P. de Mûelenaere: "Le livre numérique fait peur aux très gros acteurs du secteur"

Pierre de Mûelenaere fondateur de ONLIT Editions
Pierre de Mûelenaere fondateur de ONLIT Editions - © Tous droits réservés

Il y a 10 ans, beaucoup voyaient en le livre numérique l’avenir du monde de l’édition et anticipaient la mort du livre papier. Il n’en est rien. Le livre numérique n’a pas décollé en Europe : "Le développement du numérique a fait peur à certains très gros acteurs du livre, analyse Pierre de Mûelenaere, éditeur et fondateur de ONLIT Edition. Il lance sa propre maison en 2012 en faisant le pari d’e-book, mais ça n’a pas fonctionné. En 2014, il se résout à éditer ses livres aussi en papier : "C’est impossible de vivre exclusivement du livre numérique".

Une menace plutôt qu’une opportunité

Pour Pierre de Mûelenaere, cet échec du livre dématérialisé s’explique par la frilosité des grandes maisons d’édition : « Elles ont vu dans le numérique, une menace plutôt qu’une opportunité. Ça s’est traduit dans une politique commerciale qui a amené les éditeurs à proposer des livres numériques à des prix, à mon avis, trop élevés pour permettre le développement du marché en Europe. Il y a une manière différente d’approcher les choses entre le monde anglo-saxon et la vieille Europe par rapport à l’innovation […] Aux États-Unis, le livre électronique c’est un milliard tous les ans, on ne peut pas dire que ce soit un flop là-bas ».

Le flop du livre numérique ne serait donc pas intrinsèque au produit mais plutôt dû à la pratique commerciale des maisons d’édition à son égard, pour éviter qu’il ne cannibalise le papier. Chez nous, un livre électronique coûte souvent le même prix qu’un livre poche. Pour notre interlocuteur, ce n’est pas de nature à inciter à abandonner le papier.

L’attachement au support matériel aussi explique certainement la résistance du livre papier, « et le support papier est beaucoup plus ancien que le CD, il y a un attachement culturel, presque de civilisation au livre », ce qui expliquerait pour Pierre de Mûelenaere que le CD soit en train de disparaître contrairement au livre papier.

« La dématérialisation, c’est le sens de l’histoire »

Malgré ça, difficile d’imaginer, dans un monde en pleine numérisation, dans une Culture en pleine dématérialisation que le livre reste un bastion de support matériel. « Je suis convaincu que le sens de l’histoire, c’est la dématérialisation des contenus. Elle a déjà eu lieu pour la musique. Dans ce domaine, il n’y a pas eu la même résistance ni de l’industrie, ni des utilisateurs. Même chose pour le marché de la vidéo. Je crois que le marché du livre suivra. La nouvelle tendance, aux États-Unis, c’est le livre audio, c’est en train d’arriver chez nous. C’est aussi une forme de dématérialisation qui provoque moins d’angoisse que le livre numérique ».

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK