Nethys: faut-il brûler "l'initiative industrielle publique"?

Quid de l'avenir des activités Nethys? La question qui se pose, après l'annulation de la vente de ses trois filiales: Voo, Win et Elicio, par la tutelle wallonne. Le projet économique de Nethys est aujourd'hui remis en cause. Faut-il condamner ce modèle d'investissement public, basé sur ce qu'on appelle l'"initiative industrielle publique"? Pour en parler, Arnaud Ruyssen recevait deux invités sur le plateau de CQFD ce mercredi: Alexia Autenne, professeure en droit de l'entreprise à l'UCLouvain et François Schreuer, conseiller communal (VEGA) à Liège. 

"Initiative industrielle publique"

Pour entamer ce débat, une précision sur cette conception de l'économie des pouvoirs publics. L'initiative industrielle publique (IIP) pose la question de la frontière entre comportement public et fonctionnement privé, puisqu'elle désigne des politiques publiques qui ont pour but de favoriser des entreprises productives, aux activités concurrentielles, avec pour enjeu le maintien du tissu industriel et de l'emploi dans la région.

Plus qu'utile, l'outil a été indispensable à la région liégeoise, affirme François Schreuer: "à la base, l'IIP est un modèle qui consiste à répondre à la fuite des capitaux hors de Liège (...) A un moment, un certain nombre de personnes, dont André Cools, ont voulu mobiliser de l'argent au niveau des pouvoirs publics pour redéployer l'économie". 

Nethys, une créature qui a échappé à ses fondateurs

Sur Nethys, le conseiller communale estime que "la forme est partie en vrille à un moment donné. Historiquement, rappelle François Schreuer, c'était une intercommunale qui a été fusionnée avec l'association liégeoise du gaz pour former un géant local. Et puis, les règles européennes évoluant et la privatisation de Belgacom plaçant la télédistribution dans une nouvelle situation de concurrence (...), tout cela a fait qu'à un moment, on a décidé de filialiser. La manière dont on a décidé de le faire était gravement inacceptable. En filialisant, on a construit ce bastion juridique qu'on ne contrôlait plus", estime-t-il. 

"On a abouti à une sorte d'entreprise ou de créature qui a un peu échappé à ses fondateurs initiaux et certainement à ses régulateurs", concède Alexia Autenne. Et ce même si des corrections ont été apportées, précise la professeure en droit de l'entreprise à l'UCLouvain: "car on a notamment isolé le volet GRD-Resa, les réseaux de distribution d'électricité, dans une structure autonome et étanche aujourd'hui, par rapport aux activités concurrentielles".

"Un GRD génère de l'argent, la question est: à quoi consacre-t-on cet argent", affirme François Schreuer qui estime que les marges dégagées doivent servir à financer l'initiative industrielle publique, "à condition que les choses soient transparentes (...) car l'initiative industrielle publique est liée à un risque", rappelle le conseiller liégeois. 

Changer de modèle?

Pour Alexia Autenne, le modèle juridique de Nethys a atteint ses limites et doit être adapté: "il y a deux voies possibles: soit on taille un peu dans l'entreprise, on rationalise, on vend quelques morceaux pour restreindre le périmètre, plus proche d'une certaine idée de l'intérêt communal (...) Soit on pourrait réfléchir à un nouveau modèle d'entreprise...".

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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