Nouveau camouflet pour la Russie, dégradée par S&P

Le ministre des Finances Anton Silouanov a aussitôt dénoncé un "pessimisme excessif", ne voyant "pas de raison de dramatiser" cette décision, pourtant accueillie sur le marché par un plongeon de plus de 6% du rouble.

La note d'endettement à long terme de la Russie a été abaissée d'un cran, à "BB+", et S&P a indiqué ne pas exclure de la faire encore reculer.

Cette décision intervient après une année qui aura vu la Russie post-soviétique s'isoler comme jamais des Occidentaux en raison de l'annexion de la Crimée et de son soutien -- et même appui militaire selon Kiev-- aux séparatistes de l'Est de l'Ukraine, puis subir de plein fouet les effets de la chute des cours du pétrole.

S&P a mis en avant la détérioration de la flexibilité monétaire du pays ainsi que la dégradation de ses perspectives de croissance résultant des sanctions économiques européennes et américaines introduites en raison de la crise ukrainienne.

Chez Standard & Poor's, la Russie est le seul État du groupe des pays émergents dit des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) à voir sa note de dette à long terme ainsi placée dans la catégorie des dettes souveraines "pourries" en jargon financier.

Nouveau choc?

Le ministre russe de l'Économie, Alexeï Oulioukaïev, avait jugé récemment "assez forte" la probabilité de voir la note de la Russie abaissée en catégorie "spéculative", au même niveau que des pays bien moins puissants comme la Bulgarie ou l'Indonésie.

Il avait aussi prévenu qu'une telle rétrogradation, qui écarte automatiquement la dette russe du portefeuille de certains investisseurs, aurait des "conséquences matérielles" pour Moscou, qui pourrait se trouver contraint de rembourser de manière anticipée jusqu'à 30 milliards de dollars de dette.

Autrement dit, l'économie russe s'expose à un nouveau coup de boutoir, après avoir subi en 2014 des fuites de capitaux record depuis la chute de l'URSS en 2014, à plus de 150 milliards de dollars.

L'effondrement du rouble (-41% face au dollar en 2014) s'est traduit par une envolée des prix, le taux annuel d'inflation dépassant déjà 11%.

Pour 2015, en raison des sanctions économiques occidentales et de la chute des cours du pétrole, première source de revenus pour la Russie, les autorités prévoient une récession qui pourrait atteindre 5%, si l'or noir reste à ses niveaux actuels.

"La décision qui a été prise démontre un pessimisme excessif et ne prend pas en compte toute une série de facteurs qui font la force de l'économie russe", a tenté de rassurer lundi soir Anton Silouanov, citant les importantes réserves de devises accumulées par Moscou ainsi que le faible niveau de sa dette extérieure.

"Il n'y a pas matière à parler de raisons formelles pour les investisseurs étrangers de se défaire des actifs russes", a-t-il martelé, notant que S&P était la seule agence à octroyer à la Russie une si mauvaise note.

Le rouble au plus bas

Le géant pétrolier public Rosneft, très endetté, a assuré se sentir "sûr de lui" pour fonctionner sans problème, selon l'agence Ria-Novosti.

Les investisseurs ont semblé plus alarmistes et lundi soir le rouble, déjà malmené par le regain de violence en Ukraine et le spectre de nouvelles sanctions, a de nouveau dévissé.

La devise a chuté jusqu'à 69,29 roubles pour un dollar et 77,89 roubles pour un euro à la Bourse de Moscou, à son plus bas depuis les jours les plus sombres de mi-décembre. Le mouvement de panique des marchés avait alors gagné la population, qui avait retiré des fonds en masse des comptes bancaires.

Malgré un plan d'aide massif au secteur, les autorités ne cachent pas qu'il faut s'attendre à voir des banques disparaître dans les mois à venir.

Selon le numéro 2 du gouvernement russe, Igor Chouvalov, la situation économique du pays est plus difficile que lors de la crise de 2008-2009 mais la confrontation avec les Occidentaux donne une bonne occasion de mener des réformes structurelles.


AFP

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