Les pays à risque dans la zone euro

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La crise de la dette grecque a déclenché une tempête qui éclabousse désormais aussi l'Irlande, l'Espagne et le Portugal.

La crise est sans précédent. Ses causes sont multiples. Et elle n'est pas terminée.

La Grèce risque de sortir de l'eurozone

La crise a été déclenchée par la découverte tardive d'un déficit budgétaire hors norme en Grèce: 13% du PIB, là où le Pacte européen de stabilité en autorise au maximum 3%. La dette est énorme: 120% du PIB. La Commission européenne aurait dû voir venir le déficit, mais malgré les systèmes de surveillance, des artifices comptables n'ont pas permis de le détecter à temps pour permettre à la Grèce de s'en sortir seule.

Il a donc fallu faire appel à l'équipe: par des prêts et de garanties pour un total de 292 milliards d'euros en échange d'un douloureux programme d'austérité.

Les Européens ont affirmé à plusieurs reprises leur volonté d'aider la Grèce à faire face à ses dettes et à la faire rester dans la zone euro, moyennant le respect de ses engagements, notamment la réduction des déficits et les réformes structurelles. Mais depuis peu, ils n'excluent plus l'hypothèse d'une sortie d'Athènes de la monnaie unique.

Standards and Poor's estime à "au moins une chance sur trois" cette possibilité.

Le ministre français des Finances Pierre Moscovici juge que la question d'une sortie de la Grèce de la zone euro "se posera sans doute", si le pays revient sur ses engagements à l'austérité pris auprès de l'Union européenne et du FMI en cas d'arrivée au pouvoir de la gauche radicale.

Paul De Grauwe identifie même deux scénarios distincts: la sortie pure et simple, et le maintien de la Grèce dans la zone, mais en arrêtant de payer sa dette. Bref dans les deux scénarios, la Grèce ne remboursera pas: "C'est devenu impossible pour les Grecs de le faire", dit le professeur à la London School of Economics.

Le sort de la Grèce est suivi attentivement car il créerait un précédent en cas de sortie: une sortie suivie du chaos économique, social ou politique aurait un effet de repoussoir sur les autres pays en difficulté comme l'Espagne et le Portugal. Si au contraire cela se passe bien, et si la Grèce retrouve un équilibre, cela montrerait qu'il existe une voie de sortie raisonnable.

La suite de l'affaire grecque va dépendre de l'issue des élections législatives cruciales convoquées pour le 17 juin. S&P rappelle qu'il existe "une possibilité" que les élections du 17 juin "conduisent à la formation d'un gouvernement fondamentalement opposé à la mise en œuvre des conditions du programme" d'assainissement des finances imposé par l'Union européenne et le FMI en échange de leur aide.

L'Irlande continuera à recevoir de l'aide

Après la Grèce, l'Irlande fut le premier pays à suivre dans la voie de la crise.

Ici, la situation est quelque peu différente: le tigre celtique a des finances publiques saines et sort d'années de croissance, mais la crise des subprimes de 2008, la bulle immobilière, a déclenché en Irlande une crise bancaire en 2010.

Il a fallu renflouer les banques ce qui a creusé le déficit de l'état: 32% du PIB en 2010.

Par référendum, l'Irlande vient d'approuver à 60% le traité de discipline budgétaire. Ce traité, signé par les 27 membres de l'Union européen, sauf la Grande-Bretagne et la République tchèque entrera en vigueur lorsque 12 pays de la zone euro l'auront ratifié. Il prévoit de respecter la "règle d'or" sur l'équilibre des comptes, sous peine de sanctions.

Avec ce feu vert, l'Irlande conserve l'accès aux aides européennes: elle a déjà bénéficié de prêts à hauteur de 85 milliards d'euros via le Mécanisme européen de stabilité mais rien ne dit qu'il ne faudra pas une rallonge.

Qui peut sauver l'Espagne?

En 2009, l'Espagne aussi s'est retrouvée avec un déficit public trop élevé: 11% du PIB, en grande part du fait des régions. Le pays a connu longtemps une croissance trop faible, il est entré en récession et est frappé par l'éclatement de la bulle immobilière et de la construction, moteur jusque là de son développement.

Ici aussi la pénalisation passe par la dégradation de la note souveraine et des mesures d'austérité qui font mal.

Le poids économique de l'Espagne, quatrième économie européenne, rendra en outre difficiles à mettre en œuvre les mécanismes de sauvetage.

La situation se complique par le fait que l'Espagne tient à avoir un mécanisme direct de recapitalisation des banques européennes en difficulté qui ne serait pas un plan de sauvetage du pays, question d'amour propre... Et les banques espagnoles vont mal: il faut sauver Bankia qui à elle seule demande une aide de 19 milliards d'euros. Pour l'ensemble des banques, il y en aurait pour plus de 50 milliards; certains parlent même de 90 milliards.

Le Portugal moins mal loti

Le cas portugais ressemble au cas grec en moins grave avec près de 10% du PIB de déficit public. Comme la Grèce, le Portugal a vu ses taux d'intérêt augmenter fortement l'an dernier et sa note dégradée par S&P.

Le plan de sauvetage pour le Portugal s'élève à 78 milliards d'euros, et est bien sûr accompagné de mesures d'austérité. Signe d'espoir: le déficit pourrait revenir à 4,5 cette année et 3,2% du PIB l'an prochain.

Par contre les prévisions du chômage sont mauvaises et Lisbonne doit aider massivement ses banques.

D'autres pays dépassent les critères

Grèce, Irlande, Espagne et Portugal ne sont pas les seuls mauvais élèves de la classe euro. L'Italie et la France ont une dette et un déficit publics élevés, et donc n'échappent pas aux dégradations et aux mesures d'austérité.

D'autres pays de la zone euro ont une forte dette publique, mais un déficit public modéré. C'est le cas de la Belgique mais aussi de l'Allemagne. Certains ont réussi à maîtriser les deux, comme l'Autriche, Chypre ou les Pays-Bas, voire à respecter les critères de Maastricht pour la dette et à limiter leur déficit public.

A l'arrivée, seuls deux états de la zone respectent entièrement ces critères: la Finlande et l'Estonie. Par contre aucun des huit pays européens qui peuvent prétendre à l'entrée dans la zone euro ne remplissent encore tous les critères nécessaires, économiques et juridiques, selon le rapport de convergence de la Banque centrale européenne (BCE) publié mercredi.

JFH avec AFP