Lehman Brothers, 5 ans après: la stratégie du "Choc"?

Lehman Brothers, 5 ans après: où en est-on? Chat ce mercredi
Lehman Brothers, 5 ans après: où en est-on? Chat ce mercredi - © Tous droits réservés

Cela fera 5 ans, ce 15 septembre, que la banque Lehman Brothers aura fait faillite, entraînant avec elle le monde économique mondial dans une crise profonde. Où en est-on aujourd'hui? En a-t-on tiré les leçon? Michel Visart a répondu à vos questions dans une chat particulièrement animé. Scinder les banques et les réguler, poursuivre J-L Dehaene devant les tribunaux... L'imagination était au pouvoir.

Scindons les banques !

Pourquoi est-il si difficile de séparer les banques d'investissement des banques d'épargne et de financement? Selon la majorité des banquiers, explique Michel Visart, les activités sont complémentaires. Ils mènent un lobbying actif même si ce point de vue est discuté: "Le principe de la scission des banques mériterait un vrai débat de fond, notamment au Parlement."

Savoir si les Etats ont tiré les leçons de la crise bancaire de 2008  demeure une vaste question. "Des progrès incontestables ont été accomplis mais ils restent encore partiels. Par exemple, la taxe sur les transactions financières est toujours bloquée. Cela dit, on est plus dans la réforme que dans la réflexion de fond sur le changement du système. "

Le Lobbying: un fléau ?

Face aux commentaires présentant le lobbying comme un problème démocratique, Michel Visart argumente que Le lobbying n'est qu'un aspect de la question et, même si ce terme est connoté, il n'est pas toujours négatif. "Aux politiques de résister! Mais qu'on les informe est normal "

Le coût de la crise pour l’Etat, le contribuable  et l’épargnant reste flou: " Effectivement, les citoyens paient pour les banques, mais davantage en termes de récession et d'austérité que de finances publiques. C'est là que la crise frappe vraiment", résume Michel Visart

Séparer les métiers bancaires, comme après 1929

Pour Michel Cermak, porte-parole du collectif Roosevelt.be intervenu dans le chat, 5 ans après le démarrage de la plus grande crise bancaire depuis la 2ème guerre mondiale, on n’a toujours pas pris la mesure qui devrait s’imposer : "Pourquoi vouloir réinventer la roue? Suite à la crise de 1929, aux Etats-Unis, le président Roosevelt a pris, dès son arrivée au pouvoir en 33, la mesure simple: la séparation des métiers bancaires, scindant les banques entre banques de dépôts, et banques d’affaires. L’économie américaine n’a pas connu de crise bancaire importante jusqu’en 1999, lorsque cette loi a été abrogé sur la pression des lobbies bancaires. Malgré les promesses de régulation financière après la crise de 2008, les banques sont toujours autorisées à spéculer avec l'argent des épargnants. Et si demain cela les menait à nouveau au bord de la faillite, l’Etat belge les sauverait à nouveau avec l’argent de nos impôts. Si on scinde les banques, les banques de dépôt ne pourront plus spéculer et n’auront d’autre choix que de prêter aux particuliers et entreprises; et les banques d’affaires, ne détenant plus l’épargne des citoyens ne devront plus jamais être sauvées par l’Etat quand elles auront pris trop de risque. "  Michel Cermak évoque un projet de loi de séparation des métiers bancaires qui sera bientôt discuté par le gouvernement et le Parlement belges. " Mais les lobbys des banques (comme Febelfin) sont prêts à tout pour faire de cette loi une coquille vide (comme ça a été le cas en France récemment) et pouvoir ainsi continuer ce petit jeu qui leur rapporte gros ".  Selon lui, des citoyens se mobilisent pour faire contrepoids aux lobbies des banques et exiger au plus vite une initiative du gouvernement, promise dans sa déclaration de politique générale pour 2013,

Poursuivre Dehaene

J-L Dehaene ne devrait-il pas être traduit en justice pour sa complicité dans la mise en esclavage du peuple pour au moins trente ans pour rembourser les dettes énormes ? Cette question d’un internaute est confortée par la réponse d’un autre qui assure que l’dée de porter plainte contre l’ancien Premier ministre "est en cours de préparation ", même s'il est arrivé là après la crise.

Gare aux pays émergeants        

Vers une future crise des crédits dans les pays émergents? Pour Michel Visart, la question des pays émergents devient de plus en plus d'actualité avec cette différence que nous n'avons plus de leçons à leur donner. "C'est en effet un risque trop négligé actuellement."

Pour notre journaliste économique, la solution ne viendra pas de notre gouvernement, mais de tous les gouvernements: "C'est au niveau européen que cela se passe. Et reconnaissons que c'est lent! "

D’où la proposition d’un autre participant : "La mise en place d'un gouvernement économique international. "Ordo ab chao", l'ordre nait du chaos, nous y sommes. "

La stratégie du choc

Un internaute suggère que la crise de 2008 fait partie de la "stratégie du choc" (Ecole Chigaco - M. Friedman) qui veut imposer de nouvelles réformes néo-libérale. Pour lui,  les réponses au niveau européen sont bien de cet ordre (austérité, diminution droits sociaux, privatisation...). " La psychologie sociale et notamment la systémique nous apprend que les crises permettent les changements dans tout système ". Et de se demander dans quelle mesure nous pouvons imaginer que Bush a pertinemment laissé Lehmann Brother en faillite afin d'en arriver à ces objectifs.

Michel Visart ne crois absolument pas à cette strétégie du choc. "Mon avis personnel est qu'au contraire le système capitaliste repose sur l'anarchie qui permet tout et n'importe quoi. C'est l'occasion qui fait le larron! Sans gouvernement économique international, le changement sera difficile. "

Vers une régulation des banques ?

Une "ré-régulation" des marchés est-elles possible à court terme ? Pour Michel Visart, la  régulation des marchés a évolué depuis 2008 mais tout se décide au niveau européen et c'est lent. " Le bon exemple est celui de la taxe sur les transactions financières. Certains pays voudraient aller plus vite. "

Quant à la possibilité de notre gouvernement à prendre la mesure qui s'impose en scindant les banques: "La réponse est non: on ne scindera pas nos banques. Mais je ne pense pas que ce soit une question de courage politique. Il n'y aura pas d'accord politique à ce sujet. "

 Jean-Claude Verset      

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