Note de la France: la dégradation par S&P était-elle vraiment une bourde ?

C’était jeudi dernier : l’agence Standard and Poor’s reconnaissait avoir diffusé par erreur un message annonçant une dégradation de la note de la France, qui est notée pour l’instant triple A, la meilleure note possible qui lui permet d’emprunter sur les marchés à des conditions très favorables.

Oui mais… Ces conditions, justement, ne sont plus très favorables. Effet de la fausse annonce de l’agence de notation ou non, ce mardi, l'écart entre les taux des obligations à 10 ans de l'Allemagne, autre pays noté triple A, et de la France a touché un nouveau record depuis la création de la zone euro. Vers 09H40, l'écart de taux, ou "spread", entre les deux pays, s'inscrivait à 172,6 points de base, soit 1,726 point de pourcentage, dépassant le record de 170,2 de la semaine dernière.

Le rendement français à 10 ans progressait nettement à 3,5% (contre 3,424% la veille à la clôture), après avoir touché en début de matinée 3,528%, un plus haut depuis mai 2011.

En queue de peloton

Autre pavé dans la mare hexagonale : une étude publiée ce mardi place le pays en queue d'un classement évaluant l'état de santé des membres de la zone euro. "Il faudrait tirer la sonnette d'alarme pour la France", souligne ce rapport de la banque allemande Berenberg et du centre d'études européen The Lisbon Council, qui publie un baromètre intitulé Euro Plus Monitor. "Parmi les six pays bénéficiant d'un triple A au sein de la zone euro, la France a obtenu la plus mauvaise note selon l'étude" Euro Plus Monitor, qui place Paris en 13e position sur les 17 pays de la zone euro. "Les résultats sont trop médiocres pour un pays qui veut rester en tête", indique l'étude.

Selon cette étude qui prend en compte notamment la croissance, la compétitivité et la soutenabilité de la dette, la santé générale de la France la place entre l'Espagne (12e) et l'Italie (14e), deux pays qui sont actuellement dans le viseur des marchés et des agences de notation, signe que la France est elle aussi menacée de l'avis de l'étude par une contagion de la crise de la dette.

S&P a-t-il vraiment commis une erreur ?

Ceci devrait renforcer les doutes de ceux qui se demandent : l’annonce de S&P était-elle vraiment une bourde ?

Lundi, Benoît Hamon, porte-parole du PS, a réaffirmé ce que le parti d’opposition scande depuis quelques jours : la note française va bien être dégradée. "Je ne crois pas du tout à une erreur technique. Il y a aujourd'hui une situation où nous savons d'ores et déjà que les agences de notation s'apprêtent à dégrader la note de la France", a-t-il dit lors d’un point presse.

C’est également ce qu’estime un journaliste économique, dans Slate, qui détaillant tout le processus d’analyse qui mène à la dégradation d’une note, conclut que "compte tenu des différentes étapes de cette méthodologie, on ne voit pas comment une erreur aurait pu se produire si, d’ores et déjà, l’analyse n’avait pas été déjà anticipée concluant à la perspective d’un changement de note".

Même avis exprimé par un économiste interrogé sur Europe 1 : "Comme la croissance n’est pas au rendez-vous et qu’on a continué à augmenter la dette publique, évidemment que notre triple A est menacé, sachant que les agences de notation ont été très conciliantes à notre égard (…) la question n’est donc pas de savoir si la France va perdre le triple A, c’est quasiment fait, la question est quand ?"

Egalement sur Europe 1, Jacques Attali constatait vendredi : "Quelle est la conséquence de la baisse d’une notation ? C’est le fait qu’on emprunte plus cher. On emprunte déjà comme si nous n'étions plus triple A mais simplement double A".

Et Le Figaro de constater qu'"à Londres, les opérateurs qui ne manquent pas d'humour considèrent ainsi que l'erreur de S&P n'est pas d'avoir diffusé la note, mais de l'avoir retiré !".

Bref, quoi qu’en dise le gouvernement français, il semble bien que la dégradation de la note de la France ne soit plus qu’une question de temps. Et les conséquences en seraient déjà là…

J.C.


Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK