Les inégalités de revenus ont progressé en Europe depuis 1980, mais pas en Belgique

Les inégalités de revenus ont progressé en Europe depuis 1980, mais pas en Belgique
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Les inégalités de revenus ont progressé en Europe depuis 1980, mais pas en Belgique - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Le Laboratoire sur les Inégalités Mondiales (dont fait partie l'économiste Thomas Piketty) a publié une nouvelle étude, ce mardi. Réalisée au niveau européen, "Le modèle social européen a-t-il résisté à la montée des inégalités?"combine comptes nationaux des différents Etats, données fiscales et enquêtes auprès des ménages.

Il faut bien le reconnaître, l'absence d'outils européens ne permettait pas jusqu'ici de mesurer de manière cohérente l'évolution des inégalités entre Etats membres de l'UE, et encore moins de mesurer cette évolution rapportée à la croissance économique. L'étude a harmonisé des données nationales et permet donc des estimations des inégalités qui sont cohérentes avec les chiffres de la croissance macro-économique et comparables entre pays. Cela permet en fait d'y voir plus clair sur l'évolution, sur les trajectoires de inégalités de revenus avant et après impôts.

Hausse des inégalités

Le constat de l'étude est sans appel. Dans la quasi-totalité des pays européens, on observe une hausse depuis 1980, de la part du revenu national captée par les 10% des citoyens les plus aisés. Les 1% les plus riches ont eux vu leur revenus croître sur la même période deux fois plus rapidement que la moyenne, et ont profité autant de la croissance, ont capté une part de la croissance économique équivalente à celle que les 50% des revenus du bas ont capté. 

Les raisons de cette augmentation des inégalités de revenus avant impôts? Principalement une concurrence fiscale entre Etats européens, de plus en plus accrue, qui aurait miné la progressivité de l’impôt. Les auteurs plaident donc pour des "conditions de financement pérenne et équitable des services publics, notamment via une fiscalité plus progressive sur les individus et les entreprises à l'échelle européenne".

L'Europe a mieux résisté que les Etats-Unis

Comparativement, le constat est par contre plutôt rassurant. "L’Europe est l’un des continents qui a le mieux résisté à la montée des inégalités de revenus observée dans le monde depuis le début des années 80", peut-on d'ailleurs lire en préambule. Par rapport aux évolutions observées aux Etats-Unis, notamment. Depuis 1980, le revenu moyen avant impôts des 50% les plus modestes en Europe a augmenté de 37%, alors que sur la même période le revenu des 50% les plus modestes outre-Atlantique a clairement stagné.

Rapportés à la croissance, les modèles européens ont donc davantage permis une progression des revenus des classes moyennes et populaires, malgré des taux de croissance des revenus moyens et des revenus au sommet plus faibles sur la période considérée. Ou pour le dire simplement, la croissance est plus redistributive en Europe. Et si les inégalités en Europe sont significativement plus faibles qu'aux Etats-Unis, c'est "largement parce que les politiques sociales et fiscales des Etats permettent une répartition plus égalitaire des revenus avant impôts".

Une crise de 2008 aux effets ambigus

Dans les pays du Sud et de l'Est de l'Europe, écrivent Thomas Blanchet, Lucas Chancel et Amory Gethin, "la montée du chômage et l'insécurité de l'emploi a été associée à une hausse de la pauvreté relative" alors que dans certains pays d'Europe de L'Ouest et du Nord, la crise de 2007-2008 a plutôt "frappé les hauts revenus" - les politiques de sorties de cris ayant parfois ms à contribution les détenteurs de capitaux.

Le taux de pauvreté, lui, n’a ni baissé ni augmenté en Europe depuis le début des années 2000: il est toujours de 21%. Alors que les citoyens les plus aisés ont vu leurs revenus croître plus vite que le reste de la population européenne, la pauvreté a "légèrement augmenté entre 1980 et le milieu des années 2000, puis est resté stable depuis la crise".

Et en Belgique?

En presque trente ans, les inégalités des revenus n'ont pratiquement pas progressé. La part du revenu national captée par les 10% de revenus les plus élevé est exactement la même qu'au début des années nonante (28,6%). Les 1% les plus riches, les 50% les plus pauvres, la classe moyenne, la stabilité de la part captée par toutes les catégories de revenus est sans appel. Les auteurs de la recherche le soulignent d'ailleurs, c'est en Belgique - comme dans d'autres pays d'Europe de l'Ouest, centrale et du Nord, que se trouvent les niveaux de pauvreté les plus bas. Redistribution, Dépenses sociales et régulation des salaires, voilà les facteurs cités par les auteurs comme causes de faibles niveaux de pauvreté. 

Pensons au modèle de concertation sociale à la belge, et en particulier aux négociations sur la marge de progression des salaires: menée tous secteurs confondus et au niveau national. Cela fait en sorte d’ "homogénéiser" en quelque sorte l’évolution des salaires, que l’on soit travailleur dans le non marchand ou dans la chimie, alors que ces secteurs connaissent des réalités fort différentes (par exemple en termes de gains de productivité).  

Harmonisation fiscale européenne

La nouvelle base de données sur laquelle repose l'étude devrait permettre de chiffrer précisément les pertes de revenus pour les classes moyennes et populaires, liées à l'absence d'harmonisation fiscale européenne. Parce, préconisent les auteurs, réduire les inégalités passera par la mise en place de politiques fiscales communes: impôts communs sur les revenus, sur le patrimoines, sur les entreprises.

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