Les logiciels libres dans les administrations belges: "Je t'aime, moi non plus"

Dans la ville de Rennes, Google s'est faite éjecter par un moteur de recherche français libre Qwant.
Dans la ville de Rennes, Google s'est faite éjecter par un moteur de recherche français libre Qwant. - © TOLGA AKMEN - AFP

En France, des villes rebelles, comme Rennes, rejettent les logiciels des géants informatiques pour les remplacer par des "logiciels libres". En Belgique, la tendance est très différente. Mais d’abord, c’est quoi un logiciel libre?

Un logiciel libre ou Open source est le contraire du logiciel propriétaires, dont le code-source  -la "recette"- est tenu secret. Pour être libre, un logiciel doit respecter plusieurs critères: la liberté d'exécution; (on peut l’installer tant que qu’on le veut); la liberté d'étude (vous pouvez tout connaître et tout documenter); la liberté de redistribution des copies (les recopier et les donner); et enfin, la liberté d'amélioration (un développeur peut le faire évoluer).

Et c’est ce dernier point qui est important, puisqu’il donne un accès libre au code source de l’application. Ce logiciel libre appartient à tous ceux qui participent à son développement.

Certaines villes montrent un réel engouement pour le logiciel Libre. Le cas le plus emblématique est celui de la ville française de Rennes. Après s’être séparée de la suite bureautique de Microsoft, Rennes a éjecté Google pour le remplacer par le moteur de recherche français libre Qwant. Et la région Ile-de-France vient de prendre la même décision.

En Belgique, c’est autre chose

En Belgique, la situation est moins glamour. Contrairement à la France, au niveau fédéral belge, il n’y a pas de véritable législation pour promouvoir le logiciel libre.

C’est en Wallonie que les choses semblent les plus avancées. Selon  Jean-Luc Manise de l’association belges du logiciel Libre (abelli), un déclic s’est produit  en 2012 lorsque Paul Furlan (alors ministre des pouvoir Locaux) a décidé de développer des logiciels communaux basés sur le logiciel libre. Une intercommunale (imio) a été chargée de réunir des solutions libres qui sont mutualisées entre toutes les communes wallonnes. Ce sont principalement des applications de backoffice, chargées de la gestion des conseils communaux, des permis d’urbanisme et des guichet citoyen.

Dès qu’on quitte ces développements (très) spécifiques, Microsoft revient au galop. Dans l’enseignement, par exemple, c’est Office qui est sur tous les bancs. Et souvent gratuitement. Ce qui explique l’absence de logiciels libres dans les écoles. Et la situation est comparable pour les applications bureautiques. Plus grave: certains échanges avec des administrations doivent se faire obligatoirement en format Word ou Excel.

Pour la région bruxelloise, la situation est moins brillante. Le CIRB (le centre informatique de la Région bruxelloise) nous a simplement dit " ne pas souhaiter aborder le sujet ", symptôme apparent d’un manque d’intérêt en Région Bruxelloise. La ministre Bianca Debaets, en charge de l’informatique, se dit pour sa part "partagée" par rapport à l’open source. L’administration et les communes ont toute liberté d’y recourir, mais les demandes seraient " très rares " déclare le porte-parole de la secrétaire d’Etat.

La situation en Flandre n’est guère différente, mais il y a des exemples d’intérêt pour l’open source dans une ville comme Schoten impliquée dans ce projet depuis de longues années 

Qu’est-ce qui justifierai le recours au logiciel libre?

En principe, le codage Open Source attire d’abord par son prix. La ville de Rennes assure avoir gagné 500.000 euros en abandonnant Outlook au profit de Zimbra. Mais si le logiciel libre est gratuit, il implique généralement des coûts de services (mise en œuvre, adaptation, corrections, etc. Avec un atout quand même: cela crée de l’emploi chez nous, plutôt que de l’autre côté de l’Atlantique.

Et au final, le principal avantage est la maîtrise du code de développement. Ce qui évite de perdre ces codes si le fournisseur disparaît ou fait faillite.

Quelles sont les perspectives de changement?

L’argument qui prévaut aujourd’hui est la volonté des communes de protéger la confidentialité des utilisateurs. Empêcher les logiciels de tracer leur  comportement.

Ce choix est aussi politique. Selon les développeurs, c’est quand Ecolo est aux manettes que l’open source se développerait le plus.

l’Europe évoque aussi le logiciel libre pour reprendre sa souveraineté sur le marché des données. Mais on est encore loin d’une décision concrète. 

En France les pouvoirs publics imposent le logiciel libre dans les administrations. "En Wallonie, il existe aujourd’hui une sorte de conjonction entre le public, le monde universitaire et la communauté du logiciel libre" présage Robert Viseur, chargé de cours à l’université de Mons, qui ajoute que la décision finale sera européenne.

Le cloud très propriétaire

Ce qui rend la vie du logiciel libre de plus en plus compliquée est la généralisation du Cloud. On pense évidemment à Office 365 lié au cloud OneDrive.

Aujourd’hui les fichiers Word et Excel sont reconnus comme des standards ouverts. Avec un danger relevé par Robert Viseur,: "qu’à force de déléguer des compétences aux géants américains, l’expertise informatique se perd et rend plus difficile le retour à des solutions open source."

Mais ce n’est pas la mort du logiciel libre pour autant: aujourd’hui, l'open source se retrouve dans  80% des application propriétaires, assure Robert Viseur.

Et une belle réalisation open source est le projet bruxellois fixemystreet, un portail en ligne qui permet au citoyen de signaler des incidents dans l’espace public (éclairage, marquage, mobilier urbain ou des dégradations). A visiter.

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