Mc Donald's Belgique: des franchisés trichent sur les heures de travail

Tout le monde connaît la célèbre marque de Fast-food Mc Donald’s. Bien implantée chez nous avec 83 restaurants en tout, elle emploie plus de 3000 personnes et se présente comme un employeur modèle sur son site internet. Mais aujourd'hui, des travailleurs veulent tirer la sonnette d’alarme : tout n’est pas rose chez "Mac Do" : ils dénoncent un système de pression sur les horaires à la limite de la légalité.

Nous avons reçu plusieurs témoignages d’anciens travailleurs de la marque de restauration rapide qui décrivent à peu de choses près le même système : " Le lundi on recevait l’horaire pour la semaine suivante. Mais quand on arrivait là-bas, parfois on nous disait tu travailles de 16 à 20h mais vu qu’il n’y avait pas assez de monde dans le Mc Donald’s, ils nous disaient : "on te fait pas pointer parce que sinon on serait en perte". Et donc on devait attendre dans une pièce à part et là on pouvait commencer à parfois 17h, 18h et ne faire que deux heures sur la journée par exemple. Mais on ne pouvait pas quitter le Mac Donald, on devait attendre là " nous raconte un jeune travailleur qui souhaite garder l’anonymat. Jérémy Marcoux, a travaillé dans un autre restaurant mais a connu la même situation : "On attendait parfois trois-quart d’heure-une heure qu’on vienne nous chercher et nous dire tu peux pointer et commencer. Déjà ça, c’est pas correct et ça nous enlève des heures. Mais après on nous forçait à prendre des pauses (…) Je me suis déjà déplacé pour travailler une heure. J’étais censé faire cinq heures et commencer à 18h, mais à 19h. on m’a dit c’est bon tu peux y aller" raconte-t-il.

Des documents à signer absolument

Le service fractionné est autorisé et courant dans le monde de la restauration. En revanche, ce type de changements d’horaire en dernière minute ne l’est pas. Mais les managers en charge de gérer le personnel des restaurants ont une astuce : " On devait signer un papier " nous explique un ancien travailleur. " Soit sur le nombre d’heure qu’on faisait en plus parce que ça arrivait mais surtout et ça a été fort répété le nombre d’heures qu’on faisait en moins. On devait signer l’heure et les minutes précises qu’on faisait en moins ". Une fois de plus, Jérémy embraie : "C’était le même papier que pour les absences, les demandes de congé ou les échanges d’horaire. On cochait les cases et on indiquait accepter de partir à telle heure par exemple pour être sûr qu’on ne puisse pas se retourner contre eux. (…) On ne voulait pas signer mais on n’avait pas le choix" nous fait-il remarquer.

Michaël Herbots a lui aussi travaillé dans la restauration rapide pendant un temps mais aujourd’hui, il est permanent syndical FGTB pour le secteur et nous dit recevoir beaucoup d’autres plaintes de ce type : "Donc on leur dit : "écoutes si tu pars un peu plus tôt tu vas me signer un document comme quoi tu es OK de partir comme cela ça ne pose pas de problème". Et bien souvent les travailleurs qui sont naïfs, comme ce sont souvent des jeunes travailleurs, ils vont accepter, ils vont signer. Ils ne veulent pas d’ennuis avec leur responsable" précise-t-il.

Des travailleurs très jeunes

Effectivement, le personnel de Mc Donald’s est très jeune. Selon la marque elle-même, la moitié de ses collaborateurs auraient moins de vingt-cinq ans et trente pourcents d’entre eux seraient des étudiants. Un public d’autant plus facile à contrôler selon Michaël Herbots : " C’est souvent leur premier emploi. Ils ne connaissent pas spécialement le monde du travail et ils trouvent un manager qui à première vue a l’air super sympathique, qui veut faire copain-copain comme on dit et qui va imposer certaines règles. Or, pour le travailleur c’est normal c’est son premier boulot ! Et comme ils prennent aussi beaucoup d’étudiants et bien ça permet aussi aux étudiants de s’en sortir financièrement mais ils ne connaissent pas la réglementation du travail. Et c’est là que les dérives surviennent " insiste-t-il.

