Mode: la maison Sonia Rykiel en liquidation, à qui la faute?

Le tribunal de commerce de Paris, en France, a prononcé la liquidation judiciaire immédiate de la maison de prêt-à-porter Sonia Rykiel, fin de la semaine dernière, faute d’avoir pu retrouver un repreneur.

Décision qui entraîne le licenciement des 135 salariés de l’entreprise, qui se tournent évidemment vers le propriétaire depuis 2012 de la marque Sonia Rykiel, le groupe de Hong Kong First Heritage Brands, à qui ils demandent de financer le plan social.

Pertes de 30 millions d’euros en 2018

La marque était en perte de vitesse depuis des années : gros plan social en 2017, 40% des effectifs supprimés. La situation s’est encore dégradée, au point que, selon le journal Les Échos, les pertes nettes s’élevaient à 30 millions d’euros fin 2018 — chiffre d’affaires de 35 millions d’euros. Fin tragique pour cette griffe que Sonia Rykiel, décédée en 2016, avait fondée en mai 1968 parce que la mode de l’époque ne lui convenait pas.

"Je suis au fond une femme comme les autres et j’ai commencé comme les autres femmes, c’est-à-dire que je me suis mariée, j’ai eu des enfants, je n’ai rien fait, je me suis occupée de ma maison, j’étais une femme d’intérieur et, au fond, je crois que je trouvais toujours tout ce qui me convenait dans tous les domaines — en littérature, en peinture, en musique — mais dans les vêtements, pas du tout. C’est-à-dire que les vêtements étaient toujours à côté, c’était toujours quelque chose qui n’était pas pour moi, qui était dans le mauvais sens, si on peut dire. Au fond, je crois que c’est un peu ça, c’est-à-dire que j’ai essayé de trouver quelque chose qui pouvait être exactement à ma mesure, pour moi."

Sonia Rykiel était en tout cas une véritable entrepreneuse et manifestement pas toujours très commode. "Je suis extrêmement dure dans mon travail, c’est-à-dire que je n’y connais rien, je ne sais pas couper, je ne sais pas coudre, donc je suis encore beaucoup plus dure que, je crois, ceux qui savent. Quand on me dit que ça n’est pas possible, je dis : ' Tu dois le faire', et on le fait, toujours."

Un contexte défavorable du marché de la mode?

Finalement, l’actionnaire chinois de la maison Rykiel porte, de toute évidence, une part de responsabilité, puisque ce groupe basé à Hong Kong était l’unique propriétaire de l’entreprise depuis 2016. Et pour justifier le plan social de 2017, il évoquait le contexte défavorable du marché de la mode.

Plus récemment, le comité d’entreprise dénonçait plutôt, lui, la gestion hasardeuse et dispendieuse de First Heritage Brands. Mais cela ne signifie pas forcément que la marque va disparaître, purement et simplement, parce que la marque Sonia Rykiel a certainement de la valeur.

Certains investisseurs pourraient essayer de s’en emparer, de préférence à vil prix, bien sûr, pour la relancer, en imaginant qu’ils vont gagner du temps en rachetant la marque, son histoire, son positionnement et peut-être sa clientèle, mais c’est infiniment plus facile à dire qu’à faire.

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