Les cryptomonnaies: l'instable système monétaire 2.0

En l'absence de régulation de leur valeur, ces monnaies continueront à fluctuer jusqu'à l'éclatement. C'est ça leur réel attrait : échapper à tout contrôle.
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En l'absence de régulation de leur valeur, ces monnaies continueront à fluctuer jusqu'à l'éclatement. C'est ça leur réel attrait : échapper à tout contrôle. - © JACK GUEZ - AFP

Elles font la une des journaux ces dernières semaines. Et pour cause, les cryptomonnaies déchaînent les passions ; monnaies virtuelles fluctuantes accessibles en quelques clics, ces suites de 1 et de 0 échappent à tout contrôle (ou presque) de la part des gouvernements et c’est bien cela qui en fait tout leur intérêt.

Une monnaie digitale

Quand on parle de cryptomonnaies, on parle avant tout de monnaies digitales, de monnaies dématérialisées. Il n’est pas ici question de tâter quelques billets ou piécettes cuivrées, mais bien de montants lisibles uniquement par des ordinateurs. "Les cryptomonnaies n’ont pas d’équivalent matériel", explique Louis Larue, chercheur en économie à l’UCL.

"Il s’agit d’un système de paiement géré par des technologies cryptographiques, une série de protections informatiques permettant de payer de manière sécurisée."

La blockchain, un système extrêmement complexe

Ces protections informatiques se résument à un système en réseau très complexe : la blockchain. Initialement créées par des programmeurs informatiques, les monnaies virtuelles reposent dans la quasi-totalité des cas sur un système de blockchain ou du moins similaire.

La blockchain est une série de blocs contenant chacun des informations et dont les "nœuds" liant les blocs entre eux sont cryptés, empêchant ainsi toute falsification de l’ensemble de la chaîne.

En pratique, ce sont chacune des transactions effectuées qui composent un bloc qui, une fois rempli, donne naissance à un autre bloc, d’où l’expression "chaîne". Louis Larue fait remarquer que "la blockchain est, en réalité, un historique géant de toutes les transactions".

Miner de l’argent

On entend beaucoup parler de cryptomineurs ou de minage de cryptomonnaies, mais de quoi s’agit-il en réalité ?

"Quand une personne A achète à une personne B, il faut que quelqu’un le sache. En théorie, des personnes extérieures, les mineurs, inscrivent dans les registres (dans la blockchain, ndlr) chacune des transactions."

"Les mineurs, ce sont ces personnes qui se font concurrence pour inscrire la transaction dans les registres."

La personne qui inscrit la transaction dans la blockchain se voit récompensée par de la cryptomonnaie, c’est ce qui permet à ces systèmes d’y faire entrer plus d’argent.

Dans le cas du bitcoin (BTC), la puissance informatique nécessaire au minage est croissante, la complexité de la formule à résoudre se complexifie à chaque fois qu’un nouveau palier est atteint dans le montant de bitcoin en circulation. À l’écriture de ces lignes, ce sont plus de 16,8 millions de BTC qui sont en circulation. Le nombre maximal de BTC émis et fixé à 21 millions, ce nombre devrait être atteint en 2140.

Hors de contrôle, ou presque

Les cryptomonnaies reposent sur un système décentralisé, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas régulées par les banques ou le gouvernement. C'est la raison pour laquelle leur valeur ne dépend que de ses utilisateurs.

"On ne peut pas faire confiance aux banques, on ne peut pas faire confiance aux états, alors créons notre monnaie", voilà ce qui s'est passé dans la tête des premiers créateurs de cryptomonnaies selon Louis Larue.

"Les banques disposent du pouvoir de limiter les fluctuations de leurs monnaies, elles ont un certain pouvoir d'action. Cela peut servir de filet de sécurité en cas de crise financière", précise-t-il. "Si on veut qu'une monnaie soit efficace, protégée, une réglementation est nécessaire".

Pourtant, si les États européens n'exercent aucun réglementation sur la valeur des cryptomonnaies, plusieurs d'entre eux taxent la plus-value réalisée sur une monnaie virtuelle.

