Métiers de l'audiovisuel en Belgique: les femmes freinées dans leur carrière et confrontées à du sexisme

Les femmes sont moins présentes que les hommes dans le secteur de l'audiovisuel en Fédération Wallonie-Bruxelles, y font une carrière plus courte et sont cloisonnées dans certains métiers, ressort-il d'une étude du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) publiée jeudi. Elles sont également confrontées à un plafond de verre et à des situations de sexisme, de discriminations et de violences.

L'étude "Égalité de genre dans les métiers de l'audiovisuel" révèle que les femmes représentent en moyenne 36,08% du personnel dans le secteur (35,31% en termes d'équivalent temps plein). Elles sont encore moins nombreuses à accéder à des fonctions dirigeantes puisqu'elles ne représentent que 21% des administrateurs chez les 27 éditeurs de services de médias audiovisuels (SMA) analysés et 18,5% des "top managers" (22 hommes, pour cinq femmes).

Plus faire leurs preuves

Une ségrégation horizontale cantonne également les femmes dans certains métiers, ne constituant que 19,5% du personnel dans les professions techniques. Elles représentent 33,8% des métiers de la production et 39% de la rédaction (journalisme et production de contenus). Les hommes sont ainsi surreprésentés dans les fonctions de réalisateurs, caméramans ou techniciens en charge du son tandis que les femmes sont davantage scriptes ou coordinatrices de contenus.

Cette répartition genrée peut porter à conséquence. Les femmes dans les métiers techniques doivent faire davantage leurs preuves, par exemple. Certaines travailleuses vont également déployer des stratégies de masculinisation ou au contraire d'hyperféminisation face à cette ségrégation horizontale.

Au sein du journalisme, les contenus sont répartis selon les genres, les femmes traitant davantage de matières sociétales, telles que la santé ou l'éducation, tandis que les hommes sont plus nombreux à couvrir les technologies, l'actualité nationale et internationale ou encore le sport.

Discriminations, harcèlement... 

Un tiers des répondantes à l'étude du CSA ont déjà été victimes de discriminations ou de harcèlement, contre 7% des hommes. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel relève en outre les difficultés, pour les femmes, à nommer et reconnaître les faits de sexisme, de discrimination et de violence dont elles font l'objet. Le nombre de victimes pourrait dès lors être plus élevé.

Concilier vie professionnelle et vie privée s'avère compliqué tant pour les hommes que les femmes et tous deux considèrent que l'employeur porte une responsabilité dans ce domaine. Peu ont l'impression que la gestion du personnel tient compte de leur situation familiale.

Les femmes font en outre face à des freins spécifiques, tels que la répartition inégale des tâches au sein du couple, les horaires atypiques ou la maternité. Un quart des répondantes affirment qu'avoir des enfants les a pénalisées sur le plan professionnel, contre 7% des hommes sondés.

Cette difficile conciliation entre les mondes professionnel et familial entraîne une augmentation de la charge mentale pour les femmes, soulève le CSA. Certaines vont également reporter ou renoncer à leurs projets de maternité, tandis que d'autres vont prendre un congé de maternité "en pointillé", c'est-à-dire qu'elles continuent, au moins en partie, de travailler par peur de perdre leur emploi ou le contact avec leur équipe. Certaines ne vont, elles, pas réintégrer leur poste après leur congé de maternité.

Enfin, les conditions de travail peuvent se révéler inadaptées pour les femmes enceintes, comme une journaliste devant couvrir une manifestation. L'absence de lieu dédié à l'allaitement ou pour stocker le lait maternel mène certaines travailleuses à solliciter un congé médical ou les contraint à arrêter l'allaitement plus tôt qu'elles ne l'auraient voulu.

Horaires atypiques, emplois précaires

Si les constats sont communs à de nombreux secteurs professionnels, le CSA relève aussi des spécificités propres à l'audiovisuel comme les horaires atypiques, le recours aux emplois précaires ou la ségrégation horizontale.

L'étude du CSA porte sur l'ensemble des métiers de l'audiovisuel, prenant en compte les employés salariés, les indépendants et les pigistes. Elle se base sur l'analyse de 753 profils LinkedIn, 404 questionnaires complétés par des membres du personnel, 16 questionnaires complétés par des membres de la direction, 22 entretiens avec des femmes et une analyse des bilans sociaux de 2018 des entreprises étudiées.

Le CSA émet plusieurs recommandations, au secteur - comme développer des crèches et garderies - mais aussi aux pouvoirs publics, qui devraient notamment intégrer les questions de genre et de discriminations à la formation des professionnels de l'audiovisuel.

Pour Joëlle Destrebecq, directrice des études et recherches du CSA, les inégalités constatées reposent notamment sur des stéréotypes intégrés, qu'il faut déconstruire. "C'est un travail de longue haleine, il faut renforcer les formations afin de déconstruire ces stéréotypes et nos biais inconscients", a-t-elle déclaré jeudi lors de la présentation des résultats. Pour parvenir à l'égalité, "une prise de conscience individuelle est nécessaire", a conclu le président du CSA, Karim Ibourki.

 

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