, c’est-à-dire la situation dramatique au Yémen ".

 

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