TEC Liège-Verviers: un accord a été trouvé, le trafic reprend samedi

Deuxième jour de paralysie au TEC Liège-Verviers.
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Deuxième jour de paralysie au TEC Liège-Verviers. - © SISKA GREMMELPREZ - BELGA

La direction du TEC Liège-Verviers et les représentants des travailleurs se sont remis autour de la table vendredi après-midi alors qu'une grève paralyse les transports en commun liégeois depuis jeudi. Un accord a été trouvé, et le trafic reprendra samedi. De leur côté, les chauffeurs carolos ont également décidé de se croiser les bras ce vendredi, par solidarité. L'action des chauffeurs suscite pas mal de réactions, notamment politiques. La question d'une éventuelle ouverture à la concurrence du service de transport public resurgit.

"Tout le monde s'est repositionné dans un cadre positif", a souligné le ministre wallon de la Mobilité Philippe Henry à l'issue de la réunion de conciliation entre les syndicats et la direction. "Je suis très heureux que le service des bus recommence à rouler samedi plutôt que lundi. C'était mon objectif principal: que le service reprenne au plus vite".

La réunion avait débuté à 15h30. "Nous avons demandé à la direction de renouer le dialogue pour essayer de trouver une issue au conflit social et refaire rouler les bus le plus vite possible", explique Gonzague Milis, de la CGSLB.

Parallèlement, une réunion d'urgence se tenait toujours, en fin de journée, au comité de direction de la SRWT.

Par ailleurs, les bus TEC du dépôt de Verviers, qui étaient les seuls à rouler ce vendredi, sont rentrés au dépôt en soirée à la suite de l'agression d'un chauffeur, a indiqué la porte-parole du TEC Liège-Verviers, Carine Zanella. Ils reprendront cependant le service samedi matin.

Les travailleurs votent pour la poursuite du mouvement

La concertation entre syndicats et direction de la Société régionale wallonne du Transport (SRWT) et du TEC Liège-Verviers avait échoué jeudi. Aucun terrain d'entente n'a pu être trouvé.

Les chauffeurs se sont réunis ce vendredi matin. D'après nos informations, les débats étaient particulièrement vifs: des dissensions sont apparues au sein du personnel. Bon nombre d'entre eux estimaient que la grève les dessert et qu'à ce titre, elle devait être suspendue.

Finalement, après vote des forces en présence, il avait été décidé de poursuivre la grogne jusqu'à lundi (conformément à la volonté de la majorité). Ce ne sera donc pas le cas, suite à la réunion de ce vendredi après-midi.

Outre Eupen, des piquets de grève empêchaient donc les bus de sortir des dépôts de Robermont, Jemeppe, Bassenge, Omal, Oreye, Rocourt, Verlaine, Wanze et Warzée.

Par ailleurs, les chauffeurs de bus de la métropole hennuyère ont décidé de ne pas rouler ce vendredi. "C'est un mouvement de solidarité avec nos collègues liégeois", nous a répondu Carmino Fassano (secrétaire régional CGSP à Charleroi). Un mouvement d'un jour "mais on reprendra bien le travail demain samedi..."

Une direction "excédée"

Depuis plusieurs années, pour protester contre le manque de suivi des réunions de concertation locales, les syndicats déviaient de leur propre chef les lignes ou les arrêts problématiques pour éviter les points noirs du réseau. Un type d'action "sans désagrément pour les usagers", selon la CGSLB, mais qui aurait été considéré lundi comme une faute grave par la direction. Mercredi, des agents ayant pratiqué ces déviations ont été convoqués pour s'expliquer. Les travailleurs ont décidé dans le foulée de partir en grève.

La direction de la SRWT se dit excédée par ces grèves sauvages à répétition. Elle estime qu’elles trouvent leur origine dans la concurrence féroce que se livrent les trois syndicats, concurrence qui les pousse au radicalisme. Elle explique que les permanents sont conscients que ces mouvements nuisent gravement à l’image des TEC, mais qu’ils sont incapables de tenir leur base.

Pour prouver ses affirmations, la direction nous a confié un courrier électronique, dont nous publions la copie ci-contre. Dans ce courriel, le permanent CGSP Claudy Vickevorst explique à l'administrateur-général adjoint de la SRWT qu'il a tenté de convaincre sa déléguée du TEC Liège-Verviers de ne pas mener cette grève qui pouvait avoir "des conséquences catastrophiques". Dans le même courriel, Claudy Vickevorst y évoque la concurrence entre les syndicats pour expliquer qu’il va couvrir cette grève qu’il n’approuve pas.

