Lehman Brothers, une date-clé qui a marqué l'histoire

Et si Georges Bush avait décidé de sauver Lehman Brothers le 15 septembre 2008?
Et si Georges Bush avait décidé de sauver Lehman Brothers le 15 septembre 2008? - © SAUL LOEB - IMAGEGLOBE

Le 15 septembre 2008, le président américain décide de ne pas sauver la banque d'affaires Lehman Brothers. C'est un coup de tonnerre dans le monde financier et le début d'une crise sans précédent dans l'histoire. Que s'est-il passé ce jour-là?

Lehman Brothers, c’est 158 ans d'existence. La banque d’affaires avait même survécu à la grande dépression des années trente: une véritable institution ! Mais comme d’autres, elle s’est prise les pieds dans les subprimes, les fameux crédits immobiliers pourris. D’où cette question à la mi-septembre 2088 :  l'Etat va-t-elle la sauver ? Georges Bush dit non, dès lors la faillite devient incontournable. C’est une décision historique qui rime avec panique. Le monde bancaire tremble et se demande : à qui le tour ?

On comprend bien que la tension ait alors grimpé, mais tout a été quand même extrêmement vite. Pourquoi ? Tout simplement parce que la confiance a été rompue d’un seul coup. Et, rappelons-le, les agences de notation n'avaient rien vu venir. Le système est connu : les banques se prêtent entre elles , mais acceptez-vous de prêter si vous n’avez pas confiance ? Non, évidemment ! Instantanément, c’est le  des prêts interbancaires et très vite la situation devient intenable pour les banques les plus fragiles. C’est comme arrêter l'irrigation du corps par le sang, le pronostic vital est directement engagé.

Pourquoi les banques belges ?

En Belgique, la crise a très vite tourné à la catastrophe. C'est un tsunami qui a balayé nos banques. Pas toutes. Seules les plus grandes ont basculé, celles qui étaient cotées en bourse et qui participaient à course suicidaire à la rentabilité. Le 26 septembre, Fortis et Dexia sont exsangues et elles n’ont d’autres choix que de lancer appel au secours. KBC suivra quelques semaines plus tard. Le gouvernement est forcé de travailler dans l'extrême urgence avec chaque fois des week-ends de folie. C’est qu’il faut impérativement une solution avant l'ouverture des marchés ! BNP Paribas rachète Fortis à un prix soldé, Dexia est  sauvée par les trois Etats, la Belgique, la France et le Luxembourg. KBC aura aussi son plan de sauvetage. Un scénario totalement  inimaginable quelques mois plus tôt !

On connait la fable de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Il y avait trop de banques trop grandes pour la taille de la Belgique. Leurs dirigeants ont refusé de voir l'évidence. Ont-ils été dépassés, incompétents, voire malhonnêtes pour certains, la question reste ouverte. Retenons cette déclaration d’un de ces dirigeants en "off" en pleine crise:  "Je n'ai pas eu le choix, je devais faire comme tous les autres pour assurer la rentabilité de la banque".

L’addition svp !

Ce qui est certain, c'est que cette crise nous a coûté très cher.  A fin 2012, l’Etat a déboursé plus de 26 milliards d’euros et en a récolté environ 11. Le solde négatif dépasse les 14 milliards, mais il y a des actifs qui pourront être vendus, par exemple les participations dans BNP Paribas (elle vaut 6 milliards d’euros aujourd’hui), BNP Paribas Fortis, sans oublier Belfius. Et puis il y a le dossier Dexia et les fameuses garanties de 43,7 milliards d’euros. Au niveau économique, c’est plus difficile à chiffrer. Le choc financier a sans aucun doute accéléré le phénomène de ralentissement. On le voit cette année au niveau du chômage en hausse sensible.

Aujourd’hui, le système financier est plus stable, mieux encadré et, selon le gouverneur de la Banque Nationale de Belgique, beaucoup moins spéculatif. Mais les avis divergent à ce sujet. Il y a aussi des petits frémissements du côté de la croissance, mais ils sont insuffisants pour relancer le marché du travail.

Et si Bush avait dit oui ?

On ne réécrit pas l’histoire ! Si le président américain avait accepté de sauver Lehman Brothers, le début du scénario aurait été différent. Mais d’une manière ou l’autre, la bulle devait éclater. Le fonctionnement du système financier était devenu intenable, l’effondrement, que peu de monde avait vu venir, était inévitable. Cinq ans plus tard, on peut poser cette question : a-t-on pris le temps ou osé remettre vraiment le système en question?

Michel Visart

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