Croissance: il y a un accord sur les "project bonds", pas sur les "eurobonds"

Des moyens pour la relance ? Entre eurobonds et Projetc bonds, il faudra choisir. L'Allemagne l'a déjà fait.
Des moyens pour la relance ? Entre eurobonds et Projetc bonds, il faudra choisir. L'Allemagne l'a déjà fait. - © AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN

Pour tenter de relancer la croissance en Europe, certains ont mis sur la table deux outils, les "eurobonds" et les "project bonds", qui ont en commun d'être des emprunts mutualisés mais dont les finalités et l'ampleur divergent. Et si les project bonds n'effrayent plus vraiment personne, Berlin reste allergique à la mutuellisation pure et simple de la dette.

C'est une vieille idée des partisans d'une Europe plus fédérale: les Etats membres de la zone euro lanceraient des emprunts communs sur les marchés, en émettant des "euro-obligations", afin de se protéger mutuellement des attaques spéculatives et de mutualiser leurs dettes publiques. Cet outil, régulièrement relancé par la Commission européenne, permettrait aux pays les plus fragiles de la zone euro, qui doivent actuellement verser des primes de risque très fortes pour emprunter, de bénéficier des taux d'intérêt très faibles dont jouissent les Etats les plus solides. En effet, ces "eurobonds", selon leur nom anglais (un "bond" est une obligation), pourraient être garantis solidairement par tous les pays de l'Union monétaire.

Du coup, ils afficheraient un taux d'intérêt correspondant à une moyenne des taux de chaque Etat émetteur pondérés par leur poids économique. Autant dire que l'Italie et l'Espagne, qui empruntent actuellement autour de 5,5%-6% sur dix ans, bénéficieraient de l'attractivité de l'Allemagne, qui emprunte à 1,4% grâce à sa note "AAA", mais aussi de la France (2,8%). Les euro-obligations permettraient aux Etats de refinancer leur dette, c'est-à-dire à combler leur déficit et rembourser leurs créanciers.

Les "project bonds", c'est autre chose

Certains les appellent les "bébés eurobonds": il s'agirait aussi d'emprunts lancés en commun par plusieurs pays européens. Mais leur but serait de financer des grands projets d'infrastructures continentaux. Face à l'emprunt et donc à cette nouvelle dette, il y aurait un actif, l'investissement réalisé. La Commission européenne a déjà fait des propositions pour financer 15 à 20 projets pilotes par de tels emprunts, avec un soutien de la Banque européenne d'investissement (BEI) qui pourrait les garantir.

Ces projets pilotes porteraient essentiellement sur la création d'infrastructures de transport ou d'échanges de données, visant à mieux assurer l'interconnexion des Etats membres. La Commission les avait déjà listés en 2011.

A la veille du sommet européen informel sur la croissance, les représentants du Parlement européen et du conseil des ministres sont d'ailleurs tombés d'accord à Strasbourg sur le lancement d'un projet pilote d'obligations européennes pour le financement de projets d'infrastructures jugés cruciaux pour l'économie européenne.

Cet accord politique, qui devrait être définitivement approuvé d'ici juillet prochain, permettra à l'Union européenne de mobiliser 230 millions d'euros non-utilisés dans son budget pour encourager les capitaux privés -les fonds de pension notamment- à investir dans différents projets concrets dans le domaine des transports, de l'énergie ou des technologies de l'information.

"Deux cent trente millions d'euros, ce n'est pas beaucoup", a reconnu le rapporteur pour le Parlement, le social-démocrate suédois Göran Färm. "Mais il y aura un effet démultiplicateur très important", a-t-il assuré lors d'une conférence de presse dans la capitale alsacienne.

Selon la Commission, celui-ci sera de l'ordre de 15 à 20, ce qui devrait permettre au total d'attirer quelque 4,5 milliards d'euros rapidement.

La France et l'Italie veulent les deux, l'Allemagne ne veut pas des eurobonds

Le nouveau président François Hollande a "mis sur la table" à la fois les "project bonds", pour la croissance, et les "eurobonds", pour freiner la spéculation contre les Etats affaiblis. Le président du Conseil italien Mario Monti soutient également les deux outils. L'Allemagne, elle, rejette ostensiblement les "eurobonds". L'Allemagne estime bénéficier de taux d'intérêt au plus bas historique grâce à ses efforts de rigueur et ne veut pas les "partager" avec des pays moins disciplinés. En outre, ces obligations lui reviendraient plus cher que ses emprunts actuels.

A Berlin, on part du principe que la France place la barre très haut afin d'obtenir au moins gain de cause sur les "project bonds", tandis qu'à Paris, on souligne que l'Allemagne semble ouverte à un compromis sur ce dernier point. Mais certains responsables européens n'excluent pas que Berlin ouvre la porte, in fine, à la création de véritables "eurobonds", à un horizon plus ou moins lointain.

Pourtant, les dernières déclarations allemandes ne laissent pas planer beaucoup d'espoirs: un responsable gouvernemental a clairement précisé que les eurobonds ne faisaient "pas partie des instruments susceptibles de résoudre la crise de la dette", précisant que cette position était fixée et ne varierait pas d'ici le sommet de juin.

T.N. avec agences

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