Le street art: un vrai marché, porté aussi par les réseaux sociaux

L’artiste de rue Banksy a encore fait le buzz il y a quelques jours : un de ses dessins s’est autodéchiqueté dans son cadre juste après avoir été adjugé à plus d’un million d’euros dans une vente aux enchères dans une prestigieuse salle de vente londonienne. Cette somme paraît énorme pour un art qui était encore considéré comme du simple tag en rue il n’y a pas si longtemps. Le street art, les graffitis, c’est vraiment devenu un art coté sur les marchés, un art comme les autres.

Les chiffres permettent d'être convaincu qu'il y a un vrai marché de l’art urbain. Si on regarde les artistes vendus les plus chers au monde, parmi les 10 premiers noms il y en a quatre qui sont des artistes de rue, ou en tout cas qui ont commencé dans la rue : l’incontournable Banksy évidemment, Shepard Fairey, Keith Haring (un peu plus vieux), et puis Jean-Michel Basquiat. Ensemble, ils vendent pour des dizaines de millions de dollars. L’art de rue est rentré dans les plus grands musées du monde, dans les salles de vente et dans les galeries. Chez Alice Gallery par exemple, à Bruxelles, ça fait 10 ans que Raphaël Cruyt vend des streets artists et il voit clairement la différence aujourd’hui : "Il y a une vraie demande et elle est assez nouvelle. Je pense que pour tout le monde, on a compris que ce n’était pas une mode, mais que c’était vraiment une culture beaucoup plus large. C’est un mouvement qui a élargi la base des collectionneurs. Donc, c’est vrai que finalement ça crée encore un tsunami aujourd’hui, qui petit à petit entre dans le marché".

L’arbre qui cache la forêt

Il faut être de bon compte quand même, ce tsunami est porté par les poids lourds, les Banksy et compagnie, qui sont un peu l’arbre qui cache la forêt. Tout le monde ne vend pas aussi bien évidemment.

L’art contestataire, les graffs ironiques et politiques existent depuis des dizaines d’années. Mais il y a eu l'internet depuis. Parce que la culture de la rue est une culture très connectée, beaucoup de ce qui se passe dans la rue est pris en photo, partagé sur les réseaux sociaux aujourd’hui, qui deviennent alors une véritable vitrine. "Quand on compare la notoriété d’un Banksy, qui a quatre millions de personnes qui le suivent sur Instagram, à celle d’un artiste plus traditionnel, il n’y a pas photo, on est dans des rapports d’un à 100. Donc forcément, cette importance aujourd’hui sur les réseaux sociaux fait que les gens s’y intéressent, tout simplement, et du coup ça crée aussi des débouchés économiques" selon Raphaël Cruyt.

Plusieurs centaines de millions d’euros sont brassés dans ce domaine chaque année rien qu’au Royaume-Uni par exemple, qui est un peu La Mecque du street art.

L’art de rue s’est vraiment popularisé. De plus en plus de villes commandent aujourd’hui des fresques à des artistes qui sont payés pour travailler en toute légalité, ce qui n’était évidemment pas le cas il y a encore quelques années. Certaines villes en font même un argument marketing pour attirer les touristes, ce qui est un comble quand on pense qu’avant, les graffitis étaient plutôt synonymes de quartier mal famé. Aujourd’hui, ça devient branché, on fait des festivals de street art et même l’immobilier en profite. Dans les quartiers branchés à Londres, à Berlin et à New York, les bâtiments graffés par des anonymes ou des gens connus prennent de la valeur. Certains petits immeubles ont doublé de prix en une nuit par exemple, après un petit graff de Banksy sur une façade.

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