Oxfam: "Les femmes font 12,5 milliards d'heures par jour sans aucune rétribution"

Oxfam: "Les femmes font 12,5 milliards d'heures par jour sans aucune rétribution"
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A la veille du Forum économique de Davos, Oxfam publie son rapport sur les inégalités dans le monde.

Aurore Guieu, responsable de l’équipe justice fiscale et inégalités chez Oxfam Solidarité, était invitée sur La Première pour le commenter. 

Vous avez chaque année un chiffre coup de poing dans ce rapport d’Oxfam, quel est-il cette année ?

"Cette année, le chiffre fort sur les inégalités est que le club des milliardaires, soit un peu plus de 2000 personnes, possède en fait autant de richesses que 60% de la population, ce qui représente des milliards de personnes. On voit donc vraiment que les inégalités ne vont pas en réduisant.

Ça, c’est le chiffre vraiment fort de cette année, mais on a aussi regardé les tendances au cours des 10 dernières années, et ce qui nous inquiète beaucoup, c’est qu’en parallèle on a le taux de réduction de l’extrême pauvreté qui a diminué de moitié depuis 2013, alors que ces 10 dernières années, chaque année, les milliardaires voient leur fortune augmenter d’à peu près 7,4% par an".

Il y a de plus en plus de milliardaires. Et l’inégalité ne touche pas les hommes et les femmes de la même manière...

"En fait, le choix qu’on a fait cette année est de vraiment montrer le contraste entre toute cette fortune des milliardaires et des multinationales et un travail qui est non seulement non rémunéré, mais aussi pas du tout visible dans l’économie : le travail que fournissent les femmes et les filles chaque jour.

Tâches de nettoyage, de cuisine, de soins aux personnes, aux enfants, aux personnes âgées, aux personnes avec un handicap ou malades. On a l’impression que ce sont quelques heures ici et là, mais c’est en fait 12,5 milliards d’heures par jour qui sont amenées au système économique sans aucune rétribution, qu’elles soient économiques ou sociales, et c’est ça qui permet au système de fonctionner.

Pour nous, c’est un vrai moteur caché et le fait que cette contribution ne soit pas du tout visible et comptabilisée dans les mesures économiques actuelles montre vraiment qu’on vit dans une économie sexiste. C’est donc vraiment ça qu’on voulait mettre en avant cette année".

Déjà entre les petites filles et les petits garçons entre 5 et 9 ans, il y a une différence

Quelles sont les solutions pour réduire ces inégalités cachées ?

"On a trois axes de recommandations vraiment forts cette année. Le premier est de changer les normes de genre, ce qui est compliqué, mais le fait que les femmes et les filles réalisent encore trois quarts de ces tâches dans le monde montre que c’est vraiment elles qui portent le fardeau, et il y a encore beaucoup de travail à faire pour arriver à une égalité de genre sur ces questions-là. C’est donc vraiment la première recommandation parce qu’on voit que ça commence très tôt : déjà entre les petites filles et les petits garçons entre 5 et 9 ans, il y a une différence dans la manière dont ils fournissent ces tâches.

La deuxième recommandation est d’investir dans les services publics. Ce qui soulage vraiment les femmes et les filles, c’est quand les services publics prennent la relève. Donc, des services publics universels et de qualité en matière de santé, en matière d’éducation et en matière de protection sociale sont vraiment critiques, surtout que le nombre de personnes qui va avoir besoin de soins et d’accompagnement va augmenter dans les prochaines années. On a donc vraiment besoin que les services publics prennent la relève sur ces questions-là.

Et la troisième recommandation est l’égalité devant l’impôt et devant la fiscalité, et ça fait le lien entre toute cette fortune des milliardaires et des multinationales. Actuellement, seulement 4% des impôts qui sont prélevés dans le monde le sont en tant qu’impôts sur la richesse, donc il y a encore clairement de la marge".

La différence principale est qu’en Belgique on a accès à l’eau courante et à l’électricité dans les habitations

Par rapport à ces inégalités de genre, peut-on dire que c’est global ou constate-t-on des différences dans le monde ?

"Il y a certainement encore des différences. On sait que dans les zones rurales des pays à faible revenu, ce travail de soins non rémunéré peut représenter jusqu’à 14 heures de travail par jour pour les femmes. Par exemple, en Belgique, c’est certainement moins d’heures, mais il n’y a encore aucun pays dans le monde qui a réussi à arriver à une égalité complète entre les hommes et les femmes sur ces tâches.

Il faut donc encore renverser la tendance, même si le nombre d’heures dépend des pays. D’ailleurs, le fait que le nombre d’heures dépende des pays montre bien l’importance des services publics. La différence principale est qu’en Belgique on a accès à l’eau courante et à l’électricité dans les habitations, à des services de crèches, et ce sont des choses qui, quand ça n’existe pas ailleurs, retombent sur les femmes qui doivent alors comptabiliser des kilomètres pour aller chercher de l’eau ou du bois de chauffage par exemple. C’est donc ça qui fait la différence".

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