"Lutter contre la fraude fiscale permet de réduire l'immigration clandestine"

La revue " Regards économiques " publie ce matin un article qui étudie le lien entre l’immigration clandestine, l’économie souterraine d’un pays donné et le protectionnisme.

L’immigration illégale est rarement étudiée par les économistes. Et d’ailleurs, Luca Pensieroso, professeur d’économie à l’UCL, rappelle que s’il existe un certain consensus sur les effets positifs de l’immigration régulière sur les économies des pays de destination, les conséquences socio-économiques de l’immigration clandestine sont moins claires. "Il peut y avoir des aspects plutôt positifs liés au fait d’aider des gens en difficulté ou plus démunis dans leur pays d’origine. Mais d’un autre côté, il y a aussi des soucis qui peuvent par exemple être liés à la criminalité dans le pays de destination. "

Une menace pour les travailleurs moins qualifiés

Certains secteurs tireront sans doute profit de l’emploi d’immigrés clandestins. Les auteurs citent par exemple la construction, mais, disent-ils, il est possible qu’une plus forte présence de clandestins puisse menacer les salaires des travailleurs autochtones moins qualifiés. En tout cas, il est difficile de mesurer leur impact économique parce que, presque par nature, les migrants illégaux n’ont évidemment d’autre choix que le travail au noir.

Pour lutter contre l’immigration clandestine, il faut lutter contre la fraude fiscale et sociale.

Faute de données précises, des ordres de grandeur circulent. Cette économie informelle représenterait 21% du PIB de la Belgique, 27% en Italie et 14% aux Pays-Bas. Mais pour Fabio Mariani (l’autre auteur de l’étude) et Luca Pensieroso, il y existe bien une corrélation entre l’importance de l’économie souterraine et l’immigration clandestine. Plus le secteur informel est développé, plus l’immigration clandestine devient attrayante aux yeux des migrants potentiels. Pour lutter contre l’immigration clandestine, il serait donc tout indiqué de lutter plus et mieux contre la fraude fiscale et sociale.

La politique fiscale, explique Luca Pensieroso, est " une alternative dans l’éventail des politiques possibles pour contrôler les flux d’immigration illégale que les politiques peuvent utiliser. Il y a aussi les retombées positives de la lutte contre la fraude fiscale a sur l’économie. Nous pensons donc que ça pourrait être un instrument intéressant à prendre en considération."

Moins se focaliser sur les contrôles aux frontières

Concrètement, les politiques visant à réduire la charge fiscale sur les entreprises pour les inciter à moins frauder et renforcer les dispositifs de contrôle contre l’évasion fiscale permettraient de réduire l’attractivité du secteur informel et, par conséquence, l’afflux d’immigrants clandestins. Et cela permettrait, au passage, de moins se focaliser sur les contrôles aux frontières et les rapatriements.

L’idée -un peu contre-intuitive est qu’une plus grande ouverture au commerce international, à l’inverse du protectionnisme, peut entraîner une diminution de l’immigration clandestine plutôt qu’une augmentation. À l’inverse, une poussée protectionniste pourrait indirectement favoriser l’immigration illégale. Pour celles et ceux que le sujet intéresse, il est très utile de lire l’article des deux économistes mis en ligne ci-dessous.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK