Les gens très diplômés ont de plus en plus tendance à se marier entre eux

Cérémonie de remise de diplôme aux Etats-Unis
Cérémonie de remise de diplôme aux Etats-Unis - © EDUARDO MUNOZ ALVAREZ - AFP

Les gens très diplômés ont plus tendance à se marier entre eux qu’avant. Ils font en sorte de transmettre le plus gros capital social possible à leurs enfants : diplôme universitaire minimum, post universitaire si possible. C'est le Français Pierre-André Chiappori, professeur d’économie à l’université de Columbia à New York qui fait ce constat : la prime aux diplômes est beaucoup plus importante aujourd’hui qu’il y a 30 ou 40 ans. "Ça veut dire que vous avez, vous, intérêt peut-être à investir plus dans votre éducation", explique-t-il. "Mais ça veut dire que quand vous avez des enfants, si vous voulez les mettre sur le chemin de la vie, le fait de leur donner une bonne éducation a toujours été une priorité. Et c’est encore beaucoup plus important maintenant que ça ne l’a jamais été. Cela suggère que si vous avez un diplôme supérieur, il est beaucoup plus important maintenant qu’avant d’épouser un conjoint qui a lui-même un diplôme d’éducation supérieure".

Inégalités sociales

L’écart s’est accru entre ceux qui sont bien diplômés et les autres. La différence de salaire entre quelqu’un qui a un diplôme universitaire et quelqu’un qui n’en a pas a été pratiquement multipliée par deux en 40 ans, mais par trois si on compare avec les diplômes post universitaires.

Cela tend à accroître les inégalités sociales. Une tendance accrue à l’homogamie — se marier dans son groupe social — est le reflet, le symptôme d’une réalité qui semble évidente pour Pierre-André Chiappori : l’ascenseur social est bloqué : "Je pense que c’est un des phénomènes les plus graves qui affectent les sociétés occidentales en général et la société américaine en particulier. D’un point de vue théorique, ce que nos modèles conduisent à prédire est ce que nous appelons une 'spirale de l’inégalité', au sens où maintenant plus qu’avant, les gens les plus éduqués ont plus tendance à épouser des conjoints qui sont éduqués et passent plus de temps à investir dans le capital humain de leurs enfants. Et la conséquence naturelle de ça est que l’inégalité entre des gosses de 18 ans venant de familles très favorisées et les gens venant du bas de la distribution de capital humain va s’aggraver".

Cette inégalité touche les trois quarts de la population. Et on peut y voir une inégalité d’opportunités : "Ce qui me paraît difficilement acceptable d’un point de vue éthique est le fait qu’un gosse qui a eu le malheur de naître dans la mauvaise famille n’aura jamais sa chance, au sens où il arrivera à l’âge de 18 ans avec un bagage qui sera tel que ses perspectives seront très inférieures" poursuit Pierre-André Chiappori.

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