Les taux d'intérêt à la hausse: quelles conclusions faut-il en tirer?

Les taux d'intérêt sont en train de se redresser sensiblement. En quelques semaines à peine, le rendement des emprunts américains à 10 ans a été propulsé de 0,92% à 1,38%. Depuis le 1er janvier, le rendement a donc augmenté de moitié. 

Toutefois, le chef économiste de CBC Banque, Bernard Keppenne, appelle à la prudence en évoquant un effet d'optique. "Il y a une hausse nette des taux d’intérêt, même si, d’un autre côté, il faut le remettre dans le contexte global. On reste quand même avec des taux d’intérêt historiquement bas, mais on a eu un mouvement relativement important, particulièrement aux États-Unis", explique-t-il.

En plein dans un "reflation trade"

Pourquoi les taux d'intérêt remontent-ils en flèche? Parce qu'on est en plein milieu d'un "reflation trade", c'est-à-dire une expansion budgétaire et monétaire combinée en particulier aux États-Unis.

Qu'est-ce qu'une expansion monétaire? "C’est la Banque centrale américaine qui maintient ses taux d’intérêt bas et qui a toujours son programme de rachats d’obligations", explique Bernard Keppenne. "Tandis qu'une expansion budgétaire, c’est une double expansion budgétaire. On avait déjà eu les 900 milliards de dollars qui avaient été alloués fin de l’année dernière et on a la perspective du nouveau plan de Biden de 1 900 milliards de dollars", ajoute-t-il.

"Le tout est une perspective d’avoir une expansion de l’économie américaine avec possibilité ou risque de tensions en termes d’inflation, ce qui explique cette remontée des taux d’intérêt," résume le chef économiste de CBC Banque.

D'ailleurs, on voit déjà chez nous les signes concrets de l’inflation, avec des prix de l’énergie en forte hausse. Carburants, matières premières, composants électroniques, prix des containers, etc. Tous augmentent. 

Et en Europe?

En Europe, les taux d’intérêt sont encore plus bas, mais ceux-ci se tendent effectivement depuis quelques semaines. Par exemple, sur les obligations de l’État belge à 10 ans, le rendement est passé de moins 0,41% à moins 0,1% depuis le début de l’année. Toutefois, de grosses différentes avec les Etats-Unis demeurent.

"En Europe, on n’est pas du tout dans la même situation", souligne Bernard Keppenne, "on a peut-être effectivement un contexte de taux d’intérêt qui sont bas, une Banque centrale européenne qui achète aussi des obligations, mais on n’a pas du tout ce même élan budgétaire, ou en tout cas beaucoup plus lentement. On attend le fameux plan Next Generation EU, qui va mettre un peu plus de temps qu’aux États-Unis".

Et surtout, ajoute Bernard Keppenne, alors qu'aux Etats-Unis le rebond de la croissance s'annonce vigoureux, en Europe, "on est dans une situation où, au niveau de la croissance, le premier trimestre sera très probablement négatif."

L'inflation actuelle étant limitée et allant de pair avec un rebond de la croissance économique, elle ne doit pas inquiéter. Mais si cette inflation se confirme, si elle s’accélère, ne risque-t-elle pas de déraper et de devenir incontrôlable ? À ce stade, en réalité, il est beaucoup trop tôt pour le dire dans un sens ou dans l’autre. Il est également beaucoup trop tôt pour s'inquiéter d'une éventuelle hausse des taux hypothécaires. Les taux d'intérêt demeurent très bas pour les emprunteurs et pour les épargnants. 

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