Les patrons du BEL20 ont déjà gagné autant qu'un Belge sur toute une année

C’est le "CEO Jackpot Day" aujourd’hui, selon le syndicat chrétien CNE. C’est le jour de l’année où le salaire médian d’un patron d’une des 20 plus grosses entreprises cotées en bourse en Belgique (AB Inbev, Colruyt, Proximus, Solvay,…) équivaut au salaire médian d’une année d’un travailleur belge (calculé sur base de chiffres de 2018). "Cette année, ça tombe le 10 janvier calcule Clarisse Van Tichelen permanente au service d’étude de la CNE. Ça veut dire qu’un CEO du BEL20, en 2018, avait une rémunération de 1,85 million, c’est 42 fois plus que le salaire médian en Belgique. Autrement dit, en 6,22 jours de travail le CEO gagne autant que le salarié médian".

L’arbre qui cache la forêt

Le problème pour la CNE c’est que le calcul ne prend pas en compte l’ensemble des revenus mais seulement les salaires : "C’est l’arbre qui cache la forêt, regrette Clarisse Van Tichelen. Si on pouvait considérer en plus les revenus de l’immobilier, des actions, des comptes titres,… comme on sait que ces revenus du capital se concentrent surtout chez les plus riches, les CEO du BEL20 gagneraient certainement encore beaucoup plus que le travailleur médian. Si on comparait l’ensemble des revenus d’un CEO et l’ensemble des revenus d’un salarié qui souvent ne compte que sur son salaire, les inégalités seraient encore plus grandes et le Jackpot Day tomberait plus tôt, sans doute le 1er ou le 2 janvier".

Pourtant le salaire médian des patrons du BEL20 a diminué en deux ans selon les chiffres de la Vlerick Business School. Il est passé de 2,08 millions en 2016 à 1,85 en 2018. Malgré cela, les inégalités ne se réduisent pas pour la CNE : "Non, parce que si on regarde comment est répartie la richesse en Belgique, on choisit quelle part va au travailleur et quelle part va à la rémunération du capital. La part du travailleur continue de diminuer depuis des années. Quand on crée de la richesse, s’il y a de moins en moins de rémunération au travailleur, il y en a de plus en plus pour le capital. Et donc les inégalités augmentent".

L’écart salarial est bien plus grand à l’étranger

Xavier Baeten est professeur à la Vlerick business School à Gand et spécialiste des rémunérations. Il comprend bien l’intérêt symbolique de la date du CEO Jackpot Day mais pour lui, si on met d’un côté de la balance le salaire médian de l’ensemble des Belges, il faudrait mettre en regard le salaire de tous les patrons : "Certes, le salaire des CEO du BEL20 est élevé mais le salaire des travailleurs de ces mêmes entreprises aussi est plus élevé, même beaucoup plus élevé en général que la moyenne. Ce n’est pas justifié de comparer le salaire d’un grand patron avec le médian belge, il faut le comparer avec un travailleur de son entreprise". Cela dit, même en comparant les salaires au sein d’une même entreprise du BEL20, le salaire du patron est 33 fois plus élevé que le salaire médian (alors qu’il est 42 fois plus élevé si on compare à l’ensemble des travailleurs belges selon les chiffres de la CNE).

En Belgique, la différence de salaire entre les grands patrons et les travailleurs est moins importante que dans beaucoup d’autres pays européens : "La Belgique est assez modeste par rapport à d’autres pays. Si on regarde les CEO en France, aux Pays-Bas, au Royaume Uni, en Allemagne, on voit que les rémunérations en Belgique sont moins importantes. Et puis, ne pas oublier qu’un salaire de CEO, c’est très flexible, ça peut augmenter mais aussi diminuer. Il y a beaucoup de patrons en Belgique qui ont une diminution de leur salaire quand les performances de leur entreprise ne suivent pas".

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