"Il n'existe pas de corpus global en Belgique" explique Quentin Petit, avocat fiscaliste. "Seul le cas d'un étudiant ayant développé une automatisation des transactions a ouvert le débat". Une taxation à hauteur de 33% est exigée sur les "revenus divers", englobant la spéculation sur les cryptomonnaies. "Il y a un malaise des États puisqu'on touche à leur prérogative n°1. Ils ont peur de la clandestinité mais ce n'est pas encore une inquiétude majeure en Europe. Le marché des cryptomonnaies ne représente pas grand chose actuellement."

Kévin Hottot, journaliste à NEXT INpact spécialisé dans l'économie numérique, explique qu'"en France, il est faux d'affirmer que ces monnaies sont sans contrôle. Ouvrir une station d'échange nécessite un agrément de la Banque de France. Un cadre est encore à l'étude dans nos frontières. "Toutes les plus-values réalisées sont imposées entre 0 et 40% selon les revenus".

Il ajoute : "toutes les transactions sont enregistrées, avec les données des utilisateurs, ainsi que toute information relative à la transaction". Ces traces permettent ainsi d'éviter la fraude et le blanchissement d'argent.

Utilisation réelle anecdotique

L’utilisation réelle de ces cryptomonnaies relève de l’exception. En Belgique, rares sont les commerces acceptant les transactions en BitCoin, et plus rares encore sont ceux qui utilisent les autres cryptomonnaies.

En 2014, Takeaway a fait le choix d'accepter les paiements en BTC. La plateforme listant les restaurants qui effectuent des livraisons précise toutefois que "le payment service provider converti les BitCoins en euros, dès lors, nous sommes exclus des risques de fluctuations".

La porte-parole poursuit: "le nombre de paiements par BitCoin est très bas, moins de 0.5% de tous les paiements".

Monique, gérante du magasin bio Dolma à Ixelles s'est lancée dans l'aventure il y a environ un an, "des amis nous ont convaincu de l'avenir de cette monnaie. Pourtant, force est de constater qu'aujourd'hui, personne n'a jamais payé une seule fois en bitcoin".

Le bitcoin, un pionnier parmi les autres

S’il est une cryptomonnaie que tous connaissent aujourd’hui, c’est bien le bitcoin. Elle est actuellement loin d’être la seule à boxer dans sa catégorie, plusieurs concurrents de poids étant également présents sur le marché, les plus connus étant le ripple, l'ethereum et le NEM. Il existe aujourd’hui plus de 1400 cryptomonnaies sur le marché, et ce nombre ne cesse de croître.

Si le bitcoin (BTC), dont on ignore encore le créateur, emporte un tel succès aujourd’hui, c’est parce qu’il est un précurseur en matière de cryptomonnaie. À l'origine de la création de la technologie de la blockchain. Les nouvelles monnaies peinent à percer parce qu'elles ne peuvent exister sans un nombre suffisant d'utilisateurs.

"Entre 2009 et 2013, la valeur du bitcoin était nulle", remarque Louis Larue, "puis dans le courant de l'année 2013, elle a commencé à connaître d'importantes fluctuations".

Le goût du risque

Il est très difficile d’estimer la part des utilisateurs en quête d’argent facile parmi tous les propriétaires de cryptomonnaies, mais il est certain que nombreux sont les curieux tentés par l'appât du gain. Louis Larue affirme que "les spéculateurs suivent un important effet de mode. L'or est aussi une valeur fluctuante, pourtant elle ne subit pas de pareilles variations."

Pour le chercheur, c'est sans doute "la facilité d'accès au monde de la spéculation" qui a causé . Il suffit d'observer cette courbe pour voir à quel point le bitcoin, entre autres monnaies, est instable.

En l'absence de régulation de leur valeur, ces monnaies continueront à fluctuer jusqu'à un possible éclatement. C'est ça leur réel attrait : échapper à tout contrôle.

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