Nouvelle patronne à la SNCB : les défis de Sophie Dutordoir

Sophie Dutordoir, l’ancienne patronne d’Electrabel, avait fait une pause pour devenir épicière de luxe. Aujourd’hui à la tête de la SNCB, elle fait face à d’importants défis : budget limité, climat social en équilibre instable, cheminots à rassurer, productivité à augmenter et surtout, usagers à reconquérir avec plus de ponctualité. La tâche est complexe.

Désignée par le gouvernement en décembre dernier, Sophie Dutordoir avait accepté de reprendre les commandes d’une grande entreprise, elle qui, après avoir dirigé Electrabel, avait décidé de changer de carrière en ouvrant une épicerie-traiteur en région bruxelloise.

"Donnez-nous les moyens!"

Désormais à la tête de la SNCB, elle trouve une entreprise dont le budget se réduit. Le gouvernement a imposé 3 milliards d'euros d’économies d’ici 2020. Pour y arriver, le patron précédent, Jo Cornu, a déjà mis en œuvre des mesures dans le but d’augmenter la productivité. Il a déjà été décidé que d’ici 2020, 10 000 personnes quitteront la SNCB. En compensation, 5 ou 6000 personnes seront engagées. Dans ce contexte, les syndicats attendent de la nouvelle patronne qu’elle trouve d’autres moyens pour atteindre les objectifs budgétaires qu’en pesant sur le personnel. Comme l’explique Marianne Lerouge, de la CSC-Transcom : "Je pense que la première chose à faire, c’est d’aller écouter les cheminots et de dire au gouvernement que ce n’est pas tenable. Trois milliards d'euros d’économies et demander plus de services, faire toujours plus avec moins, à un moment donné, il faut pouvoir dire stop à ce gouvernement. Donc, sa priorité devrait être de dire donnez-nous les moyens de ce que vous demandez!… "

A en croire les syndicats, il y aurait moyen de faire des économies dans d’autres secteurs, comme les filiales de la SNCB ou en recourant moins à des partenaires privés coûteux. A la CGSP Cheminots, Michel Abdissi suggère qu’on économise du côté du parc de voitures de sociétés qui pèserait, selon lui, 3 milliards d’euros.

Le climat social sera-t-il meilleur ?

Les relations entre les syndicats et le précédent patron de la SNCB, Jo Cornu ont été souvent tendues. Des grèves ont émaillées l’année 2016. Les syndicats espèrent que l’arrivée de Sophie Dutordoir ouvre une ère où plus de conciliation sera possible. Pas évident, quand on sait que sur la table se trouve toujours le dossier du service minimum que le gouvernement souhaiterait voir instaurer à la SNCB.  D'autres points, comme la suppression des accompagnateurs de trains sur certaines lignes sont aussi à l'ordre du jour.

Améliorer la ponctualité

Les syndicats insistent pour que la nouvelle direction de la SNCB restaure la confiance auprès des cheminots et surtout, qu’elle remette au centre de ses priorités le service aux usagers. Les navetteurs en espèrent tout autant, comme l’explique Gianni Tabbone, porte-parole de Navetteurs.be : "Il y a de gros problèmes de ponctualité et un problème de développement de l’offre. Il y a encore des régions qui sont isolées notamment le week-end avec aucune desserte de trains. Il faut à un moment pouvoir développer, capter de nouveaux usagers, notamment une clientèle de loisir. Donc ça passe par une offre plus développée le week-end et les jours fériés".

La ponctualité et l’amélioration du service sont d’autant plus des défis à relever que l’Europe a mis à son agenda la libéralisation du transport de passagers en 2023. A cette date, d’autres sociétés privées pourront obtenir le droit de faire circuler des trains de voyageurs en Belgique pour concurrencer la SNCB. Mais la SNCB peut éviter d'être confrontée à la concurrence dès 2023, comme le rappelle Michel Abdissi, de la CGSP Cheminots : "Si d'ici 2023 on n'améliore pas toute une série de critères, dont celui de la ponctualité, là, on risque de voir débarquer des opérateurs privés. Donc, d'ici 2023, le challenge est de démontrer que nous sommes en capacité, que l'opérateur historique, la SNCB est en capacité de relever tous ces challenges et à ce moment là, nous aurons la garantie d'avoir pour la SNCB une viabilité pour une période de 10 ans, soit 2023-2033".  La SNCB pourrait alors être le seul opérateur ferroviaire pour le transport de personnes jusqu’en 2033. Ce qui donnerait à la SNCB 10 ans de répit avant d’affronter la concurrence.

Une meilleure entente avec Infrabel ?

La personnalité de Sophie Dutordoir permettra-t-elle aussi d’améliorer les relations avec Infrabel ? Depuis la scission des chemins de fer belge entre une société d’exploitation, la SNCB, et un gestionnaire de réseau, Infrabel, les relations entre les deux entités ont souvent été marquées par la rivalité, chacun essayant de marquer son territoire.

Dans ce contexte, on peut aussi s’interroger sur la capacité qu’aura la nouvelle patronne de la SNCB à faire aboutir le dossier du RER. L’argent manque toujours et le milliard d’euros promis par le gouvernement tarde à arriver.

Sophie Dutordoir a en principe signé pour 6 ans. 6 ans pour réussir dans l’un des jobs les plus difficiles du pays.

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