Mc Donald’s Belgique affirme ne pas avoir eu connaissance de telles pratiques managériales et enjoint tous ses collaborateurs à contacter son service des ressources humaines en cas de problème : Kristel Muls, responsable de la communication du groupe : " Il n’y a aucune pression car pour nous le bien-être des travailleurs est essentiel " nous répond Kristels Muls, la responsable de la communication de Mc Donald’s Belgique.

Nous avons mené une enquête interne approfondie et nous avons détecté un problème dans un restaurant qui a été rectifié tout de suite " ajoute-elle. Seulement voilà, comme nous l’explique également Kristel Muls, la société Mc Donald’s ne gère ses collaborateurs que de très loin : " Ce sont 24 franchisés qui gèrent les 82 restaurants belges. Donc il s’agit de leur personnel. Ce sont des indépendants donc leur personnel c’est leur responsabilité. Néanmoins il y a des règles à suivre ". Et à la question de ce que ferait Mc Donald’s s’il s’avérait qu’un franchisé ne respecte pas les règles éthique de la marque : "dans le pire des cas cela pourrait aller jusqu’à la rupture du contrat de franchise " tranche Kristel Muls.

Les managers en première ligne

Pour en avoir le cœur net, nous avons finalement réussi à contacter le propriétaire de plusieurs Mc Donald’s concernés par notre enquête. Ce dernier nie toute forme de pression sur les employés pour leur faire signer les fameux documents nécessaires aux changements d’horaire : "Ils signent ou ils ne signent pas. On ne peut pas signer à leur place et on ne peut pas non plus prendre un gourdin et leur dire de signer ou ils vont prendre un coup. Ça ce n’est pas vrai. Maintenant je ne suis pas tout le temps là et je sais que ce n’est pas toujours facile au début parce qu’il y a beaucoup de monde qui est engagé d’un coup. Aucun employé n’est venu m’en parler directement c’est tout ce que je peux vous dire" concède-t-il.

Pour Michaël Herbots, plusieurs franchisés Mc Donald’s "trichent" effectivement sur les horaires mais la pression s’effectue plutôt au niveau des managers de chaque restaurant : "Il faut savoir aussi que les managers sont mis sous pression parce qu’ils doivent faire du chiffre. (…) On ne sait jamais si les clients vont venir ou s’ils ne viendront pas et ils ont des lignes à respecter imposées par la marque donc ils vont aller jusqu’au bout et ce même au détriment des travailleurs ".

Un constat que ne partagent évidemment pas Kristel Muls : "Les plannings sont normalement faits pour qu’il y ait assez de gens sur le terrain. C’est vrai que s’il fait plus calme, cela arrive que l’on demande aux gens de partir plus tôt mais c’est toujours de manière volontaire et de toute façon toutes les heures contractuelles doivent être respectées et toutes les heures prestées et au moins contractuelles doivent être payées " insiste-t-elle.

Pas si simple, nous répondent nos témoins : "On devait avoir 25 heures par mois ce qui n’a jamais été respecté" se souvient Jérémy Marcoux. "J’espérais gagner autour de 1300 euros par mois selon les heures inscrites sur mon contrat mais le plus que j’ai touché c’est 900 euros, sur toute la durée de mon contrat". "Il y avait des collègues, ils avaient dix heures en moins sur leur fiche de paie à la fin du mois" complète un autre travailleur anonyme. " Ils ne s’en plaignaient pas vraiment parce qu’ils pensaient qu’il n’y avait rien à faire" termine-t-il.

Impossible de savoir combien de travailleurs en tout sont concernés par ces pratiques, ce qui est sûr c’est que cela a été le cas chez plusieurs franchisés en Wallonie mais pas dans tous les restaurants Mc Donald’s Belgique.

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