Michael O'Leary: le patron de Ryanair qui n'aime pas les avions

Michael O'Leary, le fantasque patron de Ryanair.
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Michael O'Leary, le fantasque patron de Ryanair. - © Harald Tittel - dapd

Il n’a jamais voulu être pilote. Lui voulait être footballeur et surtout faire de l’argent. À l’époque, il a presque 30 ans, il est contrôleur de gestion et envisage de créer sa société, son business. Il le fera en s’associant avec Tony Ryan, un homme d’affaires irlandais qu’il a rencontré quand il travaillait pour KPMG. O’Leary le conseillait sur ses affaires fiscales, Ryan l’engagera pour s’occuper de sa petite entreprise d’aviation. Les deux hommes s’apprécient et O’Leary gère, dès le début, Ryanair avec un objectif affiché : établir en Europe une compagnie aérienne low-cost accessible à un maximum de personnes.

Au début, l’entreprise perd de l’argent. Il part alors étudier aux États-Unis le cas de la compagnie Southwest Airlines, une compagnie low-cost américaine. De retour en Irlande, O’Leary développera le modèle à bas coût. Près de trois décennies plus tard, force est de constater que l’Irlandais de 57 ans a réussi son pari. "Il y avait un marché pour ce type de compagnie. Il a démarré avec 5000 passagers, ils sont aujourd’hui près 130 millions par an" analyse Jean Colard, expert du secteur aéronautique. "Son coup de génie, c’est d’avoir proposé des billets peu chers, de s’être installé dans des aéroports régionaux demandeurs, d’avoir profité de tous les subsides possibles en s’y établissant, de ne travailler qu’avec un type d’avion – le 737 – et d’avoir tiré tous ses coûts le plus bas possible."

Grossier et prétentieux 

Une réussite, mais à quel prix ? Celui de pilotes et d’hôtesses exténués par les cadences, fatigués d’être sous-payés. Le fantasque patron irlandais s’en moque. "Cela pourrait bien être dangereux", explique Thierry Bouckaert, directeur général d’Akkanto et spécialiste de la communication de crise. "C’est un génie. Il a démocratisé le secteur aérien. Mais tout génie a ses côtés sombres. Il veut aller au bout de son raisonnement, mais a peut-être oublié certains aspects essentiels qu’il doit respecter : la législation et le respect de son personnel. Il y a eu une certaine élasticité mais le système lâche au bout d’un moment. Et c’est peut-être ce à quoi on est en train d’arriver."

Un modèle 'Trumpien' 

Souvent bouillonnant, parfois grossier, il ose tout, tout le temps. Pour Jean Colard, le personnage O’Leary est un personnage complexe : "Il est grossier, prétentieux, irrévérencieux, très peu respectueux tant de son personnel que des passagers. Il a une personnalité psychorigide. Il ne dévie pas de sa ligne de conduite. Il réussit depuis plus de 25 ans, pourquoi donc changer son modèle économique ? Son modèle, c’est le modèle ‘trumpien’. C’est un homme au comportement binaire. C’est bien ou c’est mal. Et il n’y a pas d’autre solution que le bien, que moi j’impose. Le mal, c’est les autres parce qu’on s’oppose à moi."

Pour O’Leary, qu’importe les conditions de travail, sa priorité reste de faire de sa société l’un des plus rentables au monde. Avec un chiffre d’affaires annuel qui dépasse le milliard d’euros. Mais pour Thierry Bouckaert, si c’est grâce à son personnel qu’O’Leary réussit, c’est aussi à cause de son personnel qu’il pourrait tout perdre. "Pour moi, il n’y a pas grand-chose à lui reprocher vis-à-vis des promesses aux clients. Cependant, il a visiblement oublié qu’il fallait une communication qualitative avec son personnel qui, à un certain moment, ne supporte plus le fonctionnement général de l’entreprise. Pour l’instant, ce ne sont pas les clients qui lâchent la société, c’est son propre personnel. Une crise comme celle-là arrive très vite mais réparer les dégâts peut prendre beaucoup de temps. Il faudra restaurer la confiance du personnel, mettre son orgueil de côté et peut-être modifier son modèle qui a montré ses forces mais également, en ce moment, ses limites."

Génie ou rapiat irrespectueux? 

Génie du business pour ses admirateurs, véritable rapiat irrespectueux pour ses détracteurs : le milliardaire irlandais fascine le monde aéronautique depuis des dizaines années. "Pour moi, il y a trois éléments qui font le succès d’une société. D’abord, les brevets, les machines, les structures " énumère Bouckaert. "Ensuite, le personnel pour faire fonctionner l’entreprise et enfin, c’est la réputation. Et c’est là le problème actuel de Ryanair : il n’y a plus assez de personnel naviguant, donc des avions sont obligés de rester au sol. Et donc, cela pourra avoir rapidement un impact sur la réputation de l’entreprise."

Alors Michael O’Leary va-t-il mourir avec ses idées ou accepter de modifier son modèle économique ? Habitué des phrases chocs et de communications agressives, le sulfureux patron de Ryanair n’a certainement pas fini de faire parler de lui. Et de sa société.  

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