Monnaie virtuelle: le bitcoin suscite l'intérêt des banques centrales

Connaissez- vous une monnaie dont la valeur a augmenté de 10 % en une semaine, 34 % en un mois et près de 200 % en an? Pourtant, elle existe. Il s'agit du fameux bitcoin.

Performance impressionnante effectivement. Il valait 1286 dollars ce jeudi soir, record absolu depuis sa création en 2009. Mais attention, en quelques années d’existence, cette monnaie virtuelle a connu des vagues de croissance euphorique certes, mais aussi des rechutes spectaculaires. Il n’en reste pas moins que pour certains professionnels de la finance, le bitcoin n’est plus seulement un outil spéculatif, il devient aussi un actif de réserve. Et la comparaison qui est faite, c’est celle qui se fait avec l’or.

Actif de réserve?

Mais cela dit, la valeur du bitcoin n’est-elle pas trop instable pour devenir un "actif de réserve" comme l’or?

C’est un souci, en effet. Maintenant, plusieurs études montrent que cette volatilité serait en train de diminuer. Et ce qui est intéressant aussi, c’est que plusieurs banques centrales dans le monde étudient de près, de très près même, le fonctionnement du bitcoin, pas forcément d’ailleurs pour créer leur propre cryptomonnaie, mais plutôt pour au moins exploiter certaines qualités du bitcoin.

Louis Larue est chercheur à la Chaire Hoover d’éthique économique et sociale de l’UCL. Selon ce dernier, "ce que ces banques veulent, ce n’est pas créer une monnaie, mais c’est plutôt s’inspirer de cette technologie pour notamment simplifier leur travail. Donc c’est-à-dire que les banques centrales ont plusieurs rôles : un rôle de création monétaire, un rôle dans l’intermédiation financière, c’est-à-dire de contrôle des transactions entre banques, entre institutions financières. Et c’est pour ça qu’elles peuvent utiliser cette technologie, pour simplifier ou pour diminuer les coûts qu’elles ont à contrôler ces transactions".

Une technologie nommée blockchain et la fin du cash?

Louis Larue nous donne également un mot d’explication tout de même sur cette technologie qui intéresse tant les banques centrales que l'industrie financière en général: "Le bitcoin est basé sur une technologie qui s’appelle le blockchain. C'est en deux mots une manière de vérifier toutes les transactions d’une manière décentralisée à l’aide d'un registre qu’aucune institution ne peut contrôler".

Alors, à ce stade, l’idée ne serait donc pas de créer une sorte de bitcoin public, qui viendrait remplacer les pièces ou les billets de banque. Mais il y a peut-être tentation, pour certaines banques centrales en tout cas, d’essayer de contrôler une cryptomonnaie comme le bitcoin, voire d’en créer une qui soit "officielle". On le voit bien avec la Banque centrale chinoise par exemple. Elle pourrait bien devenir la première banque centrale du monde à émettre une monnaie digitale en se basant sur certaines technologies du bitcoin. Le consommateur chinois, dans cette optique, pourrait l’utiliser pour tous ses achats. Et dans le même temps, on le voit bien, la Banque centrale chinoise suit de très près l’évolution du bitcoin. D’abord parce qu’elle veut éviter une bulle financière sur ce bitcoin, on est peut-être d’ailleurs déjà dans ses bulles, et aussi parce qu’elle ne veut pas laisser au fond trop de place à ce qui est, en définitive, un émetteur privé de monnaie, alors qu’une banque centrale, c’est un émetteur public.

Est-ce que toutes ces évolutions signifient qu’à terme, nos billets de banque et nos pièces de monnaie vont disparaître? On n’a évidemment pas de boule de cristal, mais la tendance est quand même assez nette depuis quelques années: les paiements en liquide sont de plus en plus découragés chez nous. L’existence des plus grosses coupures est menacée, et on l’a vu d’ailleurs en Inde, le gouvernement a démonétisé les billets de 500 et 2000 roupies, ce sont les grosses coupures là-bas. L’argent liquide devient presque suspect.

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