"Les taux bas sur l'épargne, c'est la répression financière de la BCE"

"Les taux bas sur l'épargne, c'est la répression financière de la BCE"
"Les taux bas sur l'épargne, c'est la répression financière de la BCE" - © Tous droits réservés

C'est l'opinion de l'économiste Geert Noels, patron d’Econopolis, société de gestion de patrimoine. Il était ce vendredi l’invité de Matin Première. Une personnalité difficile à mettre dans une case, des cases "qu’il n’aime pas", de son propre aveu. Il se décrit plutôt comme quelqu’un qui "cherche l’équilibre entre gauche et droite".

Le patron des patrons flamands, Michel Delbaere, vient de se positionner en faveur d’une taxation des plus-value spéculatives. Geert Noels n’en est pas surpris et pense qu’il pourrait avoir été inspiré par un article publié voici 4 ans déjà dans Trends et récemment dans le Tijd et dans lequel Geerts Noels recommandait d’instaurer une taxe sur les plus-value réalisées à court terme (un an), une façon de "viser la spéculation et non l’investissement ou l’épargne". L’économiste ajoute : "Il faut opter pour des mesures fiscales qui rapportent et qui sont faciles à implémenter, via les banques. Tout le monde est d’accord qui faut arriver à ce fameux ‘tax shift’ : l’impôt sur le travail est beaucoup trop élevé – nous sommes les champions du monde en ce domaine – et la pression fiscale en général est trop forte. Il faut faire en sorte que le tax shift ne devienne pas un ‘tax lif’t et que chaque euro soit bien dépensé."

Une mesure qui rapporte tout de suite

D’après les calculs effectués par Geert Noels, la taxation sur les plus-value spéculatives aurait l’avantage de rapporter tout de suite, certes pas des milliards, mais plusieurs centaines de millions d’euros, et de constituer pour l’État des revenus récurrents. "Ce serait un bon début et représenterait un message. Cela dit, un problème plus important est l’évasion fiscale, comme le Lux Leaks… Si on veut évaluer l’efficacité des mesures à prendre, l’accent doit être mis, surtout à long terme, sur la lutte contre la fuite organisée de capitaux, particulièrement par les plus grandes entreprises. Mais chaque pays a son petit système pour attirer les multinationales ; chez nous ce sont les intérêts notionnels. C’est ça qu’il faudrait remettre en cause. Il faudrait que tous les pays prennent conscience que cela crée des inégalités inacceptables entre PME et grandes entreprises."

"Supprimer les intérêts notionnels : c’est l’intérêt de la Belgique"

Alors la Belgique devrait-elle prendre la tête d’un mouvement de moralisation de la fiscalité ? Porter plainte contre le Luxembourg ? Supprimer sur son territoire les intérêts notionnels ? "Oui, assure l’invité, et cela dans son propre intérêt car c’est de plus en plus difficile de relancer l’économie et d’attirer les multinationales. En Belgique, ce sont les PME qui vont créer les emplois, la valeur ajoutée et la croissance pour l’avenir. Les multinationales n’assureront plus la croissance future et c’est déjà la réalité depuis 6 ans. La période ‘big is beautifull’ est terminée. Pour l’avenir ce sera ‘smaller (plus petit) is beautifull’ et également ‘plus lent’ que par le passé. Alors pourquoi ne pas faire le pas maintenant et être le leader de ce changement ?"

Si la croissance ne viendra plus des grandes entreprises, cela signifie-t-il qu’il ne faut pas craindre les menaces, comme celles du patron d’InBev qui vient de laisser entendre que si les arrangements avec le Luxembourg étaient remis en cause, l’entreprise pourrait s’en aller ?

"Je suis encouragé par certaines petites nouvelles, répond Geert Noels, comme par exemple celle concernant Starbucks qui doit changer son comportement fiscal au Royaume-Uni et maintenant aux Pays-Bas. La chaîne de café américain payait trop peu d’impôts. Il y a eu aussi le cas d’Apple. On voit ainsi de petites nouvelles indiquant que des multinationales soient obligées de fermer certaines portes d’évasion fiscale et payer plus d’impôts dans les pays qui les accueillent."

"Le gouvernement n’a pas une ligne économique assez claire"

À propos de la ligne actuelle du gouvernement qui fonde tout sur l’entreprise et sa capacité à créer de la richesse donc de la protection sociale, l’invité estime que la Belgique conserve un handicap de compétitivité : "Depuis des années on ne parvient pas à créer des emplois dans le secteur privé, ou très peu. On en crée beaucoup plus dans le secteur public. Cela cache un peu le problème de manque de créations d’emplois. Il y a plusieurs raisons à cela, notamment le problème de manque de compétitivité salariale, mais aussi de manque de formation de nombreuses personnes dans la population. Il faut que les entreprises puissent créer de l’emploi mais je trouve que jusqu’à présent sur ce point la ligne économique n’est pas assez claire. On cherche encore… et on en saura plus après la prochaine récession car je crois que jusqu’à présent les mesures prises sont encore relativement douces et mitigées."

La prochaine récession, Geert Noels la croit imminente ; selon lui on voit des signes de ralentissement en Allemagne, un ralentissement de l’économie en Chine, au Japon, en France… "Et il ne faut pas sous-estimer l’impact de la Russie sur certains pays. Le tout ensemble annonce que l’année 2015 sera difficile pour l’économie mondiale."

La "répression financière" de la BCE

Concernant la baisse qui n’en finit pas des taux d’intérêt sur les comptes d’épargne (Belfius vient d’abaisser son taux à 0,3%) Geert Noels estime : "C’est notre contribution – cachée – à l’assainissement des finances publiques, surtout celle de pays de la zone euro qui sont plus au sud que nous ; c’est une répression financière voulue par la Banque centrale européenne. Dans certains pays, il existe même des taux négatifs – notre contribution pourrait donc encore augmenter…"

Patrick Bartholomé

 

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