Noms de code, démarchage clandestin... Les procédés Swissleaks

Noms de code, démarchage clandestin... Les procédés de la fraude Swissleaks
Noms de code, démarchage clandestin... Les procédés de la fraude Swissleaks - © Tous droits réservés

HSBC Private Bank a donc mis la main sur 102 milliards de dollars de dépôts venus du monde entier, dont 6,2 milliards d'euros, en aidant ses clients à échapper à leurs obligations fiscales. L'enquête sur cette gigantesque fraude a été menée par plus de 140 journalistes, parmi lesquels Alain Lallemand du journal Le Soir. Invité de notre JT de 13 heures ce lundi, il détaille comment les fraudeurs belges cachaient volontairement ces montants et précise que d'autres révélations suivront.

Il y avait d'abord eu l'affaire LuxLeaks. Là aussi, c'était un groupe international de journalistes qui avait enquêté sur l'affaire. Mais, aujourd'hui, le dossier n'est pas du tout du même acabit. LuxLeaks concernait un moyen d'éluder l'impôt via des accords fiscaux et des outils complexes, mais légaux. Ici, ce n'est pas du tout le cas : on est dans de la pure fraude fiscale.

"On peut compter qu'il y a 2% des comptes qui peuvent éventuellement être légaux, indique cependant Alain Lallemand. Pour le reste, il s'agit de fraude fiscale. Il s'agit même parfois de montants qui sont liés au crime organisé. Nous sommes donc dans un tout autre angle. C'est pour cela que nous parlons bien de 6,2 milliards de dollars (pour la Belgique) concernés par une fraude fiscale. Et de cela, le fisc espère récupérer 434 millions d'euros, ce qui est déjà énorme. Cela veut dire que les gens qui sont aujourd'hui approchés par le fisc parmi ces clients ont des redressements qui sont particulièrement salés. On parle généralement de redressements individuels de plus de 2 millions d'euros."

"Est-ce que vous pouvez me donner le prix du caviar ?"

Et la fraude ne concerne pas que les clients. On la retrouve également dans la façon d'approcher les clients, dans le démarchage qui a été mené par HSBC.

"Ce démarchage est d'abord illégal : cette banque n'avait pas le droit de venir démarcher physiquement en Belgique, ils ne sont pas contrôlés par les autorités financières. C'est une banque qui acceptait d'avoir des prête-noms, des numéros de compte codés, de répondre à des petites phrases codées du type, pour indiquer le montant des avoirs, 'Est-ce que vous pouvez me donner le prix du caviar ?'. On est quand même dans des façons de faire qui ne sont pas celles d'une banque légitime."

Parmi les clients de cette banque, bon nombre de diamantaires anversois. Ils ont été approchés comme potentiels clients de choix par la banque elle-même, qui a petit à petit tissé sa toile dans ce milieu.

"Visiblement, HSBC avait un bureau qui couvrait Méditerranée et Israël, et ils ont décidé de mettre la main sur les diamantaires anversois, confirme le journaliste du SoirCela aurait été sans aucun problème si cela avait été HSBC Tel-Aviv par exemple, mais là ils se sont dit 'Voilà des fortunes auxquelles nous allons proposer des solutions d'offshores, des solutions de discrétion, des solutions qui permettent d'escamoter des revenus importants'."

"Et donc, on a découvert par exemple que des diamantaires qui ont pignon sur rue à Anvers avaient créé des sociétés offshores et des sociétés coquilles au Liberia. À Monrovia, au Liberia, il n'y a pas de production de diamants. Il n'y a donc aucune raison de monter une société coquille à cet endroit, sauf si vous avez envie de dissimuler la provenance de certaines pierres ou ce genre de choses."

Une vraie volonté de cacher ?

Certains de ces diamantaires souhaitaient par ailleurs être appelés au téléphone par des pseudos tels que "Zidane" ou "Cruijff", illustre Alain Allemand. Ou encore recevoir un courrier en Afrique via un faux nom. Certaines personnes encore ne souhaitaient tout simplement pas être appelées en Belgique.

"Enfin, il y a toute une série de visites qui ont été faites de manière clandestine par la banque à Anvers, à Bruxelles, auprès de gros dépositaires. On n'est pas devant de l'activité bancaire légitime, régulière. C'est incontestable. (…) Il ne s'agit pas simplement d'un problème de prévention de la fraude fiscale que la banque n'aurait pas respecté. Il y a plus que cela. Nous allons également montrer qu'il y avait des comptes grands ouverts pour des personnes connues pour leur trafic."

Pourtant, HSBC dit aujourd'hui qu'elle reconnaît les manquements passés, qu'elle veille et que cela ne se reproduira plus. Mais peut-on y croire ? Pas vraiment. "Les représentants de HSBC se refusent à faciliter l'enquête belge. (…) Les Suisses ne donnent pas suite à notre demande d'entraide judiciaire. C'est important, ce n'est pas seulement un problème suisse, c'est un problème de banque qui a quitté la norme acceptable, même pour des fraudeurs fiscaux."

Le journaliste annonce enfin qu'il publiera d'autres révélations ce mardi dans le journal Le Soir, au même titre que son homologue du Tijd, Lars Bové.

T. Mignon

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