Le secteur du cinéma s'inquiète d'une perte d'investisseurs

Le secteur du cinéma s'inquiète d'une perte d'investisseurs
Le secteur du cinéma s'inquiète d'une perte d'investisseurs - © LaureGeerts-MdC2017

La cérémonie des Magritte du cinéma débute demain soir. Si les strass et paillettes récompenseront les talents du cinéma belge sur scène, l’heure est à l’inquiétude en coulisses.

Une bonne partie des films et séries belges sont produits en partie grâce au mécanisme du tax shelter. Or, il attire moins d’investisseurs depuis un an. Les producteurs ont ainsi toujours plus de mal à trouver des financements. Les fonds levés grâce à ce tax shelter ont diminué de 10, 15 et parfois 20% chez certains producteurs, ce qui revient à plusieurs millions d’euros en moins pour le cinéma.

Aujourd’hui, il n’y a plus assez d’argent pour financer tous les projets candidats, alors qu’il y en avait trop auparavant. Une situation naturellement compliquée pour John Engel, producteur de la série Unité 42. En plein tournage de la saison 2, il ne sait toujours pas s’il sera en mesure de boucler son budget à l’heure actuelle.

« Notre levée de tax shelter n’est qu’à deux tiers en place, explique-t-il. L’argent sur lequel on comptait avant de démarrer la préparation de la série n’est pas entièrement là. Ce qui nous met dans une situation délicate. Il se pourrait qu’à un moment donné, certaines des dépenses soient remises en question », s’inquiète-t-il.

Le tax shelter est un mécanisme qui permet à une entreprise d’investir ses bénéfices dans le cinéma belge ou dans les arts de la scène. Cela fait vivre l’ensemble du secteur, qui a évidemment besoin de cet argent. En échange, l’entreprise qui investit reçoit de gros avantages fiscaux, d’une exonération d’impôt.

Un plus petit gâteau pour plus de monde

Le problème viendrait d’une réforme récente de l’impôt des sociétés. Les entreprises paient moins d’impôts qu’avant sur leurs bénéfices. Comme les entreprises en Belgique sont désormais moins taxées, l’avantage fiscal dont elles bénéficient en participant au tax shelter devient moins attirant pour elles. Elles utilisent donc moins ce mécanisme. Mais il existe aussi une seconde explication. Depuis deux ans ce n’est plus seulement le cinéma qui bénéficie du tax shelter, mais aussi les arts de la scène tels que la danse, le théâtre ou la musique. Il y a donc plus de projets à financer. Non seulement le gâteau a diminué de taille, mais il y a plus d’acteurs qui veulent se le partager.


►►► Lire aussi: Magritte du cinéma: le financement par tax shelter est sous pression


Le tax shelter reste tout de même intéressant pour les entreprises qui engrangent au moins 100.000 euros de bénéfices. Il y aura donc toujours des investisseurs, mais les producteurs doivent aller frapper à plus de portes pour réunir le budget. Cela rend les choses évidemment plus compliquées, et certains se découragent.

« Il y a des tournages qui sont postposés. Mettre des projets en production devient beaucoup plus difficile. Convaincre des producteurs étrangers de venir en Belgique devient beaucoup plus délicat puisque de nombreux pays ont un système plus simple », témoigne John Engel.

Avec un tax shelter moins attractif, tout le secteur du cinéma s’inquiète de la qualité des productions, mais aussi pour tous les emplois qui en dépendent.

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