Les mauvaises idées d'une TVA à 0% et d'un plan de relance pour l'Horeca

Les restaurants vont-ils devoir fermer à nouveau ? Cette question plane comme une épée de Damoclès au-dessus du secteur Horeca. Avant les décisions du comité de concertation de ce vendredi, certains représentants du secteur demandent de nouvelles mesures d’aides. Parmi celles-ci, une TVA abaissée à 0% pour l’année 2020, et un pourcentage réservé pour les restaurateurs au sein 5 milliards d’euros attribués à la Belgique par l’Union Européenne, pour la relance économique. De bonnes idées ? Pas vraiment.

Une TVA à 0% ?

D’abord, cette demande d’une TVA à 0% dans l’Horeca pour 2020, et les "6 premiers mois 2021, + 6% à partir juillet de 2021 jusqu’à 2023", telle que revendiquée par l’asbl "Le Commerce Liégeois" et le Collectif Horeca Liégeois, a-t-elle du sens ?

Dans la pratique, baisser ou supprimer la TVA, cela signifie qu’un établissement va maintenir ses prix initiaux, et bénéficier de la diminution fiscale pour empocher directement la différence. Un exemple concret : si vous faites passer la TVA de 6 à 0%, cela va se traduire, sur une nuitée ou une addition de 100 euros, par une augmentation de la marge bénéficiaire du restaurateur de 6 euros. Un coup de pouce bienvenu, évidemment.

Une "fort mauvaise idée"

Sauf qu’il est difficile aujourd’hui de parler du secteur dans son ensemble. Au risque de caricaturer un peu, un gîte dans les Ardennes aura peut-être réalisé une très bonne saison d’été là où une sandwicherie du centre de Bruxelles, faute de clients travailleurs – parce qu’ils télétravaillent plus qu’avant, souffre énormément.

Et une diminution de la TVA serait "une fort mauvaise idée", pour l’économiste Etienne De Callataÿ, "parce que cela ne va pas du tout aider celui dont le volume d’activité a fortement baissé. Un café à côté d’un théâtre, si théâtre ne rouvre pas, ce n’est pas une diminution de la TVA qui va l’aider. Par contre, celui qui par bonheur n’aura pas vu son chiffre d’affaires baisser, bénéficiera à plein d’une telle diminution". L’Etat prendrait en fait une mesure qui répondrait de manière inversement proportionnelle au besoin de soutien.

Un plan de relance pour l’Horeca ?

Et qu’en est-il d’attribuer à l’Horeca une partie du plan de relance – dont les cinq milliards d’euros européens ? Le principe d’un plan de relance pour l’Horeca, n’est en tout cas pas exclu par le nouveau ministre fédéral des Classes moyennes, Indépendants et PME, David Clarinval (MR). Il déclarait il y a peu : " Je vais plaider dans le gouvernement pour que l’on puisse aussi avoir un volet sectoriel, et notamment un plan Horeca 2021, parce que certains secteurs souffrent plus que d’autres, et l’Horeca est ici touché de plein fouet".

"En tant qu’ex-ministre du Budget, je sais aussi que nous avions fait quelques réserves pour pouvoir faire face à d’éventuels problèmes. Nous avions aussi prévu un plan de relance qui permettrait de relancer certains secteurs, donc je ne doute pas un instant que nous aurons les moyens de trouver, sur le plan budgétaire, certaines marges pour soutenir le secteur de l’Horeca notamment, qui est touché de plein fouet ". Reste que l’ancien ministre du Budget ne dit pas quelles marges, ni où nous allons effectivement trouver ces supposées marges budgétaires – alors que le déficit public va exploser en 2020.

"Il ne faut pas tout mélanger"

La Belgique serait en outre sans doute le seul pays au monde à essayer de relancer son économie, ne serait-ce qu’en partie par l’Horeca. Et pour l’économiste en chef d’Orcadia Asset Management, un plan de relance pour l’Horeca n’a en fait pas beaucoup de sens : "Il ne faut pas tout mélanger. On peut vouloir soutenir ceux qui, au sein du secteur de l’Horeca, souffrent d’une déperdition de chiffre d’affaires particulièrement marquée, c’est légitime, mais relancer l’économie est autre chose.

"Relancer l’économie, c’est aller demain vers une économie plus productive, plus inclusive, plus innovatrice et plus portée sur tout ce qui est transition environnementale. C’est donc toute autre chose, comme approche, que des mesures ponctuelles ciblées sur certains opérateurs du secteur de l’Horeca".

Des aides ciblées liées aux pertes

Toujours est-il qu’une nouvelle fermeture serait le coup de grâce pour beaucoup d’établissements. Quelles mesures pourraient être prises pour aider le secteur Plutôt que des mesures générales adressées à tout le secteur en dépit de réalités différentes, Etienne De Callataÿ suggère des mesures ciblées, pour n’aider que ceux qui ont beaucoup perdu, à la mesure de ce qu’ils ont perdu :"Nous pourrions facilement envisager de nous baser sur l’évolution du chiffre d’affaires des établissements de l’Horeca.

"Nous avons aujourd’hui la possibilité de comparer les chiffres des trois premiers trimestres 2019 avec la même période en 2020. Celui qui a perdu, imaginons, plus de 25 ou 50% de chiffre d’affaires pourrait faire appel à une aide. Incidemment, ceci aurait pour effet de lutter contre la sous-déclaration dans le secteur de l’Horeca, d’assainir les pratiques et de lutter contre le travail au noir. Ce serait une manière pour l’Etat d’aider ceux qui ont joué le jeu. Ceux qui ont fraudé l’année dernière ne seraient pas en mesure d’afficher une grande perte et ne pourraient pas compter sur cette solidarité publique".

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