Les investissements dans l'or reprennent sur fond de tensions géopolitiques

L’or suscite un regain d’intérêt très net auprès des investisseurs, avec une hausse de 5% en un petit mois. Beaucoup d’analystes pensent que c’est un mouvement de fond qui s’est enclenché sur fond de tensions géopolitiques, notamment dans le golfe Persique.

L’or ne rapporte ni dividendes ni intérêts. Comment expliquer alors ces nouveaux investissements ? "L’absence de rendement est un élément qui jouait contre l’or jusqu’à présent, explique Bernard Keppenne, le chef économiste de CBC Banque. Mais comme on est aujourd’hui dans un contexte où on voit clairement des taux d’intérêt qui vont rester très chers en Europe, mais qui ont aussi une tendance baissière au niveau mondial, l’or reprend un certain attrait pour des investisseurs qui privilégient finalement plus la valeur refuge sur laquelle j’ai finalement moins de sentiments de voir une perte d’intérêt, puisque le différentiel par rapport à un intérêt devient dérisoire."

Pourtant, les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ont eu un rôle à jouer dans la hausse récente du taux de l’or. Elles font d’ailleurs partie des éléments favorables à l’or, mais pas forcément à l’avant-plan. En coulisses, par contre, l’un des éléments de soutien fort aux cours de l’or est le fait que plusieurs grandes banques centrales achètent des tonnes d’or, en particulier la banque centrale chinoise, qui a acheté près de 74 tonnes d’or entre janvier et mai.

"La Chine veut absolument diversifier ses réserves internationales. Comme elle a un positionnement relativement conséquent en dollars et en bons du Trésor américain, elle vise aujourd’hui à réduire cet encours en bons du Trésor américain et privilégie alors l’or. C’est aussi une façon, très subtile mais très claire, de dire aux Américains que la Chine détient une partie de leur dette et qu’ils pourront avoir un impact s’ils décident de réduire leur encours, explique Bernard Keppenne. Le positionnement par rapport à l’or est aussi une façon de se diversifier et d’avoir moins de dépendance par rapport aux États-Unis, parce qu’il y a quand même une dépendance par rapport au dollar", analyse-t-il.

La Chine possède 1100 milliards de dollars en bons du Trésor américain, ce qui représente environ 7% de la dette publique américaine. Pékin constitue ainsi le plus important détenteur étranger de cette dette publique américaine. Mais sur le long terme, on constate une diminution très nette puisque c’est deux fois moins qu’en 2011.

Le Japon, l’Inde, la Turquie, le Kazakhstan et la Russie achètent également de l’or en ce moment, ce qui est très important d’un point de vue géostratégique.

En 2018, les banques centrales ont acheté plus de 650 tonnes d’or, 74% de plus qu’en 2017, selon le Conseil mondial de l’or. C’est aussi le volume d’achat le plus important depuis 1971 et la fin de la convertibilité de l’or en dollars. Il s’agit essentiellement de diversifier les réserves de change.

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