Marc De Vos: "Le protectionnisme n'est pas la solution mais le problème"

Pour Marc De Vos, la Belgique est victime du manque de discipline internationale
Pour Marc De Vos, la Belgique est victime du manque de discipline internationale - © RTBF

Le directeur de l'Itinera Institute, Marc De Vos, s'exprimait au micro de Matin première avant la décision de fermeture de l'usine Ford à Genk. Pour lui, cette fermeture serait un coup porté au moral de la Belgique, mais il faut se garder, pense-t-il, de se lancer dans une course aux subventions publiques pour sauver les restes d'industrie. Du "gaspillage" selon lui.

Le directeur de l’Itinera Institute ne cachait pas ses craintes pour l’avenir de Ford Genk, et pour l’avenir de toute la filière automobile en Belgique d’ailleurs. A présent confirmée, cette fermeture est plus qu’un coup dur. C'est un "coup au mental aussi". Il rappelle que la Flandre était la championne du monde en la matière. Ford Genk fermant après Renault Vilvorde et Opel Anvers, il reste Volvo à Gand, "dans les mains de Chinois dont on ne connaît pas la stratégie sur le long terme".

"La perte d’une industrie, ça fait partie de l’évolution de l’économie ; mais ici il s’agit d’une crise du secteur automobile en Europe, qui a perdu en termes de volume énormément de production", relève Marc De Vos, pour qui on est revenu, en Belgique, au volume produit dans les années 90.

"On a perdu vingt ans en fait, de progrès économique", que les entreprises doivent assumer, singulièrement en Belgique. "Nous ne sommes pas les seuls, mais on doit tout de même constater -c’était le cas avec Opel Anvers et c’est maintenant le cas avec Ford Genk- quand il s’agit de faire le choix de l’usine que l’on va restructurer, que c’est apparemment plus facile de le faire en Belgique que dans un plus grand marché où l’on a plusieurs usines comme l’Allemagne". Une raison assez simple à cela : "Je constate qu’on a deux usines en Allemagne, et si on décide de fermer une des usines en Allemagne on aura un conflit social qui dépassera le cadre de l’usine. Je crains qu’il y ait là une logique au-delà de la question permanente de la compétitivité, du coût du travail, coût de l’énergie, coût de distribution, etc."

Constat d’autant plus frappant que le coût du travail à Ford Genk est moins élevé que dans certaines usines allemandes, ou qu’en France. La Belgique ne parviendrait donc pas à faire entendre sa voix dans un concert international marqué par un retour du protectionnisme.

Pour Marc De Vos, il faut toutefois analyser toutes les composantes éventuelles de la décision de restructurer : coût du travail, législation sociale, voire la course aux subsides: "Lorsqu’on parlait d’Opel à Anvers, la Flandre était prête à investir 500 millions d’euros alors que l’Allemagne avait près de 5 milliards d’euros disponibles ; et je constate que M. Obama aux Etats-Unis a donné 90 milliards à General Motors…"

Dans cette course, "c’est perdu d’avance" pour la Belgique concède-t-il. "La logique de concurrence et de libre-échange, ce n’est pas ça. C’est le contraire en fait", explique Marc De Vos, "et il faut vraiment se poser la question si la Belgique au niveau politique ne doit pas lancer un processus de réflexion au niveau de la Commission européenne". L’idée étant de faire pour l’industrie ce qu’on a fait pour le sauvetage des banques : lesquelles seraient sauvées, sous quelles conditions et par qui ?

Gaspillage

Serait-on en train de "louper" en Europe ce que les Etats-Unis sont parvenus à faire ? Marc De Vos revient sur les conditions du sauvetage aux Etats Unis, et des exigences politiques posées.

Il rappelle que si Opel Anvers a fermé, c’est à la suite d’un jeu de billard à trois bandes organisé directement par la Maison Blanche. "Et ça ce n’est pas correct", tranche-t-il. "Je crois qu’il faut être réaliste en Europe. On n’est pas les Etats-Unis, on n’aura pas une stratégie européenne style Airbus pour l’industrie automobile. Ce sont les grands pays qui se défendent avec les atouts qu’ils ont". Selon lui, la Belgique et la Flandre en particulier doivent se demander ce qu’ils peuvent faire sans pour autant  rejoindre la course aux subsides, car cela risque fort d’être de l’argent jeté par les fenêtres : "Si l’on investit pour sauver temporairement une industrie qui est condamnée, c’est du gaspillage pur et simple… "

Le retour du protectionnisme alors, pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être ? "Très clairement pour moi ce n’est pas la solution mais le problème. Mais je constate que dans le contexte d’une crise profonde, les différents pays ont le réflexe national plutôt que le réflexe international ou collaboratif" déplore le professeur De Vos. "La Chine en est l’exemple primaire évidemment, puisque la Chine pratique de façon structurelle des politiques industrielles qui sont contraires au libre-échange et qui sont néfastes au reste du monde ; et donc c’est un jeu qui à la fin du compte, lie de façon intime l’agenda politique et le développement économique. Ce n’est pas la voie pour avoir une évolution de l’économie qui partage la prospérité et la création d’emplois (…) ; c’est la voie perdante a priori pour un petit pays comme le nôtre. Donc on a tout intérêt à réinstaurer la discipline correcte de la compétition et de la concurrence internationale".

T.N.

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