Les taux des crédits hypothécaires vont-ils descendre en-dessous de 0?

"Pour assurer leur rentabilité, les banques doivent assurer une différence de 1% entre le taux de l’épargne et le taux des crédits hypothécaires"
"Pour assurer leur rentabilité, les banques doivent assurer une différence de 1% entre le taux de l’épargne et le taux des crédits hypothécaires" - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

La réponse est non, plus que probablement. Et le taux d'épargne, lui non plus, ne descendra pas en-dessous de 0. Mais alors, pourquoi certains pays empruntent-ils à des taux négatifs ? Comment expliquer cette baisse des taux d'intérêts ? Voici quelques éléments de réponse.

En septembre 2014, la BCE a encore une fois baissé ses taux d’intérêts. Son principal taux directeur est passé à 0,05% (le taux d’intérêt des montants que la BCE prête aux banques) tandis que son taux de dépôt à très court terme est resté négatif, à -0,2% (il était devenu négatif en juin, à -0,1%, étape historique – les banques doivent maintenant payer pour placer leurs liquidités).

Pourquoi ? Pour forcer les banques à ne plus stocker ces liquidités à l’institut monétaire, et les pousser à les prêter à des États ou à des privés, et donc à les réinjecter dans l’économie. Tout ça pour stimuler la croissance et écarter la déflation.

Pourquoi certains pays empruntent-ils à des taux négatifs?

Non seulement les banques sont incitées à prêter aux États, mais en outre, les taux auxquels ces États empruntent sont devenus souvent… négatifs. Cela signifie que les investisseurs sont prêts à payer pour placer leur argent dans la dette d’un Etat. Une manière, pour eux, de mettre leurs avoirs à l’abri, les dettes de grands Etats développés étant considérées comme des placements sûrs. Les investisseurs privés peuvent aussi parier sur le fait que le taux négatifs de leur placement est (même partiellement) compensé par la baisse des prix des produits durant la même période.

La Belgique a ainsi déjà emprunté plusieurs fois à des taux négatifs.

La demande étant grande pour prêter aux Etats (acheter des obligations d’État), les taux d’intérêts partent à la baisse et descendent même parfois en-dessous de 0. "Les investisseurs préfèrent avoir en portefeuille des obligations d'État dont la valeur s'effrite un peu, plutôt que d'acheter des actions où la perte pourrait être considérable", explique au Figaro Philippe Waechter, chef économiste chez Natixis Asset Management.

En outre les taux de la BCE sont très bas.

Et enfin, la Banque centrale européenne s’est en plus lancée dans un rachat de dette publique sur les marchés. Ce qui accentue encore ce phénomène de baisse des taux d’intérêts, puisque l’offre de dette publique est encore réduite pour les investisseurs souhaitant en acheter.

Pourquoi la BCE rachète-t-elle cette dette? Car elle espère que les banques seront ainsi poussées à prêter aux particuliers et aux entreprises. Et relancer l’économie. Repoussant ainsi le risque de stagnation ou, pire, une baisse des prix.

Pourquoi la déflation fait-elle si peur?

La déflation (baisse des prix) vient de l'excédent de l'offre de biens par rapport à la demande à un niveau de prix déterminé. Dans ce scénario, les consommateurs sont rapidement poussés à retarder leurs achats et espérant une prochaine baisse des prix. Débute alors une spirale infernale: les consommateurs ne consomment plus et les entreprises, pour baisser les prix, réduisent leurs marges. Elles licencient, le chômage augmente, le pouvoir d’achat des consommateurs baisse...les achats sont postposés, et le processus recommence.

Les taux des crédit hypothécaires iront-ils aussi en négatif ?

L’une des bonnes nouvelles pour le consommateur de cette baisse générale des taux est la baisse de ceux des crédits hypothécaires. Cependant, tous les Belges n’ont pas forcément l’argent pour accéder à la propriété...

Les taux de ces crédits pourraient-ils également devenir négatifs? "Non, nous répond Thierry Closset, courtier au Crédit hutois. Une banque ne paiera jamais pour avoir un client. Dans le pire des cas, le taux descendra à 0%, c’est d’ailleurs déjà arrivé pour les taux variables".

"Pour asseoir leur rentabilité, les banques doivent assurer une différence de 1% entre le taux de l’épargne et le taux des crédits hypothécaires", précise-t-il.

Et l'épargne, pourra-t-elle ne plus rien rapporter ?

Par contre, revers de la médaille : l’épargne placée à la banque ne rapporte quasiment plus rien. Sachant que le Belge est un grand épargnant, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour son portefeuille.

Mais s’ils peuvent descendre très bas, ces taux ne passeront jamais non plus en-dessous de 0, les taux négatifs étant interdits en Belgique. Le taux minimum a été précisé par le ministre des Finances Johan Van Overtveldt fin mars : il est de 0,11%. C’est donc très bas, mais au moins, vous ne devrez jamais payer une banque pour y stocker votre argent…

Une nouvelle crise va-t-elle éclater ?

Dans son rapport intermédiaire sur l’économie mondiale publié à la mi-mars, l’OCDE, l’Organisation pour la coopération et le développement en Europe, a salué les mesures prises par la BCE et y voit une chance pour la zone euro d’échapper à la stagnation.

Cependant, elle met également en garde: le trop plein de liquidités en circulation pourrait aveugler les marchés. Jusqu’à la "bulle"?

J.C.

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