L’administrateur-général du TEC: "On ne pourra pas continuer comme cela !"

Jean-Marc Vandenbroucke, l'administrateur général du groupe TEC, n'a pas mâché ses mots. Selon lui, la base syndicale de TEC Liège-Verviers (devenue incontrôlable) se tire une balle dans le pied. Car ces grèves sauvages menacent l'avenir même du service public. Jean-Marc Vandenbroucke se demande même - à titre personnel, dit-il ! - s'il ne faudrait pas ouvrir l'offre de transport en commun au privé. "A un moment donné, il faut se poser la question si d’autres acteurs ne sont pas à même de rendre un service plus efficace et plus fiable. On ne pourra pas indéfiniment continuer ce type de comportement et ce mauvais service à la clientèle sans se poser la question de savoir si c’est bien ce type d’organisation qui est adéquat ou si au contraire on estime qu’il y a d’autres acteurs qui peuvent intervenir dans l’exécution de ce service !"

Des propos qu’André Antoine (ministre wallon du Budget) a commentés sur nos ondes ce vendredi matin. "Il a raison d’en appeler à la responsabilité syndicale. On voit bien que les motifs de la grève sont particulièrement légers. Ils débrayent à Charleroi alors qu’ils ne connaissent pas les motifs de la grève : cela n’a pas de sens. J’ai été ministre des Transports sous la précédente législature, nous concédons certaines lignes de service public à des privés (c’est le cas dans le TEC Namur et dans le TEC Brabant wallon) et cela fonctionne très bien. C’est d’ailleurs au passage moins coûteux et plus efficace. Je ne veux pas porter ici atteinte au service public, mais je veux en appeler à une responsabilité syndicale. Sinon, tôt ou tard, la question posée par Jean-Marc Vandenbroucke reviendra, notamment lors des prochaines négociations gouvernementales."

 

"C'est mettre en danger le service public", réagit Philippe Henry

Le ministre wallon des Transports, Philippe Henry, a lui-aussi réagi sur nos antennes. "Je ne partage pas ses propos (Ndlr: de Jean-Marc Vandenbroucke). Nous venons de renouveler le contrat de service public du groupe TEC. C’est un choix qui est mis en œuvre par le gouvernement. Je peux comprendre par contre son irritation puisqu’il y a des procédures qui ont été négociées avec les syndicats et qui ne sont ici pas du tout respectées."

Et le ministre de poursuivre : "C’est vraiment mettre en danger le service public que de se comporter de la sorte. La grève est un droit et elle doit le rester. Mais elle doit être utilisée de manière exceptionnelle lorsque c’est justifié."

"Etre respectueux du droit de grève"

De son côté Rudy Demotte a affirmé qu'il ne faut "pas mettre d'huile sur le feu", appelant chacun à ses responsabilités, les syndicats ainsi que le patron de la SRWT Jean-Marc Vandenbroucke qui a évoqué la privatisation du service.

Il faut être "respectueux du droit de grève", a dit Rudy Demotte alors que beaucoup s'interrogent sur la légitimité de la grève en cours. Le ministre-président a appelé à "plus de mesure dans l'usage du droit de grève".

Il a en revanche jugé "futile" la réaction du patron de la SRWT Jean-Marc Vandenbroucke qui a évoqué une privatisation, estimant qu'il s'agissait probablement d'un "discours dans l'emportement" des événements

"Le mauvais climat social est dû à la direction"

Parallèlement, les syndicats demandaient toutefois que la SRWT prévoie la programmation d'une réunion avec les membres de la sous-commission paritaire et tous les acteurs du dialogue social au TEC Liège-Verviers, "afin de cibler les dysfonctionnements de part et d'autre et de les corriger par des engagements clairs et fermes de toutes les parties". Afin de donner toutes les chances à cette réunion, le syndicat demandait également de suspendre jusqu'à l'issue de celle-ci les sanctions prises à l'égard des travailleurs qui n'avaient pas respecté les itinéraires prévus. Face au refus de la direction, "les organisations syndicales ne pouvaient donc donner un accord sur un texte imposé avec notamment un passage hors contexte visant l'indemnisation des grévistes", explique la CGSP. Tout en estimant que "les propos incendiaires" de l'administrateur général de la SRWT "n'ont évidemment pas favorisé la reprise du travail au TEC Liège", la CGSP se dit "soucieuse de retrouver rapidement un climat serein en impliquant tous les acteurs du dialogue social".

 

RTBF

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