Microsoft va-t-il vraiment créer 60.000 emplois en Belgique d’ici 2026 ?

Tambours, trompettes… Après Google il y a quelques semaines, c’était au tour de Microsoft d’annoncer, ce mardi, des investissements conséquents en Belgique. Un milliard d’euros pour trois data center et la promesse de création de… 60.000 emplois. Mais d’où vient ce chiffre ? Déclic a tenté d’y voir clair.

Seulement quelques dizaines d’emplois directs.

Commençons par examiner ce qui a été annoncé concrètement : la création de trois centres régionaux de stockage de données sur le territoire belge. L’investissement est conséquent sur le plan financier – plus d’un milliard – mais les retombées directes en terme d’emploi sont maigres a priori : à peine quelques dizaines d’emplois nécessaires pour faire tourner ces 3 centres. "Il s’agit principalement de personnel de maintenance et de sécurité ", précise le patron de Microsoft Belgique, Didier Ongena. "Ces centres sont très automatisés et ne requièrent que peu de personnel."

D’où vient ce chiffre de 60.000 emplois ?

Mais d’où vient alors ce chiffre spectaculaire de 60.000 emplois qui seraient créés, grâce à Microsoft, d’ici 2026 ? Il s’agit en réalité d’une projection réalisée, à la demande de Microsoft, par le cabinet de consultance IDC et qui a calculé l’effet de levier de l’investissement, chez nous, de la société américaine.

"Pour un milliard d’euros investis, on sait que nos partenaires (sociétés informatiques, développeurs de logiciels, d’applications…) vont investir au moins quatre milliards. Et les nouvelles applications qu’ils vont créer, sur base des briques qu’on leur fournit, devraient permettre à leur client de s’ouvrir à de nouveaux marchés, de créer de la richesse… On parle de plus de 30 milliards en tout", ajoute, optimiste, Didier Ongena.

Il transpose le même calcul en terme d’emploi : "nos partenaires (près de 4000 entreprises en Belgique) vont pouvoir créer quelques 20.000 emplois et on peut certainement en espérer 40.000 autres, en aval, grâce aux nouvelles opportunités économiques offertes par le développement de nouvelles solutions, de software ou d’applications".

Crédible cette estimation ?

Mais ces estimations sont-elles vraiment crédibles ? Nous avons posé la question à Nicolas Van Zeebroeck, professeur en économie numérique à la Solvay Brussels School. Il incite à se méfier de ce genre d’extrapolations : "déjà Microsoft s’attribue des emplois qui auraient de toute façon été créés. En plus, la création d’emplois dans le secteur digital est le produit de tout un écosystème qui inclut les réseaux de télécommunication, le développement de compétences… C’est très difficile d’isoler la responsabilité spécifique de Microsoft dans les emplois qui seront créés dans le secteur digital". Un calcul fort théorique, donc. D’autant que si Microsoft n’était pas là, d’autres acteurs viendraient certainement proposer des solutions de logiciels et de stockage aux entreprises spécialisées.

Et combien d’emplois détruits ?

Reste la question de savoir combien d’emplois pourraient être détruits, en parallèle, par les nouvelles opportunités offertes par la digitalisation. "C’est très difficile à estimer", explique encore Nicolas Van Zeebroeck, "mais globalement jusqu’ici la digitalisation a tendance à créer plus d’emplois qu’elle n’en détruit. Ce ne sera peut-être plus vrai dans dix ans mais aujourd’hui la balance entre les emplois nouveaux créés et ceux qui disparaissent est globalement positive. D’ailleurs, les pays les plus avancés dans la digitalisation sont aussi ceux qui ont les plus hauts taux d’emplois, aujourd’hui."

Plus de détails dans la vidéo ci-dessus, extrait de Déclic, votre nouveau Talk Info, à 17 heures sur La Première et à 19 heures sur La Trois.

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