Malgré sa dépréciation ces derniers mois, la fin de la suprématie du dollar n'est pas pour demain

Depuis le printemps, le dollar américain s’est fortement déprécié par rapport à la monnaie européennele taux de change a évolué en faveur de l’euro. Aujourd’hui, les Américains qui veulent acheter un euro doivent le payer 1,17 dollar ; c’était encore 1,06 le 23 mars dernier.

On l'explique principalement par la situation budgétaire aux États-Unis mais aussi par les inquiétudes liées à la crise sanitaire sur le territoire.

Cette dépréciation est aussi l’occasion pour beaucoup d’analystes de s’interroger sur la fin de la suprématie du dollar comme monnaie internationale ?

Un impact important

Cette suprématie a des conséquences économiques importantes sur toute la planète. Le dollar roi est utilisé comme moyen de paiement par de nombreux autres pays que les États-Unis, pour régler des opérations d’achat et de vente de biens par exemple, mais aussi des actifs financiers, ou pour indiquer le prix de nombreuses matières premières pas forcément produites sur le sol américain.

Le meilleur exemple est le baril de pétrole de la mer du Nord, dont le prix est libellé en dollars. Il constitue aussi une monnaie de réserve pour la plupart des banques centrales dans le monde. "Les banques centrales utilisent leurs réserves afin de pouvoir intervenir sur les marchés des changes et éventuellement, si nécessaire, stabiliser leur taux de change par rapport à différents chocs qui pourraient créer la volatilité sur les taux de change" explique Vincent Bodart, professeur d’économie à l’UCLouvain. 

La Chine est de loin le pays qui possède le plus de réserves de change, environ 3 000 milliards de dollars. 

Aujourd’hui, 62% des réserves totales de change des banques centrales du monde sont détenues en dollars américains. Certes, cette part a tendance à diminuer depuis ces 20 dernières années, et c’est notamment dû à l’arrivée de l’euro, mais pour répondre à votre question, mais le constat est sans appel, pour Vincent Bodart: "Même dans des scénarios qui seraient très défavorables au dollar ou qui seraient par conséquent plutôt favorables à la monnaie européenne, on voit qu’à des horizons de cinq ou dix ans, la part du dollar dans les réserves mondiales restera extrêmement élevée. Par conséquent, l’idée de se dire qu’à court terme, ou voire même à moyen terme, le dollar pourrait être détrôné par une monnaie comme la monnaie européenne paraît peu plausible".

Et si c'était le tour du yuan?

Le plus grand concurrent du dollar américain serait finalement plutôt le yuan chinois, d’autant qu’on considère que plus un pays a un volume important de transactions commerciales avec le reste du monde, plus il est en mesure d’imposer sa monnaie. Et la Chine est évidemment une grande puissance. Mais selon les projections, cela ne suffit pour le moment pas: "Même en projetant l’évolution de la part du PIB chinois comparativement à celle du dollar sur l’avenir en partant de taux de croissance historiques pour ces deux économies, on voit que la part du dollar restera encore très importante à l’avenir" explique Vincent Bodart.

Et quand il évoque une part importante, c'est au moins 50% en 2030 contre à peine 20% pour le yuan, selon ce scénario.

Un statu quo, qui s'explique de deux façons: l’effet d’inertie et de réseau, c’est un peu l’effet chiens de faïence. En gros, l’utilité pour une banque centrale d’amasser des dollars tient surtout au fait que d’autres banques centrales amassent et détiennent également des dollars. Pour l’instant, même si de plus en plus d’institutions monétaires intègrent la devise chinoise, ça reste encore très limité.

L’autre facteur, c’est le degré de développement des marchés financiers. Et ça, pour l’instant, c’est évidemment très favorable aux États-Unis. Ça fait 100 ans que le dollar est considéré comme la devise internationale dominante, il a supplanté la livre sterling, et ni les déséquilibres de l’économie américaine ni les velléités des puissances étrangères n’y changent rien pour l’instant.

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