Coronavirus en Belgique: la véritable reprise économique est encore très loin

Les ventes du secteur du commerce ont retrouvé leur niveau d’avant confinement, dans la zone euro. Est-ce que cela veut dire que la reprise économique est bien amorcée, côté consommation ? Certes, les ventes du commerce se portent mieux qu’en avril, mais attention aux chiffres en trompe-l’œil : nous sommes en fait très loin d’une véritable reprise économique.

Une trajectoire encourageante

Il est vrai que pour les pays de la zone euro, la trajectoire générale que prennent les ventes dans le secteur commerce, est plutôt encourageante. Ces ventes, le chiffre d’affaires du commerce a dès le mois de juin rattrapé son niveau de février, son niveau d’avant confinement. Et il y a une logique, des mesures comme le chômage temporaire prises un peu partout en Europe, ont permis de maintenir l’emploi et globalement de limiter la casse en termes de pouvoir d’achat.

Effet de rattrapage

"Finalement, grâce aux mesures gouvernementales, la baisse du revenu disponible au deuxième trimestre a été moindre que celle des dépenses, et le taux d’épargne a lui fortement augmenté", note Philippe Eulaerts, chef économiste du groupe SKF. "Et dès le début du déconfinement, les gens ont commencé à dépenser. Il y a eu une demande de rattrapage qui a fait rebondir la consommation". En apparence, donc pour le commerce tout aurait donc repris, comme avant.


source: tradingeconomics.com

Les ventes sont supérieures à celles d’avril, mais "qu’est-ce que les gens achètent ? C’est bien la question qu’il faut se poser", nuance Philippe Eulaerts. La trajectoire tranche en effet allègrement avec les discours des commerçants de détail en Belgique, qui annoncent des soldes d’été catastrophiques. Seraient-ils des menteurs ? Bien sûr que non. Il faut en fait bien se rendre compte que les chiffres de ventes du secteur commerce, du retail, ne représentent qu’une petite partie de la consommation.


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Les soldes sont une catastrophe

"Une grosse partie de la consommation est liée aux services", rappelle Véronique Goossens, chef économiste chez Belfius, "le coiffeur, un festival, un mariage, le fitness, un city trip, un restaurant, et là on voit que le rattrapage est beaucoup plus faible. De plus, il ne faut pas surestimer le rattrapage du commerce vestimentaire. Le commerce de détail en textile a du mal à vendre son stock, les soldes sont une catastrophe".

Nous sommes encore très loin d’une vraie reprise.

Les ventes globales en textile ne sont pas catastrophiques, mais ce sont surtout "des acteurs comme Zalando, des grands acteurs du commerce électronique, qui tirent leur épingle du jeu". Si vous aviez l’impression que la consommation repartait allègrement à la hausse, et que les commerçants se plaignaient de façon exagérée de soldes désastreuses, vous voilà détrompés.

Corrélation entre contaminations et consommation

En fait, les ventes qui se portent bien aujourd’hui sont surtout celles de l’alimentaire et des médicaments – des produits, pour la plupart, de première nécessité. En réalité, les consommateurs restent manifestement très prudents à ce stade. Pour Véronique Goossens, il y a même une "corrélation entre les contaminations et la consommation. Au moment où les chiffres Covid-19 ont recommencé à augmenter, la confiance des consommateurs a perdu quelques points. Confinement ou pas, le consommateur reste prudent".

Est-ce que les consommateurs vont utiliser une partie de cette épargne pour continuer à consommer ? Si c’est le cas, il y aura un effet positif sur l’industrie. Mais il est beaucoup trop tôt pour affirmer que c’est bien le scénario qui va se réaliser.

Une chute de 10% du PIB belge ? Trop optimiste.

Peut-on parler de reprise, à ce stade ? Non. "Nous sommes encore très loin d’une vraie reprise. En fait, cela va prendre quelques années avant que l’activité économique retrouve le niveau de 2019". Et si l’on jette un œil du côté de l’industrie, pas de quoi démentir cette analyse, la tendance est d’ailleurs claire : ça va mal.


source: tradingeconomics.com

L’industrie va mal

Au mois de juin, la production industrielle, en zone euro toujours, était encore de 11,4% inférieure à son niveau de février. Ici aussi, nuançons la photographie générale. Métallurgie, automobile, aéronautique, sont les secteurs les plus touchés. "Les industries liées à l’électronique, à l’agroalimentaire et à la pharmacie sont, elles, beaucoup moins affectées", pour Philippe Eulaerts.

Ce qui constitue une petite bonne nouvelle pour le tissu industriel belge, selon Véronique Goossens : "Il est un peu soutenu, un peu épargné, par la relative bonne forme des secteurs chimiques et pharmaceutiques. Qui sont une part importante de la valeur ajoutée générée en Belgique, de nos exportations aussi".

Et pour la suite ?

Philippe Eulaerts est pessimiste. Il estime que même si les futurs chiffres pour le troisième trimestre risquent d’être "historiques en termes de croissance", il s’agira en réalité d’un rebond technique "par rapport à une baisse toute aussi historique au deuxième trimestre. Il ne faudra pas, une fois que ces chiffres seront publiés, croire que la reprise est là, juste devant nous".

Et Véronique Goossens d’enfoncer le clou : "La reprise au troisième trimestre s’annonce moins vigoureuse que prévu il y a quelques mois. Notre dernière prévision, en juin, tablait sur une chute de 10% du PIB belge pour 2020. Je suis sûre aujourd’hui qu’elle était trop optimiste".

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