Or, produits agricoles: pourquoi les matières premières flanchent-elles?

L'once d'or a perdu pas loin de 10% lundi à New York dans des volumes très élevés. Les opérateurs n'avaient pas assisté à une telle chute depuis février 1983. L'once d'or a fini la séance à un peu plus de 1360 dollars. En mars 2013, elle valait encore 1607 dollars.

Nicolas Rustaert est analyste matières premières chez Dexia Asset Management: "Il faut d'abord rappeler que sur le marché de l'or, la demande physique, la demande industrielle, ne représente que 40% de l'offre et donc entre les deux vous avez les mouvements des banquiers centraux et les mouvements des spéculateurs; je pense notamment aux ETF qui représentent plus ou moins une année de production. Les risques d'inflation sont relativement moins élevés pour l'instant, le risque systémique a également baissé et donc les ETF et les mouvements des banques centrales accélèrent quelque part ce mouvement de baisse assez logique."
 
En d'autres termes, le rôle de valeur refuge de l'or a diminué voire même disparu. On a même assisté lundi à des ventes panique. Les autres métaux précieux ont eux aussi plongé : l'argent, le platine, le palladium... Mais depuis quelques semaines, on voit que quasi toutes les matières premières baissent. Nicolas Rustaert explique cela par la dégradation des perspectives macro-économiques au niveau global : "La dégradation est plutôt marquée en Europe et en Chine où la croissance est essentiellement tirée par les investissements et donc gourmande en matières premières... Or on a -premier point- une baisse de la demande chinoise puis d'autre part suite à des années de prix relativement élevés -pour le cuivre, pour le minerai de fer, pour le pétrole- on a vu l'offre qui a réagi, donc on a vu de nouveaux investissements; et on se retrouve avec des marchés du cuivre, du minerai de fer, qui seront probablement en surplus d'ici la fin de l'année".
 
Recul de 20% pour le baril de pétrole depuis la mi-février
 
Le pétrole lui aussi connait une baisse conséquente. Autour de 100 dollars le baril à Londres, il a chuté de 5% en quelques jours. Depuis la mi-février, le baril a même perdu 20%. En cause, la baisse de la consommation qui s'explique à la fois par la faiblesse persistante de l'économie européenne mais aussi par le ralentissement chinois récemment diagnostiqué.
 
C'est plutôt une bonne nouvelle pour le consommateur: avec un euro qui reprend quelques couleurs, le cours du pétrole libellé en dollars diminue d'autant plus. Mais c'est une mauvaise nouvelle en soi puisqu'il témoigne de la mauvaise santé de l'économie mondiale et que des prix en baissent signifient moins de rentrées fiscales dans les caisses des Etats.
 
Les produits agricoles également soumis à des fluctuations
   
On a aussi beaucoup parlé ces derniers mois des matières premières agricoles dont les hausses ont été parfois spectaculaires. Sur ces marchés aussi on parle désormais de baisse. On voit une détente sur des marchés importants comme le maïs, le blé, le soja. Mais l'ampleur de la baisse est limitée et surtout, elle ne remet pas en cause la tendance de long terme analyse Stéphane Desgains, chargé de recherche au Centre national de coopération au développement : "L'essentiel du message, c'est qu'on a une légère baisse mais la tendance est haussière de manière générale, et ça, ça pourrait être bon pour les agriculteurs si ce n'était rempli de pics énormes qui eux font très mal aux consommateurs".
 
Cette volatilité est en grande partie liée à la spéculation et là, estime Stéphane Desgains, les pouvoirs publics devraient intervenir: "On peut commencer par interdire certains produits financiers qui sont trop dangereux. Il n'y a pas de raison que des ordinateurs tournent la nuit et renforcent la volatilité des prix agricoles. Deuxièmement il y a des secteurs financiers qui n'ont rien à faire sur le matières premières agricoles. Si une institution financière n'achète jamais ou n'est pas au service des agriculteurs, de l'agro-industrie ou de l'industrie alimentaire, il n'y a aucune raison qu'il vienne sur le marché agricole juste pour profiter de tendances qui montent ou qui descendent! Il faut pouvoir séparer les marchés, les contrôler, éviter qu'ils prennent une position trop importante".
 
Autre élément important, l'utilisation de stocks publics régulateurs: "Ça a marché depuis la nuit des temps, c'est celui qui fonctionne le mieux et qui coûte le moins cher. Bizarrement, la Commission européenne ne veut pas utiliser les stocks de manière générale pour stabiliser. Un stock public régulateur, ça évite l'envolée des prix pour le consommateur, mais ça évite aussi l'effondrement d'un prix pour le producteur!". Le mécanisme est simple, on libère les stocks publics quand les prix flambent mais quand la production est florissante, on refait des stocks pour éviter que les prix ne s'effondrent.
 
T.N. avec Michel Gassée
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