Le succès des produits alimentaires durables survivra-t-il dans l'après-Corona ?

Les producteurs en circuits courts sollicités comme jamais. L’engouement est sans doute aussi difficilement chiffrable (entre +10 et +30% d’augmentation depuis le début du confinement, selon une estimation l’Apaq-W et le Collège des producteurs, il y a un mois) qu’il est indéniable. Mais va-t-il survivre au-delà du confinement ? L’achat alimentaire durable sera-t-il aussi fort après la crise ?

Fairtrade Belgium révèle ce vendredi que, selon une enquête menée pour leur compte, 42% de Belges interrogés disent vouloir consommer, plus qu’avant la crise, des produits locaux – et c’est 23% pour les produits équitables. Nicolas Lambert, directeur de Fairtrade Belgium, précise que les tendances ont été mesurées "durant la période de confinement".

L’appétit pour une autre consommation

Plus de Belges auraient opté pour une alimentation durable pendant la crise du Corona. "Les produits fairtrade par exemple tendent à croître plus vite que les autres produits". Un exemple : le café. Selon les chiffres de Fairtrade, alors que les ventes globales de café ont progressé de 19,8% depuis le début du lockdown, les ventes de café équitable, progressent-elles de 29,5%.

Mais Fairtrade Belgium a aussi voulu sonder les intentions de consommation pour l’après-Corona. "Et ces intentions de consommation indiquent de manière assez massive une envie de consommer plus durable, c’est-à-dire plus local, bio et équitable", souligne le directeur de l’association, qui reconnaît que la consommation durant le confinement doit "inciter à la prudence, les conditions sont tout à fait exceptionnelles. Les intentions pour l’après vont dans la bonne direction. Il faudra vérifier si cela se traduira dans des comportements réels".

Des nouveaux clients

Cette tendance au "durable" va-t-elle réellement se poursuivre après le confinement ? Il y a des raisons de répondre par l'affirmative, pour Philippe Baret, doyen de la Faculté des Bioingénieurs de l’UCLouvain, qui se veut optimiste.

"Des nouveaux clients ont découvert des filières locales et durables, parce que proches de chez eux alors que les longs déplacements étaient interdits par les règles de confinement. Et je pense que ce nouveau public pourrait se maintenir sur le long terme, parce que je crois que la découverte a souvent conduit à une satisfaction. Je suis donc assez confiant par rapport au développement d’une clientèle plus large pour ce genre de filières".

En France, "Les circuits courts semblent avoir recruté au-delà du cercle des premiers convaincus et une partie des nouveaux venus pourraient s’y affilier durablement ", observe le sociologue Vincent Chabault, dans Alternatives Economiques, en ajoutant que "les consommateurs en circuits courts sont à peu près représentatifs de la population française en termes de catégories socioprofessionnelles".

Risques d’un engouement éphémère

Mais il y a aussi des risques. Le temps disponible en confinement a peut-être permis à de nombreux Belges de découvrir de nouvelles filières d’achat. Dans un contexte ou les possibilités de consommation par ailleurs, et de déplacements ont été limitées. Elles le seront beaucoup moins dès ce lundi.

Une baisse conséquente de pouvoir d’achat pour une partie des ménages belges est aussi un risque, souligne Philippe Baret : "Or, les produits durables ont un coût d’achat plus élevé que les produits que l’on trouve dans d’autres filières aujourd’hui, comme en grande surface. Il y aura donc peut-être un retour vers les grandes surfaces. Mais il ne faut pas oublier que si les produits dont on parle sont plus chers, c’est parce que les autres ne coûtent pas assez cher, et ne sont pas respectueux – entre autres – du bien-être des agriculteurs, ou de questions environnementales".

Difficile en réalité de savoir si, au sortir de la crise, la "tolérance" des consommateurs vis-à-vis de prix plus élevés pour des produits locaux sera effectivement plus importante qu’avant les mesures de confinement.

Une TVA réduite pour le durable ?

C’est bien pour cette raison que Fairtrade Belgium plaide pour une réduction de la TVA sur les produits alimentaires durables. "Il y a une telle pression sur les prix dans la grande distribution que le supplément, parfois très léger entre les produits locaux, équitables et bio… Et les autres, reste trop élevé. Une baisse de la TVA pourrait juste faire la différence".

Si l’on ne développe pas de chaînes logistiques, nous n’aurons jamais un développement d’ampleur.

Baisser la TVA, c’est jouer sur la demande : faire baisser les prix de certains produits comparativement à d’autres, pour encourager un type de consommation. Une "bonne idée qui aurait du sens", pour Philippe Baret, "cela serait reconnaître qu’il est important pour la société de favoriser ce type de productions". Mais il précise quand même qu’il ne faut oublier l’offre, le développement logistique du secteur.

Développer la logistique

Certains produits comme les légumes ou les fruits peuvent être consommés sans trop de transformations. Mais les céréales, les féculents par exemple, sont une partie importante de notre alimentation, "beaucoup de produits alimentaires, des farines aux viandes en passant par les poissons, nécessitent un traitement, une préparation et parfois un stockage. Si l’on ne développe pas de chaînes logistiques qui permettent de soutenir les producteurs et de faire ce lien entre le produit brut et le produit transformé que va acheter le consommateur, nous n’aurons jamais un développement d’une certaine ampleur".

Le risque est donc bien celui d’un goulot d’étranglement : Une demande en forte hausse mais une incapacité, pour la production agricole, faute de logistique suffisante, à pouvoir répondre à cette demande. Quitte à générer des frustrations chez certains clients. Or, des filières agricoles, cela ne se crée pas du jour au lendemain.

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