Les prix s'envolent depuis cinq ans en maison de repos (infographie)

La maison de repos devient-elle un produit de luxe ? C’est la question posée d’emblée par une étude réalisée par la Fédération des CPAS sur l’évolution des prix en maison de repos en Wallonie entre 1998 et 2018.

Constat

Pendant pratiquement 15 ans, le prix des maisons de repos ont suivi l’inflation (hausse des prix en générale). Ce qui s’explique par l’augmentation des salaires qui sont l’essentiel des coûts de ces établissements. Mais, constate l’étude, cette augmentation des tarifs est depuis 5 ans nettement supérieure à l’inflation. Pour l’ensemble des maisons de repos en Wallonie la hausse des prix est de 26,4 % alors que dans le même temps l’inflation était de 8 %. L’augmentation est encore plus prononcée si on s’attarde sur le secteur privé avec 32,1 % pour la même période.

Des différences en fonction des provinces

Dans le Hainaut, l’augmentation des prix est plus modérée. Ce n’est pas le cas en Brabant wallon, précise Jean-Marc Rombeaux, économiste et conseiller expert pour les matières touchant aux aînés à la Fédération des CPAS: "Les augmentations sont ici plus prononcées avec des maisons de repos dans le secteur privé qui atteignent les 65 €/jour hors supplément".

Pourquoi une telle augmentation ?

Pourquoi une telle augmentation des prix de base dans les maisons de repos? L’étude apporte des clés de compréhension du phénomène et plusieurs facteurs sont cités. La hausse importante du prix de l’immobilier et du foncier sont cités et sont donc fatalement répercutés sur le coût pour la construction des établissements. Autre point : "Il y a eu à juste titre des renforcements des normes dans les maisons de repos, en termes de surface de chambre, d’équipement sanitaire ou encore de protection incendie… En soi, c’est tout à fait justifié, mais cela a un coût et le résident en paye une partie". Toutefois, s’il n’y avait que ces éléments, la différence ne serait pas aussi importante entre le secteur public et privé, précise Jean-Marc Rombeaux : "Il y a 20 ans, les prix dans le secteur public et le secteur privé se tenaient dans un mouchoir de poche à plus ou moins 28,3 €. Aujourd’hui, dans le privé on est à de l’ordre de 51,7 € et dans le public on est à en moyenne 43,8 €". Pour ce spécialiste un des éléments qui peut certainement expliquer cette augmentation c’est la montée en puissance de grands groupes dans le secteur privé. Ces groupes ont des attentes en termes de rentabilité et dans certains cas il y a des montages où l’on trouve d’une part un propriétaire et d’autre part un gestionnaire, il y a donc deux intermédiaires qui attendent une rentabilité.

Conséquences

Entrer en maison de repos va-t-il devenir un luxe pour les plus précaires ? C’est un risque, si rien n’est fait pour accompagner ce phénomène structurel d’augmentation. Jean-Marc Rombeaux : "Je pense que, dès aujourd’hui, il y a des personnes qui ne souhaitent pas se rendre en maison de repos alors que les conditions à domicile sont devenues problématiques. Parce que financièrement, ils ne peuvent pas assurer…". Tenons compte aussi que cette hausse des prix a un impact sur les finances publiques. Lorsqu’une personne n’a pas les moyens suffisants pour payer sa facture d’hébergement, elle peut solliciter l’aide du CPAS. "Je n’ai pas de chiffres globaux à ce niveau-là, mais mécaniquement, au plus les prix vont augmenter, au plus il y aura des demandes de ce type", ajoute Jean-Marc Rombeaux.

Des pistes pour faire face à l’augmentation des prix

Pour assurer une accessibilité aux maisons de repos, malgré la hausse des prix, des pistes sont proposées dans cette étude. Retarder le moment où les personnes entrent en maison de repos est une des pistes. Jean-Marc Rombeaux : "C’est un élément d’un ensemble de mesures. Très certainement, la majorité des aînés souhaitent rester à domicile et si on peut le faire c’est une chose excellente. En même temps, il ne faut pas se leurrer, quand une personne a une forte perte d’autonomie, et s’il n’y a pas un aidant proche, le maintien à domicile devient impossible ou alors à des prix très élevés". Conclusion, on aura encore besoin de places en maison de repos. Et notre expert de mettre en avant la différence de prix entre le secteur public et privé. Le privé étant en moyenne 7 € plus cher que le public. Le calcul est simple : "Au plus il y aura de lits dans les maisons de repos dans le secteur public, au plus la maison de repos sera accessible". D’autres pistes sont évoquées dans cette étude comme relever la pension minimale ou encore renforcer l’APA, l’allocation pour l’aide aux personnes âgées.

Illustration de l'évolution des prix en maison de repos superposée à l'inflation

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