LN24: le pari risqué d'une chaîne belge d'information en continu

La Belgique francophone aura bientôt sa première chaîne d'information en continu. LN24, pour "Les News 24" a été annoncée ce lundi. Le lancement de ce nouveau média est prévu courant 2019, en télévision et sur le web. 4,5 millions d'euros ont été levés pour ce projet, dirigé entre autres par Joan Condijts, ancien rédacteur en chef du journal L'écho qui vient de démissionner ce matin, et Martin Buxant, également journaliste à L'écho. A quoi est-ce qu'il faut s'attendre?

Ni populaire, ni strictement business

A de l'actualité économique et politique, principalement. En continu, ce qui n'existe pas aujourd'hui au sein des acteurs du paysage médiatique belge. Et en termes de public visé, "sans être tout à fait grand public, mais sur la ligne de démarcation entre le média très très qualitatif et le média populaire", selon Martin Buxant, futur rédacteur en chef de LN24. "Il y a là un créneau que nous avons su créer au sein du journal L'écho. Sans être un média exclusif, mais qui tire les gens vers le haut". Un média que nous qualifierons donc "de niche", mais d'une niche un peu grande. Un peu comme ce qu'est devenu le journal l'écho ces dernières années, avec un modèle qui fonctionne, financièrement, plutôt bien - au sein de la presse quotidienne en tout cas.

Un nouveau média, belge francophone, d'information en continu, et audiovisuel ? L'annonce faite ce matin a de quoi surprendre à plus d'un titre, même les observateurs du secteur. Bernard Cools est responsable des études et de la stratégie au sein de l’agence média Space: "Le contexte n’est pas favorable, et cela en est d'autant plus surprenant".

Un marché est déjà concurrentiel avant le lancement

Pour lui le marché belge francophone de l'audiovisuel "doit être attaqué avec toutes les précautions d’usage et toutes les études de marché nécessaires. Le marché est non seulement très petit mais aussi très pénétré par les acteurs français, il est limité en ressources publicitaires. L’information en continu, même en France se porte assez difficilement. La concurrence y est assez importante, mais sur le marché belge, BFM, et LCI sont déjà présents – sans pour autant diffuser d’information belge à proprement parler. Le marché est déjà concurrentiel avant que le nouvel acteur n’ait commencé".

Un pari réalisable ?

"Très difficilement", pour Bernard Cools. "Parce que le marché est petit et très exigeant : le spectateur francophone a les repères et les critères français en tête. Et le fait de travailler avec des moyens belges, ça ne doit pas se voir dans le résultat délivré…et ça c’est franchement compliqué". Reste l'enthousiasme indéniable des fondateurs - et des investisseurs. 4,5 millions et demi d'euros ont été levés, avec le soutien de quatre noms bien connus: La branche assurances de la banque Belfius, le groupe belge de construction Besix, Giles Daoust, le patron du groupe d’intérim et de ressources humaines du même nom. et ICE Patrimonial,  société de gestion de Jean-Pierre Lutgen. 

Il y a une imperméabilité qui existe, et qui sera maintenue – j’y tiens très fort – entre l’actionnariat et la partie éditoriale du média

Cette structure de financement est plutôt originale - même si pas tout à fait inédite pour un média belge, un capital privé qui n'empêchera pas l'indépendance du média selon son nouveau directeur de rédaction et président du conseil d'administration, Joan Condijts: "Ça ne changera rien du tout à l’indépendance du média. il y a une imperméabilité qui existe, et qui sera maintenue – j’y tiens très fort – entre l’actionnariat et la partie éditoriale du média".

Qu'est-ce qui reste à faire avant le lancement de LN24?

Beaucoup de choses. Des négociations sont en cours avec les différents opérateurs télécoms pour une diffusion en télévision (Voo Telenet, Proximus). Idem en termes de publicité, où rien n’est arrêté à ce jour. les dirigeants de LN24 font le tour des régies
publicitaires et "les négociations ont commencé". Enfin, il y a une équipe à constituer avec tout le recrutement que cela suppose. 
Les fondateurs aimeraient bien voir leur bébé prêt pour les élections de 2019. "L'ambition est là, et le rendez-vous est important", confirme Joan Condijts, "mais nous avons les moyens de nous donner plus de temps, et si nous estimons ne pas être prêts, nous pouvons très bien reporter le lancement de quelques semaines ou quelques mois". Ce qui serait dommage, pour un média qui espère se démarquer, entre autres, par sa couverture de l’actualité économique et politique.

 

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