Les entreprises ont du mal à trouver de la main-d'œuvre même non qualifiée

Déménagement africain
Déménagement africain - © Mohamed ABDIWAHAB (AFP)

Une entreprise sur 4 éprouverait des difficultés à trouver le personnel dont elle a besoin, c'est le chiffre-clé de l'enquête du groupe Manpower sur les pénuries de talents. C'est beaucoup et pourtant, c'est une amélioration par rapport à la précédente étude de Manpower.

L'an passé, une entreprise sur 3 avait du mal à recruter. Il y a donc amélioration même si, malheureusement, cette amélioration est surtout due à la crise économique. Les employeurs engagent moins. Philippe Lacroix, patron de Manpower groupe en Belgique: "D’un côté, ils ont moins de carnets de commandes, moins d’activités, donc ils ont besoin de moins de collaborateurs et, d’autre part, ils doivent également faire plus avec moins, puisqu’en fait ils ont moins d’activités mais que, malgré tout, les exigences en matière de rentabilité et de profitabilité sont là et qu’il faut pouvoir faire le même type d’activités qu’un an plus tôt mais avec moins de moyens.

- Sur les pénuries elles-mêmes, cette fois-ci, est-ce que, par rapport aux années précédentes, il y a une évolution marquante du type de métier et du type de fonction pour lesquels les pénuries sont importantes, restent importantes?

-Oui, pour moi, il y a deux facteurs importants à noter: le premier, c’est qu’il y a un renforcement de la pénurie sur les métiers qui sont des ouvriers qualifiés (électriciens, soudeurs, maçons) et également un renforcement de la difficulté au niveau de toutes les fonctions techniques et engineering. Par contre, disparaissent du top 10 des qualifications demandées, tous les métiers relatifs à la finance et à l’informatique."

Ce qui est frappant aussi, c'est que la 4e fonction la plus critique concerne les ouvriers non qualifiés !

Guy Magermans, administrateur gérant d'une société de transport et de déménagement à Marche-en-Famenne a des difficultés de recrutement: "Particulièrement dans le domaine du déménagement, des fonctions qui ne demandent pas de grande formation. D’ailleurs nous sommes toujours disposés à assurer les formations nous-mêmes à des candidats qui se seraient présentés, mais c’est très difficile. Non seulement c’est difficile de recruter mais c’est difficile de conserver son personnel aussi.

- C’est lié au fait que c’est un métier assez dur physiquement ?

- Vraisemblablement, avec certaines contraintes comme le travail le samedi, par exemple. Et c’est vrai que le déménagement, il faut être en bonne santé mais on dispose de suffisamment de moyens techniques à l’heure actuelle. On n’a plus vraiment besoin de gros bras, on a surtout besoin de gens de bonne volonté."

La question des horaires de travail est sensible

On le voit dans pas mal de secteurs, notamment dans l'hôtellerie. Le métier de réceptionniste est en pénurie depuis 2010. Serge Bressers est formateur au centre de compétence tourisme Forem formation: "Des horaires coupés, ce qu’on appelle de shifts, parfois du travail de nuit puisque les grands hôtels ont une réception qui est parfois ouverte 24h/24. Mais c’est aussi un métier qui demande beaucoup de compétences, beaucoup de contacts, beaucoup de volonté, avec des employeurs très exigeants sur ce métier parce que c’est un métier à grandes responsabilités. Le réceptionniste peut être amené à gérer seul à certains moments, la nuit par exemple, l’entièreté du fonctionnement de l’hôtel et toutes les relations avec les clients, avec les visiteurs, avec les touristes. Peut-être que ça fait peur à certains candidats."

Vu le contexte, une formation de réceptionniste vient d'être lancée à Marche-en-Famenne. Cela dit, il ne faut pas croire non plus que tous les chômeurs manqueraient de courage, ce n’est pas le cas et Guy Magermans tient à le souligner: "Il ne faut quand même pas noircir tellement la situation, parce que le gens que j’ai sont des gens extrêmement courageux, extrêmement dévoués et on en trouve encore. Ce n’est pas à 100 %. Il y a énormément de déchets mais il y a des gens qui cherchent du boulot et, quand ils en trouvent, ils restent attachés à leur entreprise et à leur travail, il faut quand même le souligner."

Derniers chiffres: il y a aujourd'hui en Belgique quelque chose comme 60.000 postes de travail non pourvus, à peu près 600.000 chômeurs complets indemnisés. Régler la question des pénuries ne réglera donc pas celle du chômage, mais ce sera un premier pas.

Michel Gassée

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