Et si les objectifs climatiques de la Belgique étaient incompatibles avec une sortie totale du nucléaire ?

Y a-t-il une incompatibilité entre les objectifs climatiques de la Belgique et une sortie totale du nucléaire ? Oui, selon la FABI, Fédération belge d’ingénieurs civils, ingénieurs agronomes et bioingénieurs qui vient de réaliser une étude prospective.

Conclusion : même si les Belges changent fortement leur comportement, la Belgique n’atteindra pas ses objectifs climatiques. Et cela se confirme, même dans le scénario envisagé qui implique le plus de changements technologiques et de comportements individuels.

Imaginons

Voyage dans le futur, nous sommes en 2050, la vitesse maximale autorisée sur les autoroutes est de 100 km/heure, le parc de véhicules belge a été réduit de 20% et une bonne partie a été électrifié, le télétravail est devenu monnaie courante, trois quarts des logements ont été rénovés et la surface moyenne des habitations a diminué. En résumé, nos modes de transport et nos logements ont presque totalement été décarbonés, les émissions de gaz à effet de serre de la Belgique sont réduites de 75% par rapport à aujourd’hui.

Malgré cela, la Belgique n’atteint pas son objectif

Ces changements sont donc, a priori, une bonne nouvelle. Il est manifestement possible d’agir sur les logements et les transports, mais ceci n’est qu’un scénario, le plus optimiste de l’étude, dira-t-on, et qui demande des efforts déjà considérables. Et pourtant cela veut dire que la Belgique n’atteint pas son objectif de réduction de 95% de ses émissions de CO2 pour 2050.

Cela mérite quelques explications… Outre nos habitations et nos déplacements, il reste l’industrie. Philippe Charlez est ingénieur des mines, membre de la FABI et expert en question énergétiques de l’Institut Sapiens à Paris : "L’industrie reste effectivement la partie de l’économie qui reste la plus difficile à décarboner, tout simplement parce que certains processus industriels (type ciment, verre, sidérurgie, chaud : NDLR) sont des processus qu’on a extrêmement de mal à décarboner. Je vais prendre comme exemple la sidérurgie. Pour produire le minerai de fer, on va le réduire avec du coke, c’est-à-dire avec du charbon. Il y a des technologies auxquelles on pense aujourd’hui où on pourrait imaginer le réduire avec de l’hydrogène, mais ça n’est pas opérationnel aujourd’hui. Il y a un test qui est fait actuellement en Suède sur le sujet". Or, les hypothèses retenues ici ne tiennent compte que des technologies qui sont déjà matures, déjà utilisables aujourd’hui, ce qui explique le statu quo dans lequel cette étude projette l’industrie et la pétrochimie dans 30 ans.

Mais, ce n’est pas tout

Pour expliquer les difficultés à atteindre les objectifs climatiques il faut aussi prendre en compte une autre raison. Il s’agit de la sortie totale du nucléaire prévue en Belgique pour 2025. Cette énergie pose de sérieuses questions de sécurité à long terme, mais elle n’émet pas de CO2. Selon les ingénieurs de la FABI, il y a là une incompatibilité entre les objectifs climatiques et la sortie totale du nucléaire. Pour Philippe Charlez, remplacer le nucléaire par le gaz bloque la capacité de la Belgique à se décarboner selon les objectifs politiques qui sont fixés : "Quand on sort du nucléaire, on met inévitablement un peu de gaz puisqu’on n’arrive pas à 100% de renouvelable. Ça veut donc dire que si on continue à réduire le nombre de voitures thermiques, à mettre des voitures électriques, à introduire des pompes à chaleur dans l’habitat, ce sont évidemment des instruments qui vont marcher avec non pas de l’électricité décarbonée, mais de l’électricité gazière, et donc on ne parvient plus à décarboner."

Et si on misait sur plus d’énergies renouvelables à la place du gaz

Si on remplace l’essence et le diesel qui sont consommés aujourd’hui en Belgique par 100% de renouvelable, il nous faudrait 20 000 éoliennes supplémentaires ; un nombre faramineux. Il y en a aujourd’hui 1200 au total en Belgique. L’option doit être envisagée, tout comme le fait de capturer et stocker dans le sol le reste de CO2 émis notamment par l’industrie, ou d’opter pour une société de décroissance, ou encore pour le maintien du nucléaire, mais aucun de ces choix, même combinés, n’est et ne sera facile parce que nous sommes bien à la croisée des chemins entre confort de vie, questions d’environnement et questions de sécurité.

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